Pour la 20ème fois consécutive, Me Mountaga Tall , le premier leader politique à initier la présentation de vœux à la presse , a respecté la tradition. En effet , le mercredi 29 Janvier , le président du CNID a adressé ses meilleurs vœux aux journalistes. C’ était à la maison de la presse. Comme à l’ accoutumée, il a fait le diagnostic de la situation sécuritaire et de la gouvernance dans notre pays; avant de formuler des critiques, et de faire des propositions au pouvoir en place.

Nous vous proposons ci- dessous l’ intégralité de son intervention.

Monsieur le Président de la Maison de la Presse,

Madame et messieurs les représentants des organes de régulation de la presse,

Mesdames et messieurs les représentants des associations des média publics et privés, nationaux et internationaux,

Mesdames et messieurs les directeurs et représentants des organes médiatiques écrits, audiovisuels et en ligne,

Mesdames et messieurs les internautes, activistes des réseaux sociaux,

Mesdames et Messieurs,

Par la grâce de ALLAH SOUBHANA WATAALA, le Miséricordieux, j’ai le privilège, pour la vingtième année consécutive, de présenter mes vœux à la presse.

Je me réjouis de constater que cette tradition soit aujourd’hui adoptée par tous et à tous les niveaux.

Il s’y ajoute qu’aujourd’hui, l’espace médiatique ne se limite plus aux seuls organes écrits et stations audiovisuelles. La presse en ligne, les activistes sur les réseaux sociaux y ont pris toute leur place. J’ai tenu à les associer à cette cérémonie.

Certains parmi ceux qui étaient en première ligne en 1999 jouissent maintenant d’une paisible retraite. J’ai aussi tenu à les inviter.

A vous toutes et à vous tous, qui vous battez quotidiennement pour conserver et consolider la liberté de la presse, dénominateur commun des autres libertés j’ai l’honneur et le plaisir de présenter mes vœux de très bonne et heureuse année.

Que l’année nouvelle soit pour vous et les vôtres, une année de bonheur, de santé et d’espérance afin que le combat que vous menez soit pour le peuple malien la voie qui mène à sa renaissance, à son bonheur et à sa grandeur sur tous les plans.

Ces vœux s’adressent également à la presse régionale et locale qui, comme vous ici à Bamako, joue de plus en plus un rôle de premier plan dans la sensibilisation contre le terrorisme, la préservation de nos valeurs socio-culturelles, la transparence dans la gestion de la Cité et la consolidation des bases économiques et sociales de notre pays.

Vous accepterez, Mesdames et Messieurs que je vous vous invite à consacrer une pensée pieuse à celles et ceux de votre vaillante corporation, morts bravement sur le champ de l’honneur, violemment arrachés à l’affection des leurs pour leur quête insatiable de la lumière et de la vérité.

Cette cérémonie de présentation de vœux à la presse, Mesdames et messieurs est aussi pour nous un moment privilégié de communion et de partage avec les hommes et les femmes de media et de réseaux, qui sont des leaders d’opinion et des témoins vivants de l’actualité.

Soyez donc remerciés, Mesdames et messieurs d’être venus aussi nombreux répondre à notre invitation

Au-delà de la tradition, nous voyons en cette rencontre un moment privilégié d’échanges sur tous les problèmes que rencontre notre pays dans sa quête de liberté et de mieux être individuel et collectif.

Mesdames et messieurs,

De façon générale, il ne serait point exagéré de dire de l’année 2018 « annus horribilis », une année particulièrement difficile pour le Mali.

D’abord pour la presse, ainsi que le témoignent les intimidations, interpellations, disparitions, procès et autres descentes extrajudiciaires dans des studios ou salles de rédaction voire disparition comme ce fut le cas de Birama Touré depuis déjà trois années et Issiaka Tamboura depuis quelques semaines.

Tous ces faits ont encore contribué à maintenir notre pays dans les profondeurs du classement annuel (115è sur 180) de Reporters Sans Frontières (RSF). Le même rapport ne manque pas de souligner la fragilité de la liberté de la presse au Mali et de constater que les médias maliens sont soumis à des pressions officielles sur certaines questions.

Nul ne peut dire que notre presse est exemplaire en tout. Mais alors même qu’existent le jugement des pairs qui est le pire des opprobres, les missions des organes de régulation de la presse, la Haute Autorité de la Communication (HAC) avec ses importantes prérogatives et les sanctions pécuniaires prévues par le Code pénal, il n’est pas absolument pas utile d’envoyer un journaliste en prison.

