Lors d’un passage en Suisse la semaine dernière, Oumar Mariko, député du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi), a porté un jugement très critique sur la situation au Mali. Dans un entretien accordé à nos confrères du  Courrier, le député élu à Kolondiéba a dénoncé le caractère criminel du régime en place. Morceaux choisis.

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 Evoquant les mouvements sociaux de ces derniers mois, le président du parti Sadi a dénoncé que “les travailleurs du secteur public ont des salaires extrêmement faibles. C’est le résultat de l’application des prescriptions du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Tout cela alors que les politiciens se montrent terriblement dépensiers pour eux-mêmes. L’assemblée nationale, qui compte 147 députés, dispose d’un budget de 16 milliards de F CFA alors que la Justice malienne ne reçoit qu’entre 11 et 12 milliards pour 550 magistrats”.

II ajoute que “sans compter que députés et ministres se sont rendus coupables d’un grand nombre de détournements financiers. Ceci explique notamment la grève des magistrats, qui réclamaient une harmonisation des grilles salariales, et ainsi être mieux payés. Mais les travailleurs de la santé sont encore plus mal lotis. Un médecin malien dans le secteur public touche à peine un salaire mensuel de 140 000 F CFA alors que la location d’une maison à Bamako coûte environ 100 000 F CFA par mois. De surcroît, au lieu d’investir dans les soins au Mali, l’Etat dépense des fortunes pour envoyer des patients se faire soigner au Maroc et en Tunisie. Quant aux enseignants, ils réclament toujours des améliorations salariales et des meilleures conditions de travail. Aujourd’hui, les écoles comptent au minimum 150 enfants par classe, à tous les niveaux d’enseignement !”

Pour l’ancien leader estudiantin, “les juges tiennent le couteau par le manche car ils peuvent bloquer certains dossiers administratifs utiles aux élus. Ils avaient aussi menacé de révéler des affaires, camouflées jusque-là, concernant certains membres de l’exécutif. En revanche, le gouvernement a tardé de vingt jours avant de répondre aux revendications des médecins. C’est complètement irresponsable car il y a eu de nombreux morts à cause de la grève dans le secteur de la santé. Cela révèle le caractère criminel du régime en place. Les enseignants, eux, sont toujours en grève (le 3 mai, un accord avec le gouvernement a été signé dans le primaire et le secondaire, Ndlr). Les gouvernants ne se sentent pas concernés, leurs enfants vont à l’école privée”.

Oumar Mariko reproche aux tenants du pouvoir actuel d’avoir “été infiltrés par des jeunes proches du pouvoir. Puis, des militaires habillés en civil ont agi de façon brutale contre les piquets de grève et les manifestations, en frappant les étudiants. L’un d’eux a même été tué par balle”.

Revenant sur le changement du gouvernement opéré le 11 avril, il a expliqué qu’”il y avait beaucoup de mécontentement, au sein même du parti majoritaire, contre le premier ministre et son équipe. Tous les dossiers économiques, sociaux ou même sur le fonctionnement des institutions n’avançaient plus. Le premier ministre s’est retrouvé au cœur de scandales financiers concernant des détournements de fonds. La communauté internationale ne constatait pas non plus d’avancées dans l’application de l’accord de paix signé avec les mouvements armés du Nord du pays”.

 

Karim Kéita accusé

Pourtant, il reconnait quelques qualités chez le nouveau chef du gouvernement. “Je connais le Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maïga, je sais qu’il n’est pas porté sur l’argent facile et ne se laisse pas corrompre. De plus, il a une bonne compréhension de la situation nationale”, apprécie-t-il avant d’assener que “mais ce n’est pas un homme d’action. En tant que responsable de l’administration territoriale, puis ministre de la Défense, face aux dossiers que je lui ai apportés, il n’a jamais entrepris d’actions concrètes. Est-ce le Premier ministre qui le bloquait ? Maintenant qu’il est lui-même chef du gouvernement nous le saurons bientôt. Mais je pense qu’on ne l’a pas laissé former lui-même son gouvernement”.

L’ancien soutien d’IBK en 2013 soutient que “le fils du président, Karim Kéita, serait fortement impliqué dans la nomination des ministres. Ce qui a choqué les Maliens, c’est le retour d’anciens ministres qui avaient été démis de leurs fonctions suite à des accusations de détournements dans le passé. Ce sont des obligés du président. Le but est de lui faire gagner coûte que coûte les élections de 2018”.

Enfin au sujet des élections présidentielles de 2018, Oumar Mariko soutient que “le peuple malien a besoin d’un changement de régime et l’exprime de manière assez ouverte. Mais des élections transparentes ne sont pas à l’ordre du jour. Pour pouvoir voter, tous les Maliens doivent disposer de la nouvelle carte d’identité ‘Nina’. Mais aujourd’hui encore, une majorité de citoyens n’en a pas. L’Etat malien a fait venir des sociétés françaises pour fabriquer cette carte et le nouveau passeport numérique (Safran Identity et Oberthur)”.

On a l’impression que ces sociétés veulent aider les gouvernants actuels à rester au pouvoir en 2018, étant donné qu’une grande partie de la population pourrait être exclue du vote. L’administration est prise en otage par le pouvoir en place et le clientélisme se prépare ». Des critiques qui s’inscrivent dans la même lignée que celles de ses autres sorties médiatiques depuis son départ de la majorité présidentielle.

Malick Diallo

Par L’Indicateur du Renouveau

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