Le Premier ministre, Chef du Gouvernement, Moctar OUANE sera ce vendredi après-midi devant le Conseil national de Transition pour décliner le plan d’action issu de la feuille de route de la Transition. Ce grand oral républicain est fait conformément aux prescriptions de la Charte de la Transition qui assigne à l’organe législatif la mission d’adopter le plan d’action de la Feuille de route présenté par le Premier ministre, chef du gouvernement. Ainsi, l’objectif de cet exercice, pour OUANE, devant les membres du CNT, est d’obtenir leur feu-vert en vue de la mise en œuvre de son plan d’action. L’exercice a valeur de présentation d’une Déclaration de politique générale (DPG) devant le parlement.

 

L’engagement des jeunes officiers qui ont renversé le régime du Président IBK était d’instaurer une transition politique civile afin d’aider à la refondation du Mali et l’organisation des élections générales. Dans le souci d’une plus grande convergence et d’inclusivité, le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) avait convié l’ensemble des forces vives de la nation à des journées de la concertation nationale sur la Transition les 10, 11 et 12 septembre 2020 au Centre international de conférences de Bamako (CICB).
Ces journées avaient pour objectif de réunir des sensibilités de la République du Mali en vue de s’accorder sur les modalités pratiques de la gestion de la Transition. Le casting consistait à définir les grands axes de la feuille de route de la Transition et d‘élaborer une Charte pour la transition qui définirait les organes, les attributions, le mode désignation et la durée de celle-ci.

Concertation nationale
Durant les trois jours plus de 500 participants ont planché sur le projet de charte de la Transition et de feuille de route de la transition soumis par la Junte militaire. Pour ce qui est de la charte qui est le socle même de la Transition, les participants ont retenu quatre (4) organes suivants : le président de la transition, chef de l’Etat, le vice-président, le gouvernement de transition composé de 25 ministres au plus, le Conseil national de transition qui est l’organe législatif composé de 121 membres issus des forces de défense et de sécurité et de l’ensemble des forces vives de la nation. Les participants ont également fixé la durée de la transition à 18 mois comme à compter de la date d’investiture du président, conformément aux engagements pris par notre pays envers la Communauté internationale.
Quid de la feuille de route ? Six axes ont été dégagés par les journées de concertations nationales sur la transition : le rétablissement et le renforcement de la défense et de la sécurité sur l’ensemble du territoire national, la promotion de la bonne gouvernance, la refondation du système éducatif, les réformes politiques et institutionnelles, l’adoption d’un pacte de stabilité sociale et l’organisation des élections générales.

Feuille de route
AXE 1 : LE RENFORCEMENT DE LA SÉCURITÉ SUR L’ENSEMBLE DU TERRITOIRE NATIONAL
1. Diligenter la relecture, l’appropriation et la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger ;
2. Accélérer le processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des combattants dans le Nord et le Centre du pays ;
3. Procéder à la dissolution effective de toutes les milices d’auto-défense ;
4. Redéployer les forces de défense et de sécurité sur l’ensemble du territoire national.

AXE 2 : LA PROMOTION DE LA BONNE GOUVERNANCE
1. Restaurer l’autorité et l’utilité sociale de l’Etat à travers la fourniture des services sociaux de base ;
2. Promouvoir la citoyenneté et le civisme à travers l’éducation et la culture ;
3. Renforcer la lutte contre l’impunité et accentuer la lutte contre la corruption ;
4. Rationaliser les dépenses publiques en réduisant le train de vie de l’Etat ;
5. Auditer la gestion des fonds alloués aux secteurs de la sécurité, de la défense et de la justice dans le cadre des lois d’orientation et de programmation.

AXE 3 : LA REFONTE DU SYSTÈME ÉDUCATIF
1. Négocier un moratoire avec les partenaires sociaux de l’éducation en mettant en place un cadre de concertation régulier ;
2. Organiser des assises nationales sur l’éducation ;
3. Engager une refonte du système éducatif.

AXE 4 : LES RÉFORMES POLITIQUES ET INSTITUTIONNELLES
1. Parachever le processus de réorganisation territoriale ;
2. Réformer le système électoral en prenant en compte les maliens établis à l’extérieur ;
3. Élaborer et adopter une nouvelle constitution ;
4. Poursuivre le chantier de la régionalisation.

AXE 5 : ADOPTION D’UN PACTE DE STABILITÉ SOCIALE
1. Engager le débat sur les questions de société comme le rôle des autorités coutumières et religieuses, la question de la pratique de l’esclavage ainsi que le statut de la femme ;
2. Relancer le dialogue avec les groupes radicaux maliens ;
3. Engager le dialogue entre les communautés et acteurs locaux en conflit ;
4. Créer les conditions favorisant le retour des déplacés et réfugiés ;
5. Accélérer le processus d’indemnisation des victimes depuis 1960.

AXE 6 : ORGANISATION DES ÉLECTIONS GÉNÉRALES
1. Élaborer un chronogramme pour les futures échéances électorales ;
2. Organiser les opérations référendaires et les élections générales.