Dans certains cas de faute avérée, il serait même contreproductif de le faire car outre le buzz crée autour d’une banale affaire probablement méconnue de tous, un plumitif peut se voir transformer en héros.

Il faut donc aller vers la dépénalisation des délits de presse que j’ai réclamée ici à maintes reprises et depuis de nombreuses années, qui n’est toujours pas une réalité dans notre pays, alors que nous avons bouclé un projet de loi sur la question avant de quitter le Gouvernement en 2017.

Mais soyons clair : la dépénalisation ne saurait être en aucun cas l’impunité ou l’irresponsabilité.

Pour l’honneur du Mali, les cas Birama Touré et Issiaka Tamboura doivent être élucidés. En plus des deux journalistes de RFI, Ghislaine DUPONT et Claude VERLON enlevés et assassinés à Kidal le 02 novembre 2013.

Au-delà de la nécessaire protection des journalistes qui ont à travers le monde connu une année 2018 difficile (80 morts sans armes autres que la plume ou la caméra), et de leurs sources, les journalistes maliens ont besoin de mesures d’accompagnement pour rendre leurs entreprises économiquement viables, de traitement égal entre médias privés et publics et entre médias étrangers et nationaux, d’une revalorisation de l’aide publique à la presse et de programmes solides de formation continue que pourrait procurer la nouvelle Ecole Supérieure de Journalisme et des Sciences de la Communication.

Enfin je souhaite, pour une presse de qualité, que les règles déontologiques soient mieux observées par chaque journaliste et que la sanction des pairs en cas de manquement ne soit pure fiction.

Mesdames et Messieurs,

« Annus horribilis », 2018 à été celle celles des défis non ou mal relevés, des crises à répétition et quelque fois des confrontations.

A titre des défis figurent en première place les élections avec des communales (environ 50 circonscriptions) renvoyées sine die, le report des locales et régionales dans l’attente de la fin du processus de réorganisation administrative et enfin le report des législatives avec son cortège d’avis contradictoires de la Cour constitutionnelle et de violation de la Constitution. Notamment en raison de la voie choisie pour la prorogation du mandat des députés.

Sur cette question, le revirement de jurisprudence de la Cour constitutionnelle en quelques semaines et sans élément nouveau a fini de saper la crédibilité de cette institution dans sa composition actuelle.

Dans tous les cas, la prorogation du mandat des députés, inconstitutionnelle, pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

En toute hypothèse, il n’est pas possible d’épuiser tous les débats et reformes préalables à la tenue de bonnes élections prévues dans moins de six (6) mois.

Le CNID-FYT, pour sa part, ne voit pas comment engager un nouveau cycle électoral après les élections présidentielles contestées sans au préalable régler la question du système électoral lui-même dont l’élection présidentielle contestée a montré toutes les failles et limites.

A l’exception notable de 1997, jamais une élection n’a été aussi contestée au Mali et toutes les craintes formulées sur l’impossibilité d’organiser de bonnes élections à bonne date ont été matérialisées.

Les élections présidentielles ont été très fortement altérées par la corruption électorale, l’achat des votes et les tripatouillages en tous genres dénoncés par une majorité de candidats et reconnus par tous y compris les observateurs neutres et indépendants.

Nous avions demandé, dans un souci de transparence électorale, la publication des résultats bureau de vote par bureau de vote. Par malice, cette publication n’est intervenue qu’après la proclamation des résultats par la Cour constitutionnelle rendant du coup impossible toute contestation fondée sur les éléments utilisés par l’administration électorale.

Or, nous avons décelé dans les résultats mis en ligne de très graves anomalies qui corrompent tout le processus électoral et lui ôtent toute signification. Par exemple, pour Faladié, lieu de ma résidence, les fiches de dépouillement et les résultats publiés par la MATCL sont consultables sur ma page FACEBOOK. La comparaison des deux fait apparaitre de scandaleuses différences.

Aussi, au regard de tout notre combat pour l’instauration et la consolidation de la démocratie au Mali et de notre souci de renforcer la République, avons-nous refusé d’être complice de faits et de pratiques aussi gravement attentatoires à la démocratie et nous avons alors décidé de nous retirer purement et simplement du reste du processus de l’élection du président de la République.

