Cinq mois après sa nomination au poste du Premier ministre, Moctar Ouane a pris date avec le Conseil National de la Transition (CNT) pour le grand oral de son Programme d’Action du Gouvernement (PAG) au Centre International de Conférences de Bamako. Ce plan qui constitue la feuille de route pour la réussite de la transition et qui attend le feu vert du CNT sème à la fois le doute quant à l’ambition des actions mais aussi l’espoir pour le renouveau de l’action publique.

Ce Plan comporte 6 axes déclinés en 23 objectifs, adossés à 275 actions à évaluer à travers 291 indicateurs. Selon M. Ouane, cet ensemble cohérent d’actions vise à atteindre, dans un horizon précis, des objectifs définis, avec des moyens identifiés dans le respect du temps imparti et des équilibres macroéconomiques et financiers. « La mise en œuvre du Plan d’action du Gouvernement contribuera aux réformes politiques et institutionnelles nécessaires à la consolidation de la démocratie, c’est-à-dire à renforcer la stabilité des institutions démocratiques et républicaines et à améliorer la gouvernance », a-t-il souligné avant d’assurer que le Gouvernement reste déterminé à mener à bien ce plan dans les délais convenus.

Pour le politologue Bréhima M. Koné, ce programme a tout pour réussir la transition et redresser le pays : « sans jeter des fleurs au Premier ministre, parce que je suis plutôt intéressé par les indicateurs, en termes d’évaluation des actions publiques. Il faut quand-même noter qu’il a une très grande maîtrise des enjeux du pays, et ambitionne de réduire ou de minimiser les souffrances du peuple Malien avec ce programme bien élaboré. Un programme ambitieux pour le renouveau de l’action publique. Maintenant, la transition pourrait-elle relever tous ces défis ? Le Premier ministre aurait-il le pouvoir et les leviers du pouvoir pour réussir la mise en œuvre de la feuille de route de la transition ? Serait-il buté à des blocages, avec la classe politique, si un cadre de concertation n’est pas créé éventuellement pour décrisper le front socio-politique ? ».

Quant à Abdramane Diarra, Président de la jeunesse de l’URD, il estime que ce programme est en décalage avec les conclusions des concertations nationales qui ont abouti à la charte et à la feuille de route définie en septembre 2020 : « Nous avons discuté pendant trois jours au CICB en septembre 2020 dans le cadre des concertations nationales pour donner une orientation à la transition. Les livrables de ces échanges ont été la Charte et la feuille de route de la transition. Nous avons tenu à ajouter que le gouvernement de la transition, avant toute autre action, établira un plan d’actions de cette feuille de route pour donner un moyen de suivi et d’évaluation de la transition. Mais eu égard à l’exercice auquel s’est prêté le Premier Ministre devant le CNT, je suis au regret de constater que nous avons assisté une autre présentation de cette feuille de route alors que la majorité des membres du CNT ont pris part à ladite concertation nationale. Pour rappel, un plan d’actions est totalement différent d’une feuille de route, un plan d’actions doit fournir des éléments tels que les délais, les coûts, les indicateurs de performance mesurables et quantifiables ».

Pour Koureichy Cissé, journaliste, Moctar Ouane précipite ainsi sa démission : « L’éléphant annoncé est arrivé avec un pied cassé. Aussi pauvre qu’irréalisable le plan d’action que le Premier ministre a présenté ce jour (ndlr 19 février 2021) est plutôt une démission. Un au revoir. Tout d’abord, ce plan d’action ressemble à une dissertation littéraire sur la solution et proposition de sortie de crise rédigée par un club de jeunes universitaires en quête de licence et non un plan d’action d’une autorité politique et gouvernementale. Rien d’autoritaire ! Pas de chiffre ! Pas de date ! Pas de délais ! Pas d’échéance ! Absence totale d’un chronogramme digne de ce nom. Pis, une démission pure et simple. Car il se fait griser devant la France et la communauté internationale en parlant de la relecture de l’Accord d’Alger (soutien infaillible) et ici à l’intérieur en ayant mentionné la dissolution des milices. Vous verrez très bientôt sa tête sera mise en revendication après le refus du CNT. Sans aucun soutien, avec un mentor déjà affaibli, il serait obligé de partir ».

C’est dire que ce plan engage le Premier ministre à titre personnel et qu’il joue gros. Maintenant, aura-t-il les coudées franches pour mettre en œuvre les 275 actions déclinées ?

Propos recueillis par SKK

Source: Bamakonews

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