Les priorités affichées
Recevant à déjeuner pour la première fois depuis sa nomination la presse nationale et internationale, le jeudi 3 décembre dernier, le Chef du gouvernement, Moctar OUANE avait expliqué à ses hôtes les priorités ainsi que les urgences auxquels son gouvernement faisait face. Il s’agissait en occurrence du renforcement de la sécurité et l’amélioration de la gouvernance et institutionnelle, la refondation de l’Etat par l’adoption de réformes politiques et institutionnelles et la consolidation de la démocratie à travers la tenue d’élections inclusives, transparentes et crédibles. Mais la mère des priorités reste la restauration de la sécurité à laquelle est consacrée «trois quarts des actions envisagées par le gouvernement «
Dans ce Mali où tout est à reconstruire, à reformer et à restaurer de quelle marge de manœuvre dispose le Premier ministre ? A-t-il un plan qui puisse tenir la route ? Moctar OUANE expliquera à ses convives du jour qu’il inscrit ses actions dans la droite ligne de la lettre d’orientation que le président de la Transition a lui adressé lors du 1er conseil des ministres de son gouvernement le 9 octobre 2020. Ainsi, le président de la Transition Bah N’DAW avait ce jour-là prôné une gouvernance pragmatique avec une obligation de résultat et dans l’immédiat notamment sur deux fronts : sécuritaire et électoral. Mais au-delà l’appropriation et la déclinaison de la feuille de route en actions pertes pour relever le challenge de la Transition.

Sur le front de la sécurisation et la stabilisation du territoire national, le commandant en chef de l’armée malienne plaide pour, d’une part, le renforcement des moyens de défense et de sécurité dans la longue guerre qui est imposée à notre pays et, d’autre part, la correction des faiblesses au niveau de la stratégie ainsi que les failles humaines qui doivent être combattues. Pour le vieux soldat, «l’ennemi est connu et le vaincre est possible. A défaut de gagner tout de suite, cette guerre que je sais de longue haleine, nous devons remporter des victoires rassurantes ». Aussi pense-t-il que «dans le temps qui nous est imparti, nous devons extirper de nos rangs les soldats qui ne font pas honneur à la tenue. Les exactions contre les civils, je reviens là-dessus, ne peuvent être que combattues. Leurs auteurs doivent être recherchés et jugés. L’armée doit assurer et rassurer le peuple. Elle n’a pas d’autre vocation ».
Sur le processus de paix, pour le Président Bah N’DAW, la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation doit être redynamisée sans tarder autant que doivent être encouragées les initiatives concourant au retour de la paix et du vivre ensemble au Centre du Mali. La paix est le but, tout le reste doit concourir à l’atteindre et à la préserver.

Pour ce qui est des réformes politiques et institutionnelles, le Président Bah N’DAW se veut autant en phase avec le vent du Mali mais un homme d’État réaliste. Pour lui, autant «notre crise multiforme appelle, tout le monde en convient, une refondation de l’Etat », autant il faut en convenir «la transition sera trop courte pour voir aboutir les réformes que cette refondation implique. Mais l’Etat est continuité et une grande part du travail est faite, comme les travaux du Dialogue National Inclusif le démontrent ». C’est pourquoi, il a promis l’opérationnalisation des mécanismes de suivi de la mise en œuvre des recommandations de cet important Forum qui a été salué comme un grand moment de notre Histoire.

Sur la gouvernance, en homme réputé intègre et très attaché à la redevabilité, Bah N’DAW prône à la gouvernance «efficacité sans aucun doute, mais la probité également. La probité n’est pas négociable et elle s’impose à nous tous pour relever le défi du Mali nouveau que les Maliens attendent.
Notre honneur est dans notre intégrité. L’avenir de la jeunesse malienne est dans notre intégrité. Le destin du pays est dans notre intégrité. Il n’y aucune possibilité pour moi de transiger sur cet impératif. Aucun d’entre nous ne sera au-dessus de la loi. Notre seule raison d’être est de travailler à satisfaire notre peuple.
C’est le serment que j’ai prêté. Je n’y dérogerai pas.
Chaque centime de ce peuple doit être judicieusement utilisé et je veillerai à ce qu’il le soit. Utiliser rigoureusement les deniers publics, c’est aussi réajuster le train de vie de l’Etat ».

Sur le chantier précis de la lutte contre la corruption, le Président Bah N’DAW reste droit dans ses bottes, «le combat contre le fléau de la corruption ne souffrira d’aucune concession. Elle doit se faire d’abord par notre propre irréprochabilité en tant que dirigeants. Mais elle doit se faire également à travers les réformes systémiques. Il est de ce fait nécessaire que le gouvernement puisse avancer sur certains chantiers évoqués dans les journées de concertation nationale plus récemment et au cours de forums antérieurs.
L’imprescriptiblité du crime d’atteinte aux deniers publics est un de ces chantiers, de même que la lutte acharnée contre l’impunité et la suppression du privilège de l’immunité lorsque les deniers publics sont en cause. C’est à ce prix que la morale publique sera restaurée et que l’avenir de la nation majeure que nous sommes sera sauvé » (Lettre d’orientation du 9 octobre 2020).