Malgré ces graves errements, il nous faut sortir de la crise post-électorale car nul ne peut aimer le Mali et le laisser dans l’état dans lequel il se trouve et qui, au demeurant se détériore de jour en jour.

Mesdames et Messieurs,

L’année 2018 a été caractérisée aussi par des atteintes graves et inadmissibles aux libertés politiques.

Des responsables politiques ont été enlevés par le Pouvoir. Or un Etat de droit respecte les règles en matière d’arrestation ou entame des investigations en cas d’enlèvement.

Des rassemblements pacifiques ont été violemment réprimés. L’on se souvient encore du rassemblement pacifique organisé par le Front de sauvegarde de la démocratie (FSD) et la Coalition des forces patriotiques (CoFoP), le vendredi 16 novembre 2018, lors duquel les forces de sécurité ont délibérément jeté des grenades lacrymogènes sur les dirigeants de l’opposition à peine arrivés sur l’Esplanade de la Bourse du Travail et copieusement bastonné un député qui arborait son macaron. Des marches pacifiques ont été également interdites et aussi les rassemblements pacifiques en de nombreux lieux à Bamako.

Il convient alors de rappeler que si la démocratie incarne un ensemble de principes qui doivent fonder la gouvernance, seul l’Etat de droit, c’est-à-dire l’application effective des lois et des normes administratives, permet d’en apprécier la réalité et l’effectivité.

Nous continuerons alors à nous battre pour que puisse triompher la démocratie au sens réel du terme avec tous ses déterminants.

Mesdames et Messieurs,

La régionalisation et la décentralisation sont certes des nécessités.
Mais débuter le débat sur le découpage territorial par le niveau régional, c’est vouloir édifier un bâtiment de plusieurs étages en commençant par le sommet sans soubassement ni rez-de-chaussée. Fragile l’ouvrage s’écroulera nécessairement.

Et pour tout compliquer des délais extrêmement courts ne permettant ni organisation rationnelle ni débats de fond ont été imposés.

C’est pourquoi nous avons dénoncé l’insuffisante préparation en amont des concertations ; l’insuffisante prise en compte des facteurs démographiques, sociologiques, géographiques, historiques, linguistiques et ethniques ; le caractère non équitable du projet entre les communautés et entre les territoires, et l’absence de dialogue politique inclusif.

Mesdames et Messieurs,

Dans le cadre de la révision constitutionnelle, un Comité d’expert a été créé et ses membres ont été nommés le 14 janvier dernier.

Après avoir constaté des risques d’atteinte à la cohésion nationale, nous avions prôné l’approfondissement du dialogue politique et social autour du projet de révision constitutionnelle.

Aujourd’hui, encore, tout en reconnaissant le caractère impérieux et incontournable et parfois urgent des réformes constitutionnelles, institutionnelles, politiques et administratives envisagées, nous estimons que le dialogue politique inclusif est le préalable sans lequel le consensus indispensable à leur adoption et à leur mise en œuvre ne saurait être atteint.

Mesdames et Messieurs,

Nous avons tous observé une grave détérioration du front social avec un niveau de préavis et de grèves effectives jamais atteint dans notre pays.

Aucun secteur n’est épargné. Il est inquiétant à cet égard de constater que le dénominateur commun de ces conflits sociaux soit le non-respect d’engagements préalablement souscrits par l’Etat.

La Conférence sociale, annoncée comme une panacée n’a pu encore se tenir et le climat social reste particulièrement lourd sur fond, quelque fois de tentatives maladroites de créer des divisions syndicales qui provoquent toujours de violents retours de manivelle.

Mesdames et Messieurs,

C’est dans ce contexte, qu’il y a quelques semaines, le Programme d’Education Sexuelle Complète et ses suites ont défrayé la chronique dans notre Pays.

Nous estimons que le vrai problème ne se limite pas à la suspension ou à l’abandon d’un projet éducatif caché mais finalement éventé et porté sur la place publique mais sur la problématique même de l’homosexualité au Mali.

A cet égard, nous réitérons notre invitation au Pouvoir à faire une déclaration solennelle, claire et nette sur sa position de principe non pas sur le Projet d’Education Sexuelle Complète mais sur les incitations et pressions subies pour la légalisation de l’homosexualité au Mali.

