Après un interrogatoire, qui aura duré sept heures d’horloge, jeudi dernier, au camp I de la gendarmerie, Moussa Sinko Coulibaly est rentré, libre, à son domicile. Mais l’épée de Damoclès plane, toujours, sur sa tête.

 

C’est sur instruction du procureur du tribunal de la commune V du District de Bamako que l’ex-général de l’armée malienne a été convoqué, par la gendarmerie du camp 1, pour être auditionné sur un tweet, dans lequel il appelait à « mettre fin à ce régime incompétent pour abréger la souffrance du peuple ».

Critique d’opposant politique ou incitation au coup d’état ?

Au lendemain du massacre de la quarantaine de soldats, suite à l’attaque des camps de Boulkessi et de Mondoro, il revient à la charge avec un autre tweet : « Ma consternation est grande. La nation est meurtrie par l’incompétence du régime d’une médiocrité à nulle autre pareille. Il est temps de trouver les moyens pour mettre fin à cette gouvernance scabreuse ».
Au cours de sa présentation de ses condoléances aux familles endeuillées, le 06 octobre dernier, le président de la République répond au général démissionnaire en ces termes : « Aucun putsch militaire ne prévaudra au Mali, qu’on se le dise. Et je crois que cela n’est pas à l’ordre du tout à l’ordre du jour et cela ne saurait nous inquiéter », a-t-il dit.

Un proche d’IBK

Ancien Saint-Cyrien, l’ex-général de l’armée malienne était le chef de cabinet du capitaine Amadou Aya Sanogo, auteur du putsch qui a mis fin au régime du président ATT. C’était le 22 mars 2012.
Ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire, de 2012 à 2014, Moussa Sinko Coulibaly serait proche, voire très proche d’IBK.
C’est lui qui l’aurait présenté à « l’homme fort de Kati » comme le « candidat de la junte militaire » ; alors qu’au moment, le capitaine Sanogo penchait, dit-on, pour un autre candidat, proche de l’opposition.
Avant même la proclamation des résultats de l’élection présidentielle de 2013, Moussa Sinko Coulibaly, alors ministre de l’Administration Territoriale, annonçait avant même la proclamation des résultats du premier tour par la CENI : « le candidat IBK est, largement, en tête. Et si cette tendance se poursuit, il n’y aura pas de second tour ».

La rupture

Après la victoire d’IBK, à la présidentielle de 2013, le général Moussa Sinko Coulibaly est nommé à la tête de l’Ecole de Maintien de la Paix Alioune Blondin Beye d’où il démissionne, puis de l’armée. Avant de se présenter à l’élection présidentielle de juillet 2018, à la tête du parti qu’il venait de fonder : la Ligue Démocratique pour le Changement.
A l’issue de cette présidentielle, remportée par IBK, Moussa Sinko Coulibaly se retrouve 15e sur 24 candidats, avec un score de 0,9 % des voix.
Depuis ses relations sont devenues tendues avec le pouvoir. Il ne rate aucune occasion pour critiquer le régime IBK, qu’il accuse de tous les péchés d’Israël.
Avec la rareté des meetings, c’est sur son compte tweeter qu’il livre ses impressions sur le régime IBK.
Dans ses deux derniers tweets, il appelait à « mettre fin à ce régime incompétent pour abréger la souffrance du peuple ». La suite, on la connaît.
Jeudi 10 octobre, il a été entendu, par la gendarmerie du camp 1 de Bamako, sur instruction du procureur de la commune V du District de Bamako au motif qu’il aurait appelé à renverser le régime IBK.

Moussa Sinko se rétracte

« Nous sommes respectueux des lois de la République, nous sommes respectueux de la constitution, nous savons que le peuple est avec nous. On ne voit pas pourquoi, on va essayer de passer à côté des lois de la République pour essayer d’apporter des solutions. Nous sommes confiants que l’aspiration profonde de la nation doit avoir une réponse appropriée et aujourd’hui, c’est nous qui proposons les vraies solutions », a-t-il déclaré aux médias, à l’issue de ses sept heures d’interrogatoire.
Traduction : je respecte la constitution, selon laquelle le coup d’Etat est un crime imprescriptible. D’où la question : alors pourquoi appelle-t-il à « renverser ce régime incompétent pour abréger la souffrance du peuple » ? Comment entend-t-il le faire, alors que le président IBK vient, à peine, d’entamer son second mandat ?

 Lutte contre les dérives sous toutes ses formes

Si Moussa Sinko Coulibaly est réputé pour ses critiques acerbes contre le pouvoir, c’est la première fois qu’il appelle à « mettre fin à cette gouvernance scabreuse ».
Son audition, au camp I de la gendarmerie, sur instruction du procureur de la commune V du District de Bamako, est à lier à la volonté des procureurs, sous l’impulsion du ministre de la Justice, Garde des « Sots », de mettre un terme aux dérives, sous quelle que forme que ce soit.
Présidant la rencontre des procureurs, Me Malick Coulibaly, ministre de la Justice, avait appelé les procureurs à interpeller toute personne qui se serait rendue coupable d’une dérive verbale ou autre. Afin, dit-il, de mettre fin au désordre et à l’incivisme dans notre pays.
La récente interpellation d’Abdoul Niang, animateur radio et sulfureux chroniqueur, par la Brigade D’Investigation Judiciaire (BIJ), s’inscrit dans ce cadre.
Si Moussa Sinko Coulibaly est sorti libre de la gendarmerie du camp I, il marche sur des œufs. Sa liberté de critique s’en trouverai limitée.
Bref, Moussa Sinko Coulibaly est, désormais, dans une position inconfortable. Il est, peut-être, libre. Mais ses faits et gestes sont surveillés. Comme du lait sur le feu.
Qu’elle soit verbale, ou sous forme de tweet, la moindre critique acerbe contre le pouvoir pourrait lui valoir une inculpation pour « incitation à l’insurrection, ou à un putsch ». Avec, à la clé, les conséquences que l’on sait.

Oumar Babi

Canard Déchaîne

MaliwebPolitique
Après un interrogatoire, qui aura duré sept heures d’horloge, jeudi dernier, au camp I de la gendarmerie, Moussa Sinko Coulibaly est rentré, libre, à son domicile. Mais l’épée de Damoclès plane, toujours, sur sa tête.   C’est sur instruction du procureur du tribunal de la commune V du District de Bamako...