Sur le chantier électoral, le Président Bah N’DAW a en effet instruit que les prochaines élections générales soient « organisées dans la transparence, dans la régularité, dans le respect des textes et instruments qui régissent les élections, j’allais dire dans le respect scrupuleux des normes démocratiques afin que les vaincus félicitent les vainqueurs. La fâcheuse tradition des crises post électorales doit désormais être un vieux souvenir pour ce grand pays qui est capable de relever chacun de ses défis ». Le Président de la Transition a souhaité, d’une part, que tous les textes qui doivent être relus le soient et que le fichier électoral ne soit plus source de controverses et de divisions, mais au contraire l’objet d’un consensus vérifié et, d’autre part, que le coût des élections soit conforme aux maigres moyens d’un pays en guerre contre le terrorisme, la maladie, la faim, la pauvreté ! En bon et loyal officier de l’armée malienne, le Colonel-Major Bah N’DAW a sur ce front prescrit la neutralité totale et absolue de l’État entre les candidats et l’application correcte du code électoral !
L’instruction présidentielle comme on le voit est sur ce point très claire : le Mali « doit renouer avec la pleine légalité constitutionnelle, avec un président de la République élu dans les délais prescrits, et si possible avant ». Face à un président de Transition qui décline les enjeux en devoirs, les missions en défis nationaux, le gouvernement se devait d’anticiper pour jeter les bases d’une refondation nationale devenue nécessaire sur bien des plans afin de mieux asseoir le vivre ensemble, mettre sa jeunesse au travail, revaloriser son école et sa santé.

Le plan d’action structuré
C’est ainsi que dès le mardi 6 octobre à l’occasion du 1er conseil de cabinet de son gouvernement, le Premier ministre Moctar OUANE s’est fait le devoir de rappeler aux membres de son gouvernement les grands axes de l’action gouvernementale durant les dix-huit (18) mois de la Transition et les principes directeurs sur lesquels elle sera fondée.Dans la même veine, le Premier ministre avait tenu aussi à rappeler aux membres du gouvernement les missions assignées à la Transition par l’article 2 de la Charte adoptée à l’issue des concertations nationales des 11 et 12 septembre 2020, à savoir :
• le rétablissement et le renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national ;
• le redressement de l’Etat et la création des conditions de base pour sa refondation ;
• la promotion de la bonne gouvernance ;
• la refonte du système éducatif ;
• l’adoption d’un pacte de stabilité sociale ;
• le lancement du chantier des réformes politiques, institutionnelles, électorales et administratives ;
• l’organisation des élections générales ;
• la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger.

Lors de ce Conseil de cabinet du 6 octobre, aux membres du gouvernement qu’il conviait à l’engagement, la détermination et la solidarité pour faire face aux défis, le Premier ministre Moctar OUANE avait défini trois ordres de priorité et d’urgence.
Primo, il faut, selon lui, faire face aux défis d’ordre sécuritaire, politique, économique et social auxquels notre pays est confronté aujourd’hui il fallait de l’engagement sans faille de chacune et de chacun d’entre des membres du gouvernement et de l’ensemble des patriotes de ce pays.
Secundo, réussir à formuler, à faire adopter et à conduire avec volonté et détermination les réformes voulues par notre peuple, et ce avec rigueur et humilité. Ce qui exige du gouvernement plus d’ouverture, de dialogue et la concertation tout en veillant à la transparence dans la gestion des affaires publiques.
Tertio, rien de durable ne pouvant se construire dans la dissension permanente, Moctar OUANE a fortement insisté sur l’indispensable cohérence, cohésion et solidarité au sein de l’équipe gouvernement, mais au-delà de la nation tout entière.
Immédiatement donc le Premier ministre a mis son gouvernement au travail. Au bout d’un mois, le gouvernement de Transition avait déjà son plan d’action. Discrétion, célérité et efficacité, tels sont les termes qu’un membre du gouvernement a utilisés lors de ce déjeuner pour résumer l’action du gouvernement dans la déclinaison de la Feuille de route en plan d’action. C’est ainsi qu’interrogé sur la question lors de son déjeuner avec la presse le jeudi 3 décembre 2020, le Premier ministre Moctar OUANE pouvait dire avec fierté que «la Feuille de route» de la Transition qui avait été déclinée en six axes avec 23 objectifs est consolidée en plan de 275 actions qui n’attend maintenant que l’approbation du Conseil national de transition (CNT) pour être mise en œuvre.
C’est donc ce plan d’action que le Premier ministre se fera le devoir suivant l’article 15 de la charte de présenter devant le CNT cet après-midi de manière détaillée avec, selon les sources proches de la Primature, un chronogramme précis et chiffré s’il y a lieu.
Info-Matin suivra pour vous.

Par Sikou Bah

Source : INFO-MATIN

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Le Premier ministre, Chef du Gouvernement, Moctar OUANE sera ce vendredi après-midi devant le Conseil national de Transition pour décliner le plan d’action issu de la feuille de route de la Transition. Ce grand oral républicain est fait conformément aux prescriptions de la Charte de la Transition qui assigne...