Mesdames et Messieurs,

Au début de l’année dernière, lors de ma présentation de vœux, je déclarais que le Mali, notre pays, se trouvait dans une situation critique et inquiétante. Aujourd’hui, fort malheureusement, il se trouve dans une situation plus critique et plus inquiétante ainsi que le dénotent la laborieuse mise en œuvre de l’Accord de paix qui patauge, l’adoption d’un Pacte pour la paix peu soucieux de la souveraineté du Mali et l’aggravation de l’insécurité.

En effet, déjà déstabilisé par les attaques djihadistes, le Centre et le Nord du Mali sont, en outre, le théâtre de violences intercommunautaires que notre Mali ne connaissait pas. Celles-ci ont fait l’année dernière des centaines de morts parmi les civils et des milliers de déplacés. L’année nouvelle a commencé sous de très mauvais auspices comme l’attestent les massacres voire génocides perpétrés à Aguelhok, Ansongo, Douentza, Koro, Koulongo, Menaka, Tominian, Saye…

Les enquêtes annoncées n’ont jamais abouti, les crimes sont restés impunis, les populations ne sont point sécurisées et les criminels, dont certains sont connus semblent bénéficier de protection.

Nous condamnons fermement ces faits qualifiés indistinctement de massacres, extermination, hécatombe, voire génocide. Nous nous inclinons pieusement devant la mémoire des disparus et souhaitons prompt rétablissement aux blessés.

La situation actuelle interdit tout silence qui, en raison de la gravité et de la récurrence des faits, serait au minimum une complicité, voire une abdication de responsabilité.

C’est pourquoi, nous saluons l’appel lancé avec insistance par la société civile malienne au Gouvernement afin qu’il agisse immédiatement et avec fermeté pour mettre fin à ce cycle de violence.

C’est pour cette raison que nous avons participé au meeting organisé par TABITAL PULAAKU pour dénoncer et condamner la carence fautive de l’Etat face aux massacres perpétrés toujours suivant les mêmes scénarii.

La situation actuelle ne peut perdurer car aucun pays ne peut s’accommoder durablement de conflits régionaux, religieux ou ethnique.

Le Pouvoir, dans cette optique, doit se convaincre que la sécurité des citoyens et la défense du territoire national seront mieux assurées dans un contexte politique apaisé et consensuel dont l’initiative et la mise en œuvre lui incombent.

Les récents assassinats de l’Imam YATTABARY , d’un opérateur économique au quartier ZERNI ,de 10 soldats tchadiens de la MINUSMA, les crimes de Koulongo et ailleurs au centre du Mali ont dramatiquement remis sur la place publique la question de l’insécurité.

C’est le lieu d’avoir une pensée pour tous nos compatriotes déplacés dans leur propre pays et pour ceux qui se sont réfugiés dans d’autres pays.

C’est aussi le lieu de remercier tous les amis du Mali qui nous accompagnent dans notre lutte contre la terreur et l’insécurité (CEDEAO, Union Africaine, MINUSMA, BARKHANE et G5 SAHEL) , de nous incliner sur la mémoire de tous ceux qui ont consenti le sacrifice ultime et de souhaiter prompt rétablissement aux blessés.

Mesdames et Messieurs,

Nous subissons tous ces drames dans un contexte économique très difficiles pour les ménages et les entreprises.

C’est ainsi que nonobstant un taux de croissance annuel de 5%, le FMI, dans un récent rapport (Rapport du FMI No. 18/ 360, décembre 2018) estime que la pauvreté et les inégalités sont demeurées élevées. Et que les conditions de sécurité, les fluctuations des prix des produits de base et les conditions climatiques présentent des risques considérables à court et moyen termes. Selon la BAD, les perspectives économiques pourraient être compromises par plusieurs facteurs, spécialement les conditions de sécurité (Source: BAD, Perspectives économiques en Afrique (PEA) 2019).

Au-delà de ces avis d’experts, la ménagère, qui voit son panier désespérément vide sait de quoi il s’agit. Et vous tous ici.

Mesdames et Messieurs,

Nul ne peut aimer son pays et le laisser dans cet état dans lequel se trouve le Mali aujourd’hui ai-je déjà dit.

C’est donc une responsabilité partagée de toutes les Maliennes et de tous les Maliens, chacun à la place qui est la sienne, de donner un coup d’arrêt au naufrage collectif qui se dessine inexorablement.

Que Dieu sauve la Mali.

Je vous remercie de votre aimable attention.

Bamako le 30 janvier 2019

Maître Mountaga TALL

Président du CNID – FYT

Source: Le 22 Septembre

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