Malgré l’insistance de la communauté internationale, notamment la CEDEAO, de la société civile et de la classe politique dans sa majorité, le gouvernement de la transition ne semble pas être dans la logique du respect de la durée de la transition. Sans le dire, il semble préparer l’opinion nationale à une prolongation de la transition qui sera, sans nul doute, contestée.

Il ne reste que 6 mois pour la durée de la transition de 18 mois et qui a commencé en septembre 2020. Mais aucune des réformes nécessaires réclamées par le peuple malien, en général, et la classe politique en particulier, n’a été faite. Pourtant, ces réformes sont considérées comme une nécessité pour la refondation de l’État du Mali. Les élections générales peuvent-elles être organisées sans reformes ? La transition aura-t-elle réussie si elle n’arrive pas à faire ces réformes ? Lesdites reformes sont-elles faisables pour le reste de la durée de la transition ?…sont, entre autres, les questions que se posent bon nombre de Maliens.

Une possible prolongation de la transition en vue

L’organe unique de gestion des élections ; les assises nationales de la refondation ; la révision de la constitution de 1992 ; la révision de la charte des partis politiques ; la relecture du code électoral…sont les chantiers de reformes qu’envisage le gouvernement du Dr Choguel Kokalla Maïga. Le temps presse, mais aucune des reformes réclamées par les Maliens, n’a été, pour le moment, une réalité. Peut-on les faires, toutes, dans les 6 mois à venir et organiser d’élections libres et transparentes ? Très dubitable. Pourtant, le gouvernement tient à ces reformes comme les prunelles des yeux. Le premier ministre de la transition l’a dit d’ailleurs à plusieurs reprises. Lors de sa rencontre avec la classe politique au CICB il y a deux semaines, il a déclaré que « la création de l’organe unique de gestion des élections est une décision gouvernementale irréversible ». En plus de cet organe, le premier ministre tient à la tenue des assises nationales de la refondation qui, selon lui, visent à faire un diagnostic sans complaisance de l’état de la nation, à partir de la gravité et de la profondeur de la crise, des enjeux, défis et périls. Devant le médiateur de la CEDEAO en visite au Mali depuis la fin de la semaine dernière, le premier ministre a indiqué que « aller aux élections sans aucune réforme est suicidaire ». Pourtant, à moins de six mois de la fin de la transition, aucune réforme n’a été encore faite. Un autre point qui prouve la volonté du gouvernement de prolonger la transition, c’est la décision de reléguer la publication du calendrier électoral aux assises nationales de la refondation.

Au-delà de ces aspects, des partis politiques, des leaders religieux influents dont le chérif de Nioro, et des mouvements de jeunes réclament la prolongation de la transition. Ce qui risque de renforcer le gouvernement dans sa position.

Risque de contestation

La communauté internationale, notamment la CEDEAO est exigeante quant au respect de la durée de la transition. Elle tient à la tenue de l’élection présidentielle en février 2022. La classe politique, dans sa majorité, réclame aussi le respect de la durée de la transition. Une partie de la aussi civile est aussi dans cette posture. Toutes ces forces exigent du gouvernement de la transition l’organisation des élections générales conformément au calendrier publié par le gouvernement Moctar Ouane. Les politiques menacent d’ailleurs de protester toute prolongation de la transition. Est-il possible de tenir les élections en février prochain ? Le gouvernement de transition a-t-il la volonté de le faire ? En tout cas, la classe politique et la CEDEAO semblent être sur la même position. « Nous avons pris part ce lundi à la rencontre avec le médiateur de la CEDEAO au Radisson Collection, ex Sheraton.Une réunion capitale qui a permis de dégager une position presque unanime de la classe politique en faveur du respect du délai de la transition. À l’exception de la COFOP du Dr. Abdoulaye Sy, de MC-ATT de Bittar et un autre parti dont j’ignore le nom, toute la classe politique y compris les partis membres du M5 (URD, CNID etc.) a opté pour le maintien du délai et l’organisation des élections à date. Quant au SADI du Dr. Oumar Mariko, il n’est ni pour ni contre le maintien du délai. Les émissaires de la CEDEAO abondent dans le même sens que la classe politique. Ils estiment par ailleurs que les réformes d’envergure ne sont pas opportunes. Il est à souligner qu’une large majorité de la classe politique rejette la mise en place de l’organe unique de gestion des élections et les assises nationales de la refondation qui restent la seule boussole du PM », a écrit, sur sa page Facebook, Sekou Niamé Bathily, un cadre RPM. Et si le gouvernement décidait, sans du consentement de ces politiques et de ces acteurs de la société civile, de prolonger la transition, il faudra s’attendre à des manifestations. Du même il y aurait de manifestations contre la prolongation, il faut aussi s’attendre aussi aux manifestations pour le soutien de la prolongation.

Si la CEDEAO optera pour des sanctions contre le Mali, à Bamako, ça serait la victoire de la rue entre pro et anti prolongation de la transition.

Boureima Guindo

Source: LE PAYS

MaliwebPolitique
Malgré l’insistance de la communauté internationale, notamment la CEDEAO, de la société civile et de la classe politique dans sa majorité, le gouvernement de la transition ne semble pas être dans la logique du respect de la durée de la transition. Sans le dire, il semble préparer l’opinion nationale...