Lutte contre la corruption : le ministre de la Justice frappe fort

13/12/2013 19:14

Le ministre de la justice, Me Mohamed Ali Bathily, l’universitaire au caractère trempé, a honoré sa réputation de fermeté en n’hésitant pas, à son premier coup d’essai, d’envoyer en prison cinq magistrats, pour des faits avérés de corruption.

Mohamed__Ali_Bathily ministre justice

Acte inédit dans un contexte familier de trouble au sein de la famille judiciaire pour lequel il faut désormais compter tant la volonté du ministre de mettre de l’ordre dans la justice est jugée implacable. Jusqu’où ira-t-il ?

Dans un passé encore récent, au Mali, cela relevait du surréalisme : arrêtés et écroués cinq magistrats de l’ordre judiciaire dans une affaire de corruption. Et cela, à la suite de simples plaintes de justiciables, floués de leurs droits.

Eh ! Bien, c’est l’exploit que le ministre de la Justice, garde des sceaux, Me Bathily, lui-même célèbre avocat du barreau de Bamako, vient de réaliser en l’espace d’une journée. L’interpellation de ces « hommes de droit », selon toute vraisemblance, va défrayer la chronique de l’actualité judiciaire du pays tant elle est inhabituelle dans le pays, longtemps marqué par une intenable impunité qui a fini par saper les mœurs publiques.

Sans savoir comment, un jour, y parvenir à rendre à la justice ses lettres de noblesse, le citoyen ordinaire, au Mali, n’a cesse d’appeler de ses vœux à un réarmement moral dans l’exercice du service public, en particulier dans le domaine, très sensible, de la justice, décriée, depuis des années, comme le « ventre mou » du mécanisme institutionnel de l’orthodoxie publique quoiqu’elle se présente par ailleurs comme ce véritable rempart de la société.

« Finis les mots, place à l’action », commente un usager du service public, hier, à l’annonce de ces interpellations de magistrats. Me Mohamed Bathily, ministre de la Justice, avait pourtant averti sur la volonté des nouvelles autorités du pays de mettre de l’ordre dans la grande famille de la justice qui, il faut le reconnaître, est aussi truffée de braves hommes, dédiés à leur sacerdoce pour le service public.

Revenons à nos moutons : les magistrats interpellés dont il s’agit ne sont pas n’importe qui : le juge d’instruction du tribunal de Mopti, Adama Zié Diarra, le procureur de Mopti, Ousseyni Salaha, et son substitut, Oubey Doulla Mohomoudou, et le greffier du tribunal de Mopti, Ibrahima Kanté, le procureur du tribunal de la Commune II, Abdoulaye Kamaté. La boucle est bouclée par le clerc d’huissier de Mopti, Sékou Ballo.

À tous ceux-ci, on les reproche d’avoir extorqué de l’argent à des personnes interpellées par leur tribunal. Comme dans toute affaire judiciaire similaire, des investigations se poursuivent pour déterminer la gravité des faits.

Un constat s’impose néanmoins : ces interpellations ne constituent pas une opération mains propres spécifiquement enclenchée contre les magistrats.

Chez beaucoup de nos confrères, parus hier, le ministre de la Justice s’en est expliqué : « Nous avons été saisis par des justiciables de faits qui étaient incompatibles avec l’éthique du magistrat. C’est donc donnant suite à des plaintes de personnes physiques que des inspections furent menées pour confirmer la teneur des lettres ».

Voilà, des propos qui souffrent de tout sauf à ne pas être clairs de la part d’un ministre de la justice qui n’écarte pas, pour les personnes interpellées, la notion de la « présomption d’innocence ».

Pour les faits d’accusation, on indique, selon des sources proches du dossier, que le procureur de la Commune II aurait réclamé et empoché une certaine somme d’argent à des justiciables dans le cadre d’une procédure judiciaire régulière.

À son encontre, et à l’endroit de tous ses autres co-accusés, la charge retenue de ce fait est la « concussion » et le « faux et usage de faux ».

Si le fait, pour les justiciables de se plaindre des indélicatesses des hommes de droit est monnaie courante, au Mali, il n’est en pas de même pour la nécessaire riposte, en termes d’interpellations, contre ces derniers.

Autre temps, autres mœurs : voilà que le ministre de la justice veille bouger les lignes de front en s’attaquant désormais aux différentes manifestations de la corruption, d’où qu’elles proviennent dans la sphère publique. Pour ça, il aura fort à faire d’autant que la corruption, jugée par tous endémique et systémique au Mali, a gangrené le pays, via tous ses segments et démembrements administratifs et financiers, de l’échelon le plus bas au plus élevé.

Ce geste, ô combien salutaire du ministre de la Justice, s’il un cas inédit, n’est tout de même pas un premier coup d’essai : on se rappelle du passage d’un autre célèbre avocat à la chancellerie, Me Abdoulaye Tapo, qui avait fait de l’orthodoxie judiciaire son cheval de bataille, lorsqu’il avait été appelé aux affaires, au temps d’ATT, il y a quelques années.

Hélas ! Ce dernier, dans le secret de son cabinet, qui avait réuni tous les procureurs et responsables de juridictions pour leur dire que l’heure de l’impunité avait sonné, a connu bien d’infortunes que son illustre prédécesseur. Et pour cause ? Il a été tout simplement lâché par Koulouba, sous des pressions diverses, et sorti du gouvernement. Au grand désappointement de tout un pays, y compris les partenaires au développement.

