Comparaison n’est pas raison, a-t-on coutume de dire. Mais l’événement, en d’autres circonstances, aurait suscité une effervescence remarquable au sein de toute la population. Une animation certaine aurait gagné toutes les couches de la société, et bien des jours avant, les activités se seraient modulées en fonction de son imminence. C’est que le passage d’une année à l’autre selon le calendrier bâti sur le cycle solaire ne passe jamais inaperçu dans nos sociétés ayant adopté ce système de découpage du temps pour régir ses mouvements. Mais il en va tout autrement du Nouvel An musulman établi suivant le calendrier «hégirien» fondé lui sur le cycle lunaire.

C’est essentiellement grâce aux évocations de certains oulémas dans leurs prêches à l’approche de cette date que l’ensemble de la communauté en vient à se remémorer cet événement significatif dans la consolidation de la religion musulmane. L’Hégire ou l’émigration du Prophète (PSL) de La Mecque à Médine est advenu en l’an 622. Mais c’est seulement en 637 que le deuxième Calife, Oumar ibn Khatab institua l’année de l’Hégire comme première année de l’ère islamique, car la pratique s’était déjà instaurée au sein des populations de se référer à cette date comme repère dans le temps.
Considéré par les docteurs de la foi comme un mois sacré suivant son appellation originelle, ce premier mois de l’année islamique intervenant après le mois du pèlerinage, offre l’occasion de nombreux actes de foi. Se déroulant sans cérémonial particulier, l’avènement du nouvel an se commémore par le fidèle dans le recueillement et les invocations que les oulémas se font un devoir de rappeler avec constance. Pour certaines écoles de pensée, toute la première décade du mois est consacrée à ces dévotions bénéfiques qui trouvent leur couronnement au dixième jour par la célébration de l’Ashura.
Toutes les congrégations s’accordent cependant pour souligner l’importance de cette date, dont elles recommandent de relever la symbolique. Le Prophète (PSL) avait fait de l’Ashura un jour de jeûne facultatif. Pour les shiites, l’Ashura marque un anniversaire funeste, celui du meurtre de Hussayn, l’un des fils du dernier des Califes biens guidés, Ali et petit-fils du Prophète, par les soldats d’une tribu rivale. Sa commémoration offrait l’occasion à certains groupuscules de parcourir les rues de leurs villes en s’infligeant publiquement de sévères mortifications. Ces pratiques réprouvées par les oulémas ont de plus en plus tendance à céder le pas au recueillement. Un théologien évoquera à cet effet les principes de justice et de dignité humaine entre autres qualités attachées à la figure de l’Imam Hussayn, et son combat pour l’égalité de tous devant la loi divine. Selon lui, la remémoration de son sacrifice suprême à l’occasion de l’Ashura doit être inscrite dans l’effort continu de la lutte pour la liberté de l’humanité contre l’oppression, et non vécue comme un événement visant à dresser des murs entre diverses congrégations musulmanes.
Malgré les différences de perception et d’interprétations pouvant exister entre les congrégations sur un aspect particulier de la foi, la communauté musulmane dans son ensemble obéît dans la pratique, aux mêmes prescriptions essentielles contenues dans le Saint Coran. Il en est de celle énoncée ainsi : «Et rappelle, car le rappel profite aux croyants. Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils m’adorent». (51:55).

A. K. Cissé

L’Essor

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Comparaison n’est pas raison, a-t-on coutume de dire. Mais l’événement, en d’autres circonstances, aurait suscité une effervescence remarquable au sein de toute la population. Une animation certaine aurait gagné toutes les couches de la société, et bien des jours avant, les activités se seraient modulées en fonction de son...