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Mahmoud Dicko, l’imam qui défie le pouvoir malien

Des dizaines de milliers de Maliens ont manifesté vendredi pour réclamer la démission de leur président, galvanisés par l’imam rigoriste. Déjà déstabilisé par les djihadistes, le pays s’enfonce dans la crise politique

Des dizaines de milliers de Maliens ont manifesté vendredi pour réclamer la démission de leur président, galvanisés par l’imam rigoriste. Déjà déstabilisé par les djihadistes, le pays s’enfonce dans la crise politique

L’imam Mahmoud Dicko lors d’une manifestation contre le président Ibrahim Boubacar Keïta à Bamako, le 5 juin 2020. — © Matthieu Rosier/Reuters

Un nouveau front s’est ouvert au Mali avec les manifestations exigeant la démission du président, Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, au pouvoir depuis 2013. Des dizaines de milliers de Maliens étaient de nouveau rassemblés à Bamako vendredi aux cris de «IBK dégage». L’immense pays du Sahel, déstabilisé par les groupes djihadistes et les violences communautaires, n’avait pas besoin d’une crise politique.

 

Le «mouvement du 5 juin», date d’une précédente manifestation, rassemble des partis d’opposition, des organisations de la société civile, des activistes contre la corruption mais aussi les partisans de Mahmoud Dicko, un imam rigoriste devenu l’emblème de la contestation. A l’issue de cette nouvelle démonstration de force, le mouvement a rejeté les ouvertures du président IBK, qui s’était déclaré prêt à un gouvernement d’union nationale.

Le fait que Mahmoud Dicko soit érigé en opposant numéro un signale la montée de l’islam politique dans ce pays à 95% musulman. L’imam représente un islam rigoriste inspiré de l’Arabie saoudite, dont il a fréquenté les écoles coraniques, un courant pourtant minoritaire au Mali.

Valeurs islamiques

Originaire de Tombouctou, dans le nord du pays, le sexagénaire, marié à deux femmes et père d’une dizaine d’enfants, est bien connu des Maliens. Il a longtemps dirigé le Haut Conseil islamique malien, l’instance représentative des mosquées et associations musulmanes auprès des autorités.

En 2009, l’imam s’était aventuré pour la première fois sur le terrain politique en bataillant avec succès contre une réforme du code de la famille, qui aurait accordé davantage de droits aux femmes. L’année suivante, il déclarait «ne pas pouvoir en tant que musulman s’opposer à l’instauration de la charia», tout en disant vivre «très bien dans un pays laïque».

Depuis, l’influence du chef religieux n’a cessé de croître. Il avait soutenu IBK lors de sa campagne électorale victorieuse en 2013, juste après l’intervention de l’armée française pour stopper les groupes rebelles et djihadistes qui menaçaient de marcher sur la capitale. Mahmoud Dicko a toujours prôné la négociation avec les groupes armés, y compris djihadistes. L’an dernier, l’imam a obtenu le limogeage du premier ministre, partisan de la manière forte contre les djihadistes.

«Cycle infernal de l’impunité»

L’influence ne suffit apparemment plus. Mahmoud Dicko s’est désormais retourné contre le président, même s’il dément toute ambition de briguer un mandat électif. Réélu en 2018, IBK est de plus en plus contesté. Les élections législatives du printemps tenues en pleine pandémie de Covid-19 n’ont fait que renforcer le climat de défiance, d’autant que le chef du principal parti d’opposition a été enlevé pendant la campagne par des djihadistes.

Le président IBK n’a jamais réussi à restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire. Malgré le soutien des forces françaises et des Casques bleus de l’ONU, l’armée continue de payer un très lourd tribut aux attaques djihadistes.

«Il faut briser le cycle infernal de l’impunité», plaide Alioune Tine, l’expert indépendant chargé par le Conseil des droits de l’homme de suivre la situation dans le pays. Le Sénégalais estime toutefois que l’armée et les milices sont tout autant responsables d’exactions que les djihadistes. «Il est facile de dire qu’il faut restaurer l’Etat de droit mais les procureurs ne peuvent plus aller enquêter dans de nombreuses régions du pays», relate l’expert, qui s’est rendu dans le centre du Mali en février dernier.

L’inquiétude des pays voisins

«Le Mali est une digue, continue Alioune Tine. Si elle cède, toute la région sera touchée par les violences.» Début juin, une dizaine de soldats ivoiriens ont été tués dans une attaque djihadiste, la première depuis plusieurs années dans le pays.

Signe de l’inquiétude des pays voisins du Mali, des émissaires de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont été dépêchés à Bamako. Outre un gouvernement d’union nationale, ils ont préconisé l’organisation de nouvelles élections législatives, là où les résultats ont été les plus controversés.

«La démocratie est en crise dans toute la région, analyse Alioune Tine. La Guinée votera cet automne dans un climat extrêmement dégradé, de même que la Côte d’Ivoire. Les Maliens sont désespérés, pas étonnant qu’ils recherchent quelque chose de nouveau et qu’importe si cette nouvelle offre politique sort des mosquées.»

Source: letemps.ch

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