Sans beaucoup de surprise, à l’issue de sa réunion du 14 janvier 2022 sur la situation au Mali, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) déclare avoir pris acte des sanctions économiques et financières supplémentaires à l’encontre du Mali, adoptées par le Sommet de la CEDEAO, tenu le 9 janvier 2022, à Accra (Ghana). Le CPS exprime, en outre, « son soutien total à tous les efforts visant à créer les conditions nécessaires pour favoriser le retour à l’ordre constitutionnel au Mali, y compris les efforts de la CEDEAO et de son médiateur, l’ancien Président nigérian Goodluck Johnathan », peut-on lire dans ledit communiqué qui a été rendu public le 21 janvier dernier. Il appelle également les autorités maliennes à une prolongation courte de seize mois maximum, endossant une proposition de sortie de crise à l’initiative de l’Algérie.

 

Le vendredi 21 janvier 2022, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a rendu publique les conclusions de sa réunion tenue le 14 janvier 2002.  Une réunion au cours de laquelle les débats ont été entièrement consacrés au Mali. Ainsi, le Conseil a endossé les positions de la CEDEAO. Idem pour la proposition algérienne d’une transition n’excédant pas 16 mois. L’Union africaine soutient donc les sanctions infligées à notre pays et appelle surtout les autorités maliennes à une prolongation courte de seize mois maximum.

Ainsi, le Mali, qui n’est plus en mesure de respecter le délai imparti pour la Transition dont l’échéance est fixée en fin février 2022, paie les frais de son coup d’État depuis le 9 janvier, à travers un embargo économique et financier imposé par la CEDEAO. Ses avoirs sont gelés, ses transactions financières sont suspendues. Les frontières entre le Mali et les autres États membres de l’organisation sont fermées, excepté la Guinée Conakry qui s’est désolidarisée de ces mesures.

Auparavant, des sanctions individuelles avaient été prises contre les autorités de la Transition et le Mali suspendu de toutes les instances de l’organisation.

L’incompréhension et la colère

Mais au Mali, tout comme dans la majorité des opinions africaines, cette position a du mal à passer au regard du comportement de l’organisation panafricaine face à d’autres crises similaires sur le continent. Il s’agit notamment des crises soudanaises et éthiopiennes, du coup de force au Tchad, entre autres, sans oublier le fait que l’organisation a toujours fermé les yeux face aux violations répétées des textes de la Constitution par les Chefs d’Etat en fonction sur le continent.

Aussi, son incapacité à intervenir efficacement dans les crises sécuritaires a-t-elle fini par faire croire aux peuples africains de l’UA, à l’image des organisations sous régionale existantes, que cette organisation n’est d’autre qu’un syndicat des chefs d’État africains qui fait bloc au détriment des populations civiles et du respect des droits de l’homme et de la démocratie en Afrique.

Sinon, c’est un secret de polichinelle : depuis quelques mois, l’Ethiopie saigne et, pendant ce temps, l’Union africaine hésite, tandis que les combats s’intensifient dans la région du Tigré.

L’Afrique du Sud, qui assume la présidence tournante de l’Union africaine, assure être en contact avec les deux parties pour éviter l’escalade, en cette année censée «faire taire les armes» en Afrique, selon le slogan de l’UA.

La stratégie toujours en cause

La stratégie de l’Union africaine n’est pas claire alors qu’Addis-Abeba abrite le siège de l’organisation continentale qui s’était pourtant imposée pour chapeauter les négociations sur le Grand barrage de la renaissance construit par l’Ethiopie. Il y a quelques jours, l’UA a même renvoyé son chef de la sécurité, l’Ethiopien, Gen Gebre-egziabher Mebratu MELESE, après que le gouvernement d’Addis Abeba lui a retiré sa confiance, le soupçonnant de liens avec le TPLF.

Chez le voisin soudanais, là aussi, la réaction de l’Union africaine se fait désirer face à la répression meurtrière des manifestations par le régime militaire.

Dans ce pays, l’Union africaine avait appelé à une «reprise immédiate» du dialogue entre civils et militaires après que les forces de sécurité aient arrêté plusieurs des dirigeants civils du gouvernement, dont le Premier ministre.

Si aujourd’hui, l’UA, qui n’avait rien fait face à l’avancée des Djihadiste, et qui n’avait rien fait non plus pour obliger le président défunt IBK à écouter son peuple quand le Peuple malien avait engagé le bars de fer et était en train de dénoncer l’insécurité, la mauvaise gouvernance en 2020 et la corruption, vient s’aligner sur la position de la France, de l’UE, de la CEDEAO contre le Mali, il y a lieu de s’interroger sur le sérieux de cette organisation.

Une similitude troublante

En tout cas, cette position de l’Union africaine présente une similitude troublante avec celle de l’Union européenne, des USA et de la France qui n’avaient pas mis du temps à se féliciter des sanctions prises par la CEDEAO contre notre pays.