Gageons alors que cet autre ministre de la justice, Me Bathily, ait plus de bonheur à traquer les fossoyeurs du pays, d’où qu’ils se planquent, car couvert en cela par la confiance et la garantie d’un président IBK, tout dédié à la moralisation de la vie publique.

Sékouba Samaké

Source: info-matin

Comments are closed

Other News

  • Afrique

    Les Ghanéens deux fois moins pauvres qu’il y a 20 ans

    En 1992 près de 52% de la population du Ghana vivait en-dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de 3,20 euros par jour. Aujourd’hui ils sont un peu moins d’un quart, 24,2% exactement, à être considérés comme « très pauvres ». Le dernier rapport du PNUD, le Programme des Nations unies pour le  Le Ghana est parvenu à réduire de moitié le taux de pauvreté de sa population en 20 ans, selon les statistiques nationales officielles. C’est l’un des […]

    Read more →
  • International

    Urgent:Le crash d’un Antonov au départ de Tamarasset fait sept morts, la série noire continue

    C’est la série noire pour l’aviation civile. Un Antonov 12 de la compagnie ukrainienne Air Alliance s’est écrasé dans la nuit de vendredi à samedi, peu après son décollage de l’aéroport de Tamanrasset. Aucun survivant parmi les sept membres de l’équipage. Les sept membres d’équipage de l’Antonov 12, un quadri-moteurs à hélices de fabrication russe, qui assurait la liaison entre l’aéroport de Prestwick (Ecosse) et celui de Malabo, en Guinée Equatoriale, sont morts. Selon le ministère algérien des transports, l’appareil […]

    Read more →
  • Nord-Mali

    Sellal rend visite aux diplomates libérés, reconnaît la mort de deux otages

    Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a rendu visite, dans l’après-midi de ce samedi 30 août, aux deux diplomates algériens qui étaient retenus en otages au Mali depuis avril 2012. Ces deux otages sont actuellement à l’hôpital de l’Armée d’Aïn Naâdja à Alger pour des contrôles médicaux. M. Sellal était accompagné du ministre des affaires Étrangères, Ramtane Lamamra, et du ministère délégué chargé des affaires Maghrébines, Abdelkader Messahel. Lors de sa rencontre avec les deux diplomates libérés aujourd’hui, M. Sellal a […]

    Read more →
  • Nord-Mali

    Abdelaziz Rahabi sur la libération des otages : « Il faut que les responsabilités soient clarifiées »

    Ancien ambassadeur d’Algérie en Espagne et ancien porte-parole du ministère des affaires Étrangères, Abdelaziz Rahabi, revient sur la libération des deux diplomates algériens qui étaient retenus en otage au Mali depuis avril 2012. Quel est votre appréciation de l’action de la diplomatie algérienne sur le dossier de la prise d’otage de nos diplomates à Gao ? Je tire de cet heureux dénouement quelques conclusions. La première est qu’on doit s’interroger sur qui est derrière ce Mujao ? Un groupe (terroriste) dont la […]

    Read more →
  • Nord-Mali

    Mali: Une délégation du MNLA au Maroc

    Le ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, Salaheddine Mezouar a reçu vendredi à Rabat, une délégation du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA), conduite par son secrétaire général Bilal Ag Acherif. La rencontre, s’inscrit dans le cadre des efforts continus de communication et de concertation avec le mouvement de l’Azawad pour parvenir à une solution politique, durable et juste à la crise entre le gouvernement malien et les mouvements au nord du pays. “Le Maroc […]

    Read more →
  • Nord-Mali

    IBK ne veut plus de la médiation du Burkinabè Compaoré

    Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta soupçonne Blaise Compaoré de vouloir réintroduire dans le jeu Iyad Ag Ghaly, le chef d’Ansar Eddine. Confiant dans les résultats des pourparlers d’Alger - lesquels devraient reprendre le 1er septembre - entre son gouvernement et les groupes touaregs du Nord, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) ne veut pas entendre parler d’un éventuel retour de la médiation burkinabè. Soutenu en cela par la France (qui souhaite également que Blaise Compaoré se tienne à l’écart), IBK soupçonne son voisin […]

    Read more →
  • Nord-Mali

    Dans quelles conditions les otages algériens au Mali ont-ils été libérés ?

    Ali Zaoui est un expert international dans les questions sécuritaires et vice-président du Mouvement arabe de l’Azawad international. Dans cet entretien, il revient sur la libération des derniers otages algériens au Mali, qui avaient été enlevés en avril 2012. L’Algérie a-t-elle payé une rançon pour la libération de ses diplomates qui étaient retenus en otage au Mali ? Non, l’Algérie n’a pas payé de rançon. C’est le mouvement arabe de l’Azawad (MAA) qui a négocié avec les ravisseurs. Ils leur ont […]

    Read more →
  • Diaspora & Immigration

    Tunisie : 28 corps de migrants repêchés depuis vendredi

    Les noyés ont sans doute été victimes d’un naufrage survenu en début de semaine au large de la Libye. Les opérations des gardes-côtes tunisiens se poursuivent. Vingt-huit corps de migrants ont été repêchés depuis vendredi au sud-est de la Tunisie, ont indiqué samedi les autorités locales, soulignant que le bilan de ce naufrage ayant eu lieu probablement en début de semaine était provisoire. “Vingt-huit cadavres ont été repêchés en tout, dont 17 hier (vendredi) et 11 aujourd’hui dont des femmes”, […]

    Read more →