Dans cet entretien, le ministre de la Femme, de l’Enfant et de la famille souligne les défis, évoque le travail déjà effectué, ainsi que les résultats atteints en matière de promotion du genre. Elle expose aussi la vision de son département pour l’atteinte des objectifs

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L’ESSOR : Quelle est votre vision du concept « Autonomisation des femmes » ?

Mme Sangaré Oumou Ba : Le PNUD traite l’autonomie des femmes à partir de cinq principaux critères : le sens de la dignité, le droit de faire et de déterminer ses choix, le droit d’avoir accès aux ressources et aux opportunités, le droit d’avoir le contrôle sur sa propre vie, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du foyer et la capacité d’influencer le changement social, afin de créer un ordre économique et social plus juste au plan national et international.

L’autonomisation des femmes pour assurer leur indépendance en accroissant les revenus exige qu’elles soient actives. Quelles sont les actions entreprises dans ce domaine ?

Mme Sangaré Oumou Ba : Pour rester collées à la définition du concept d’autonomisation, je dirais que dans notre pays, malgré les résultats atteints, nous reconnaissons qu’il y a toujours des efforts à fournir dans le cadre de l’autonomisation des femmes. Aujourd’hui, la femme malienne ne se reconnaît pas à 100% dans les critères précités. La Politique nationale genre qui est en train d’être mise en œuvre est une avancée significative qui permet d’espérer sur un mieux-être de la Malienne.
L’actuel gouvernement a également proposé un projet de loi sur la promotion du genre au niveau des instances électives et nominatives. Cette proposition est sur la table de l’Assemblée nationale depuis 1 an. Nous souhaitons vivement que ce projet soit adopté dans les meilleurs délais. Ce qui constituera une grande avancée démocratique au Mali, pour qui reconnait le rôle de la femme dans notre pays.

En quoi l’alphabétisation est-elle un facteur favorable à l’autonomisation de la femme rurale ?

Mme Sangaré Oumou Ba : L’éducation, de façon générale et l’alphabétisation de façon spécifique en milieu rural, rendent beaucoup plus autonomes et indépendantes les femmes. Quand elles sont alphabétisées, elles peuvent atteindre des résultats positifs dans l’exécution de leurs activités et contribuer également au développement local. Elles tiennent leur comptabilité dans leurs langues locales sans avoir recours à un appui extérieur. Actuellement, nous sommes au siècle de l’informatique.
Le grand défi auquel nous devons faire face, c’est de réduire la fracture numérique à laquelle font face les pays en développement. Le fossé s’élargit davantage lorsqu’on mesure l’accès des femmes à ces technologies de l’information et de la communication.
A cela s’ajoutent la pauvreté et la barrière des langues. En plus de l’alphabétisation, on a besoin aujourd’hui d’aider les femmes rurales à accéder aux TIC et à d’autres technologies plus avancées, à faciliter leur accès aux financements consistants qui permettent d’améliorer leur productivité et leurs revenus et de les placer rapidement à des positions de leadership au sein de leurs communautés.

La création d’entreprises agricoles ne va t-elle pas favoriser l’accroissement de l’emploi féminin dans les communes et cercles du Mali ?

Mme Sangaré Oumou Ba : Evidemment ! L’économie de notre pays repose en grande partie sur l’agriculture. Plus de 75% des femmes vivent en milieu rural pratiquent cette activité, principalement pour la famille. Les moyens rudimentaires dont elles disposent ne leur permettent pas de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles et de leurs communautés. Il va falloir compter avec les femmes pour la mise en œuvre de l’agenda 2063 de développement de l’Afrique.
Et pour cela, il faut favoriser la création et le renforcement des entreprises agricoles, le renforcement des femmes dans l’entreprenariat et dans l’agrobusiness en favorisant leur accès à des financements substantiels. Cela permettra d’accroître l’emploi féminin et réduirait aussi la pauvreté de façon générale et la pauvreté des femmes de façon particulière.

Pensez-vous que les projets des ONG évoluant dans le monde rural aient un impact sur les conditions de vie des femmes ?

Mme Sangaré Oumou Ba : Ces projets des ONG évoluant dans le monde rural s’inscrivent en droite ligne des politiques du gouvernement du Mali. Ils ont leur part de contribution dans le développement de notre pays et plus particulièrement, quand les projets sont bien coordonnés selon les domaines d’intervention. Le gouvernement à lui seul ne peut pas tout faire.
Ces projets aident les femmes du milieu rural à se former, à renforcer leurs capacités et même à les doter d’instruments ou de moyens de mise en œuvre de leurs initiatives. Nous remercions tous les partenaires techniques et financiers, les ONG, le secteur privé et les acteurs de la société civile pour leur implication et leur engagement aux côtés des femmes du monde rural.

Comment voyez-vous l’avenir de l’entreprenariat féminin? Les femmes ont-elles accès au crédit ?

Mme Sangaré Oumou Ba : Les femmes travaillent jour et nuit pour supporter les besoins quotidiens de la famille en Afrique à partir de leurs maigres entreprises. Les acteurs doivent comprendre qu’en renforçant les capacités des femmes, en les dotant de fonds conséquents et de moyens technologiques plus adaptés aux besoins de l’Afrique, l’entreprenariat féminin sera la base de la révolution industrielle en Afrique. Les femmes sont engagées dans tous les domaines du développement. Elles sont dans l’agroalimentaire, dans le commerce, la pêche, l’élevage, les textiles… Si elles sont dotées de moyens adéquats, elles peuvent transformer la face de l’Afrique.
Elles ont accès aux petits crédits, mais pas toujours aux crédits bancaires car les conditions d’accès aux prêts au niveau des institutions bancaires ne sont pas abordables par elles. Le plus souvent, elles n’ont pas les garanties requises et ne peuvent pas supporter les taux de remboursement.

Mme le Ministre votre département a-t-il un plan concernant l’autonomisation de la femme ?

Mme Sangaré Oumou Ba : Bien sûr : le plan d’action de la Politique nationale genre (PNG) est suffisamment complet pour assurer l’autonomisation des femmes. Il prend en compte tous les domaines de droits de la femme, droits qui leur permettent de préserver leur dignité, de faire et de déterminer leurs choix, d’avoir accès aux ressources et aux opportunités, d’avoir le contrôle sur leur vie et d’avoir la capacité d’influencer le changement social afin de créer un ordre économique et social plus juste.

Propos recueilli
par M. A TRAORE

source : L’ Essor

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Dans cet entretien, le ministre de la Femme, de l’Enfant et de la famille souligne les défis, évoque le travail déjà effectué, ainsi que les résultats atteints en matière de promotion du genre. Elle expose aussi la vision de son département pour l’atteinte des objectifs L’ESSOR : Quelle est votre vision...