Alors, on se demande si les dirigeants africains ont agi sous les injonctions des Européens qui assurent, jusque-là, l’essentiel des financements de l’organisation panafricaine.

Depuis 2004, l’Union européenne (UE) est un bailleur de fonds essentiel de l’Union africaine. Elle soutient les efforts de prévention des conflits à travers la facilité de soutien à la paix pour l’Afrique (APF, en anglais).

Entre 2004 et 2019, l’UE a fourni 2,7 milliards d’euros d’aide financière à l’UA et d’autres institutions africaines, en appui à leurs efforts de prévention des conflits. C’est ce qui permet à l’UE de continuer à jouer un rôle clé dans le soutien à la prévention des conflits en Afrique.

Les fonds destinés au soutien institutionnel couvrent, entre autres, la formation et les salaires du personnel de la Commission de l’UA, l’infrastructure de communication et informatique, et l’appui technique au Système continental d’alerte rapide de l’UA.

La trahison

Pour empêcher les violations des droits de l’homme, les spécialistes pensent que l’Union africaine doit mieux anticiper des situations de conflits. L’organisation devrait ensuite mettre en place une armée africaine dotée de moyens propres. Le problème, c’est que nos institutions manquent de pouvoirs et de ressources propres.

Avant les indépendances, les premiers dirigeants africains avaient mis en avant la lutte pour les droits des peuples. Sur ce plan, c’est un succès.

Le continent est aujourd’hui totalement décolonisé.

Mais lorsqu’il a fallu appliquer les libertés revendiquées contre les colonisateurs, certains ont affirmé que les droits étaient un luxe ou une notion importée.

Très souvent, face à l’échec de l’État dans ses missions régaliennes, à la corruption aggravée et au crime transfrontalier, le syndicat des chefs d’État africains a pris la fâcheuse habitude de faire bloc pour soutenir les régimes mis en cause au détriment des populations civiles qui en subissent les conséquences. Cela est choquant.

Pour sa crédibilité, l’UA doit soutenir les populations qui luttent pour leurs droits plutôt que de s’occuper des chefs d’État qui les répriment. Il faut pointer du doigt ces démocraties qui n’en ont que l’apparence. La bonne gouvernance et l’utilisation des fonds de l’État au service des populations sont également nécessaires.

Un remake de la colonisation

En faisant bloc dernière les sanctions de la CEDEAO au détriment des populations civiles, le comportement du syndicat des chefs d’État africains rappelle bien de mauvais souvenir sur le continent, notamment pendant la période coloniale où les Africains sont allés en rangs dispersé face aux colons blancs, en plus d’être des indicateurs et des supplétifs pour les armées coloniales.

D’ailleurs, il est à remarquer que la plupart des armées coloniales, qui ont fait chuter les grands empires sur le continent, était composées essentiellement de combattants noirs.

Alors que le Peuple meurtri du Mali attendait de la compréhension et l’accompagnement face au péril, l’histoire retiendra que les Chefs d’Etat des pays africains ont répondu par des sanctions.

Pourquoi cet acharnement contre le Mali et son peuple qui ne demandent qu’à être aidés ? Où étaient ces organisations qui veulent nous donner des leçons de démocraties quand nous, Maliens, subissions les massacres les plus cruels de l’humanité ?

Quelles sont les résolutions de l’UA sur les circonstances de l’assassinat sauvage de Sankara, Kadhafi et Idriss Deby ?

Où était l’Union africaine lorsque les chefs d’Etats changent les constitutions pour se maintenir au pouvoir en Guinée, en Côte d’Ivoire et ailleurs ?

Voilà autant de questions qui interpellent. Aussi, faut-il commencer à réfléchir sérieusement sur comment gérer l’Afrique avec les militaires au pouvoir, parce que ça risque de s’étendre et devenir la norme là où les politiciens ne respectent pas la constitution, le peuple, les lois, les règles. Et l’exemple du nouveau coup d’Etat au Burkina-Faso, le 24 janvier 2022, est une illustration parfaite de cette nouvelle donne.

Le rachat ?

Malgré le fait qu’elle a endossée les sanctions de la CEDEAO, l’Union africaine, de puis moments, semble être dans une logique de rachat avec le Peuple Malien en se transformant en médiateur dans la crise entre le Mali et ses voisins.

C’est ainsi qu’elle a dépêchée ce mardi 25 janvier 2002, une mission de bons offices à Bamako. La délégation continentale, conduite par le président de la Commission de l’Union Africaine, conduite par son président, Moussa Faki MAHAMAT, avait pour mandat de relancer les discussions sur la prolongation de la transition malienne et sur la définition d’un chronogramme pour le retour à l’ordre constitutionnel qui serait jugé « acceptable. »  Sur place, elle a rencontré les autorités de la transition.

A Bamako, Moussa Faki MAHAMAT a confié être « en mission au Mali pour écouter, pour s’informer et pour échanger avec les autorités de la transition sur le processus de Transition dans ce pays africain ».

Par Abdoulaye OUATTARA 

Source : Info-Matin

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