Le 13 janvier, la France a organisé un moment fort en faveur de l’action de la communauté internationale au Sahel. Réunis à Pau à l’initiative du Président français, ses homologues du Tchad, du Niger, du Burkina Faso, du Mali et de la Mauritanie, membres du G5 Sahel depuis 2014, ont réaffirmé leur unité et leur combativité dans la lutte contre les groupes terroristes au Sahel. Aux côtés des dirigeants des Nations unies, de l’Union africaine et de l’Union européenne, ils ont rappelé la nécessité d’une mobilisation accrue de la communauté internationale au Sahel et ont annoncé la création d’une “coalition pour le Sahel”.   

             

Unité et remobilisation en faveur du Sahel

Face aux critiques et aux remises en cause, le sommet a fait la démonstration de l’unité et de la solidarité des pays du G5 Sahel et de la communauté internationale dans leur volonté de mener ensemble la lutte contre le terrorisme au Sahel. Dans un geste fort et symbolique, les 6 chefs d’Etat ont ainsi chacun déposé, dans un même mouvement, une gerbe de fleurs en hommage aux soldats du cinquième régiment d’hélicoptère de combat de Pau, dont 7 membres font partie des 13 soldats tués le 25 novembre dans une opération antiterroriste dans la région du Liptako au Mali.

Alors que des voix dissonantes s’étaient faites entendre quant au bien-fondé de la poursuite de l’opération Barkhane et quant aux attentes des pays du Sahel à l’égard de la France, les chefs d’Etat du G5 Sahel, dans une déclaration commune, ont “exprimé le souhait de la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel et ont plaidé pour un renforcement de la présence internationale à leurs côtés.” Cela a permis une clarification qui était plus que nécessaire au moment où le président français avait mis toutes les options sur la table, y compris un retrait des troupes françaises. Les chefs d’Etat du G5 Sahel ont rappelé que l’intervention militaire dans la zone sahélienne “vise à protéger les populations civiles, à défendre la souveraineté des Etats du G5 Sahel (conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité des Nations unies et aux accords bilatéraux en vigueur), à prévenir une extension de la menace terroriste dans les pays frontaliers et à ramener la stabilité, condition indispensable du développement.” Cette clarification a conduit à réaffirmer des objectifs communs en termes opérationnels.

Le sommet a également permis une remobilisation de la communauté internationale en faveur du Sahel. Les chefs d’Etat appellent en particulier dans l’immédiat à une grande mobilisation pour résoudre la crise libyenne. Au-delà de la France, c’est toute la communauté internationale qui est appelée à s’impliquer sous la forme d’une “coalition pour le Sahel”. Ce dispositif international multidimensionnel permettra d’impliquer de façon coordonnée et plus efficace les diverses actions menées par la communauté internationale. Il rassemblera les pays du G5 Sahel, ainsi que la France et les pays déjà engagés à leurs côtés, et sera ouvert à tous les partenaires, y compris américains et russes, s’ils s’engagent à se rencontrer sur une base régulière pour coordonner les actions au Sahel. Un prochain sommet associant les Etats du G5 Sahel et la France se tiendra en juin 2020 à Nouakchott dans le cadre de la présidence mauritanienne du G5 Sahel.

Création d’une “Coalition pour le Sahel”

La principale annonce du sommet de Pau est la création d’une “coalition pour le Sahel”, nouveau dispositif qui rassemblera les différentes composantes de l’engagement international au Sahel. Cette coalition apportera une structure et une meilleure visibilité aux différents aspects de l’aide internationale apportée au Sahel. Elle reposera sur 4 piliers : la lutte contre le terrorisme, le renforcement de l’appareil militaire, l’appui au retour de l’Etat régalien et le développement. Chaque pilier fonctionnera de manière autonome et reposera sur une gouvernance propre, qui sera assurée par une ou plusieurs nations ou organisations internationales.

Le contenu de ces quatre piliers a été présenté de façon très concrète. Les deux premiers portent sur le volet militaire de l’action de la coalition au Sahel. Le premier pilier, centré sur la lutte contre le terrorisme, sera animé par la France et s’appuiera sur l’organisation actuelle de l’opération Barkhane. Il coordonnera l’ensemble des efforts internationaux en matière de lutte contre les groupes armés terroristes et intégrera d’éventuels soutiens additionnels. Dans l’immédiat, les efforts militaires porteront sur la zone des trois frontières sous le commandement conjoint de la Force Barkhane et de la Force conjointe du G5 Sahel. Les chefs d’Etat ont également annoncé que “le commandement conjoint de cette coalition accueillera(it) progressivement l’ensemble des pays volontaires et partenaires”. Le deuxième pilier portera sur le renforcement de l’appareil militaire et coordonnera les offres de formation et d’équipement pour les forces armées nationales et la force conjointe du G5 Sahel. Cela s’inscrit dans le cadre du Partenariat pour la Sécurité et la Stabilité au Sahel (P3S), annoncé à Biarritz, et permettra de poursuivre les efforts entrepris par les Nations Unies et l’Union européenne (par exemple, l’EUTM Mali). Un accompagnement au déploiement des armées des pays du G5 Sahel sera envisagé avec le soutien de l’Union Africaine et de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Les deux piliers suivants montrent que les efforts de la coalition iront bien au-delà de l’aspect militaire et viseront le renforcement de la stabilité et du développement de la région. Le troisième pilier sera ainsi consacré au renforcement des services régaliens. Cette action prendra la suite des missions EUCAP Sahel Mali et EUCAP Niger de l’Union européenne. Il s’agira de renforcer la formation et le déploiement des personnels de police, gendarmerie et douane et de renforcer la chaîne pénale des pays du G5. Enfin, le quatrième pilier portera sur le développement. Il s’appuiera sur l’Alliance Sahel, lancée par l’Allemagne et la France en 2017, et sur des contributions bilatérales. Sur ce point, les Chefs d’Etats du G5 Sahel ont demandé à leurs partenaires “d’accroître leur assistance et leur soutien afin de permettre de faire face aux nouveaux défis humanitaires que sont les déplacés internes, les réfugiés, la fermeture des écoles et des centres de santé.”La présidence de l’Alliance Sahel, dont les chefs d’Etat ont salué les premiers résultats, sera d’abord assurée par la France. On cherchera ensuite à mettre en place une présidence tournante afin que d’autres pays européens s’impliquent dans l’Alliance Sahel.

Mouss Traoré – politologue

SourceMalijet

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