Certains se sont félicités du voyage d’IBK en terre sainte d’Arabie saoudite, surtout des retombées économiques, du moins celles annoncées par la partie malienne.

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D’autres ont exprimé leur doute en pensant aux voyages présidentiels à Pékin et à Paris, voyages qui avaient fait miroiter des milliers de milliards de FCFA de rentrée dans le trésor public et qui se sont soldés par des désillusions cinglantes. Cela rappelle aux plus anciens d’entre nous les périples de Moussa Traoré que les Maliens suivaient au jour le jour car ces déplacements présidentiels dans les pays arabes du golfe étaient censés renflouer les caisses de l’État et permettre ainsi de payer des salaires en retard de plusieurs mois. L’histoire semble se répéter faisant du Mali un pays quémandeur au moment où les syndicats, à coups de grèves illimitées, demandent, à un pays au bord de la faillite, une amélioration de leurs conditions de vie dans des proportions qui laissent penser qu’ils ne sont pas informés des capacités réelles du pays.

Faut-il le rappeler, le Mali, notre pays, est l’un des plus pauvres de la planète terre, avec un Produit Intérieur Brut (richesse nationale pendant un an) d’un peu plus de 13 milliards de dollar en 2015. En comparaison, la fortune personnelle de Bill Gates est estimée à 86 milliards de dollar en 2017, soit plus de 6 fois plus que notre pays. Le Mali, depuis des décennies, ne vit que grâce à l’appui et l’assistance de la communauté internationale, et « l’équilibre » ainsi obtenu est plus que précaire. On se souvient qu’à la fin du mois de mars 2017, certains journaux avaient attribué le retard des salaires et des pensions de retraite au non-paiement au Trésor d’une somme de 5 milliards de FCFA. Quand on pense que dans ces conditions certains syndicats maliens voudraient voir les salaires de leurs militants alignés sur ceux du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire, infiniment plus riches, c’est à se demander s’ils sont parfaitement conscients des capacités réelles de leur pays.

Cependant la seule pauvreté n’explique pas les difficultés économiques et financières du Mali. Chaque année, lacorruption fait perdre à notre pays plus de 100 milliards de FCFA, et cette somme est sans nul doute sous-évaluée du fait que le Vérificateur général ne passe pas en revue tous les secteurs de l’administration publique et des finances. On est donc fondé à croire que la mauvaise gouvernance a une part importante dans le déficit que connaît l’économie malienne depuis des années. Plus les salaires sont bas, plus la corruption gagnera du terrain. Mais plus la corruption se généralisera plus le niveau des salaires restera bas. C’est la quadrature du cercle, difficile à résoudre.

C’est parce que les bonnes solutions ne sont pas trouvées aux problèmes posés, accentuant ainsi l’extrême pauvreté du pays, que les chefs d’État du Mali parcourent le monde depuis des décennies quémandant l’aumône. La cohorte de responsables et chefs religieux qui ont accompagné IBK en Arabie saoudite avait quelque chose de pathétique. A défaut de proposer des affaires aux Saoudiens, on voudrait leur donner la preuve que nous sommes des musulmans, des frères en religion qui viennent solliciter les pétrodollars. Que vaut un pays qui est incapable de financer la construction d’un pont sur le Niger ? Ne peut-on pas se résoudre au financement national quitte à prendre 10 ans pour offrir aux Bamakois un quatrième pont, notre pont, quand les trois autres nous ont été donnés ?

Peu de Maliens sont fiers de cette image qu’on donne de notre Maliba. La dignité, si tant est qu’on en ait encore, commande que nous épargnions chaque sou de notre faible économie de manière à nous donner des chances de pouvoir entreprendre certains travaux d’intérêt national. Certes il n’est pas question de se passer de l’emprunt pour construire notre pays mais quand on a recours à un pays étranger pour réparer les dégâts faits au Palais de Koulouba lors de l’attaque de la honte sous la Transition de 2012, il y a de quoi désespérer. Nous devrions nous inspirer de tous ces pays asiatiques – Corée du Sud, Chine etc. – qui ont réussi en quelques décennies et à force de travail et d’abnégation, à construire une économie forte.

 La fatalité est l’argument des faibles. Un pays se construit sur le long terme et par le travail et l’abnégation. Il nous faudra accepter de nous sacrifier par le renoncement à cette vie bourgeoise, cette vie faite de facilités que tous nous voudrons mener, pour que nos enfants et nos petits-enfants n’héritent pas d’un pays anéanti. Être un chef c’est vouloir bâtir un avenir, construire un pays par tous les moyens, y compris contre la volonté des siens. Le monde actuel est aux mains des prédateurs qui veulent toujours plus de profits sur le dos des plus déshérités. Même les dons de l’Arabie saoudite ne sont pas gratuits. Ils sont fondés sur la volonté de nous soumettre un peu plus à la religion musulmane, à la Sunna. On a du mal à croire que nous sommes les héritiers de ceux qui chantaient : « Quiconque n’a pas de champ de culture n’a pas sa place chez les Bamanans ». Le monde appartient à ceux qui luttent, à ceux qui travaillent. Nous ne devons pas l’oublier. C’est seulement ainsi que nous serons forts pour relever les défis qui se posent quotidiennement à nous. Nos « pays amis » ne le feront pas à notre place.

 

La rédaction 

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Certains se sont félicités du voyage d’IBK en terre sainte d’Arabie saoudite, surtout des retombées économiques, du moins celles annoncées par la partie malienne. D’autres ont exprimé leur doute en pensant aux voyages présidentiels à Pékin et à Paris, voyages qui avaient fait miroiter des milliers de milliards de FCFA...