Depuis le coup d’Etat du 22 mars 2O12, on constate une forte implication des leaders religieux, en particulier musulmans dans la vie politique. Conseillers occultes ? En tout cas, le constat est largement partagé au sein de l’opinion publique nationale et internationale. Dans une certaine mesure, on comprend que la politique n’exclu personne, aucune croyance, fut-elle religieuse ou pas. La politique apparaît, de ce point de vue, comme l’affaire de tous les habitants de la cité. Mais, ce que l’on constate ces derniers temps, va au-delà de cela. De plus en plus, on sent un appétit chez certains leaders musulmans au plan politique, au point qu’on est tenté de croire qu’ils ont eux- mêmes des ambitions politiques, contrairement à leurs déclarations, selon les lesquelles, ils sont différents de ceux qui se battent pour conquérir le pouvoir politique.

haidara dicko hci

De plus en plus, il apparaît clair que des leaders musulmans ne veulent pas rater les élections présidentielles de 2O13. Certains ont déjà leur candidat qu’ils veulent sans doute imposer à leurs coreligionnaires. Partant de là, il se révèle des trafics d’influences et des modes de chantage de leaders politiques. Aujourd’hui, plus que jamais, certains leaders musulmans sont déterminés à jouer pleinement leur partition. Au-delà des convictions politiques, on sent une odeur d’ambitions et de calculs intéressés qui ne sont pas d’habitude propres à des personnes qui ont pour vocation primaire, la promotion et l’enseignement des cultes religieux. On constate en effet, avec une grande satisfaction que les catholiques ne sont pas dans la même logique. Qui peut démontrer que des chrétiens, dans l’histoire de la démocratie au Mali  ont, une seule fois, à travers leurs leaders, manifesté un intérêt particulier pour le politique, au point de donner des consignes de vote à la communauté chrétienne de voter pour tel ou tel candidat à des élections présidentielles ?

En tout cas, les propos et actes posés de certains leaders de la communauté musulmane du Mali, sont inquiétants. Il est regrettable de constater qu’au lieu d’être des conseillers et observateurs avertis de la scène politique, des leaders religieux sont devenus des piètres politiciens aux ambitions démesurées et souvent en porte-à-faux avec leur sacerdoce. Si ce n’est pas eux-mêmes qui sont au devant de la scène, c’est d’autres personnes (politiques) qui sont placé en orbite avec des consignes très fermes. Ces leaders religieux ou devrons-nous politiques, n’ont-ils pas dépassé le cadre strict de leur mission fondamentale qui est d’être des vigiles, des médiateurs ou encore des arbitres avec la seule ambition de voir la démocratie se consolider, la paix sociale se renforcer et la justice mieux distribuée ?

A quelques encablures des élections présidentielles, il est important voire nécessaire que les leaders musulmans reprennent leur place et rôle. La politique aux politiciens, la religion aux leaders religieux. Chaque citoyen doit pouvoir voter en son âme et conscience, indépendamment de toute injonction.

D’ores et déjà, certains observateurs avertis de la vie politique au Mali, expriment les mêmes inquiétudes face à la passion que certains religieux développent envers la vie politique au Mali. Il est impérieux que ceux-ci se ressaisissent à temps, que les autorités administratives et les acteurs politiques, en particulier les leaders, soient vigilants et prudents pour éviter de donner l’impression que la politique et la religion se confondent et que le Mali travaillerait en ce moment pour l’encrage d’une religion (l’islam), au détriment des autres croyances officiellement reconnues et devant bénéficier du respect selon la loi fondamentale et les principes de la démocratie. Le Mali n’a pas besoin aujourd’hui, de situations qui pourraient être de nature à ébranler ses fondements.

Sinaly