Dans le cadre des activités de la nouvelle version du Festival sur le Niger, les initiateurs ont organisé, samedi dernier au centre Korê de Ségou, une conférence-débat sur la promotion et les perspectives de l’art contemporain africain.

La conférence était animée par des sommités de l’art africain, notamment le Camerounais Simon N’Djami, commissaire critique d’art, la Tunisienne, Rachida Triki, critique d’art aussi et écrivaine et le Sud-africain Joseph Guillard, écrivain et chercheur.
C’était l’un des temps forts de ce rendez-vous culturel qui a permis aux artistes, chercheurs, experts culturels et étudiants de se prononcer sur l’avenir de l’art contemporain dans notre continent. Il s’agissait d’un espace d’échanges sur les problèmes réels qui entravent le développement de l’art africain dans un contexte global.
Les panélistes ont fait le check-up des insuffisances du continent africain, notamment dans le domaine du développement de l’art contemporain. Chaque intervenant a fait une présentation de 15 minutés. Joseph Guillard a développé les questions liées à l’organisation des structures et la problématique du financement de l’art contemporain.
La Tunisienne, Rachida Triki s’est appesantie sur la place de l’image dans l’histoire de notre continent. Quant au Camerounais, il est revenu sur le retour des biens culturel et la garde de ces œuvres culturelles, notamment les questions liées aux musées appropriés.
Après les différentes présentations, les conférenciers ont échangé avec les participants sur les préoccupations essentielles relatives au développement de l’art africain. Il ressort des interventions que l’insuffisance de financement de l’art reste un vrai casse-tête pour le continent africain mais surtout pour l’épanouissement de l’art dans cette partie du monde.
«L’art peut bien réussir là, où la politique a échoué», a souligné Simon N’djami. Il a également évoqué le concept de la contemporanéité qui consiste selon lui, à faire un travail sur les ruines. Pour l’ancien commissaire des rencontres de Bamako, les Africains doivent transformer le rêve en réalité.
Par ailleurs, il a rappelé que tous les vieux ne sont pas des sages, contrairement à la cosmogonie bambara. Il entend ainsi attirer l’attention des Africains sur la possibilité de tomber aussi sur des mauvaises ruines avant d’expliquer que la mémoire de notre continent est partie depuis et son retour doit être bien préparé.
Quand on parle de la mémoire, il faut analyser toutes les chaines du parcours des ruines vers les musées occidentaux. Il est temps que l’Afrique créé ses propres mécanismes de diffusion, de conservation et de promotion de ses œuvres artistiques et culturelles.
Pour ce grand spécialiste de l’art contemporain, les objets n’ont plus la même valeur après autant d’années passées dans les musées européens. Les Africains doivent préparer l’arrivée de ses objets pas dans les musées conventionnels et qui cadrent bien avec les réalités de nos pays. « Ces objets ont bien existé avant la déportation dans les musées classiques. Pourquoi préparer un musée pour les accueillir au retour alors qu’ils avaient leur place au sein de la société avant ? Et la question qui brûle toutes les lèvres reste de savoir : après le départ de sa mémoire, l’Afrique a survécu comment sans ses souvenirs et quel avenir pour l’art contemporain africain ?
La Tunisienne a développé la relation entre l’histoire, l’image et le problème de formation des critiques d’art. «L’image n’est forcément pas un handicap pour les perspectives car les représentations sont toujours présentes en Afrique», explique l’écrivaine. Pour elle, il ne faut pas pointer du doigt la seule Europe pour la falsification de l’histoire africaine. Certains pays aussi ont tenté de falsifier leur histoire. Elle cite en exemple le cas de la Tunisie et de l’Italie.
L’écriture de l’histoire par les universitaires et l’histoire des musées a été un élément important dans la falsification de l’histoire réelle de l’Afrique. Il y a eu des échanges intéressants sur ces communications et des questionnements légitimes sur les perspectives de développement du continent.
A travers la thématique : « Ségou lumière », les intellectuels africains vont désormais commencer à répondre à l’Occident comme ce fut le cas lorsqu’un ancien président de la République française avait dénié à l’Afrique son histoire. Après des débats autour de la mémoire de l’Afrique et les mécanismes de financement de l’art, les panélistes ont apporté des éléments de réponse satisfaisants et invité les peuples à s’inspirer des exemples plus parlants, notamment le cas du Rwanda et du Nigeria, en matière de mécanismes de financement de l’art. Enfin, les spécialistes s’accordent sur la nécessité et l’urgence de stimuler la formation des critiques d’art pour conquérir le marché de l’art contemporain africain.
Il faut aussi rappeler que la conférence a enregistré la présence de plusieurs personnalités de l’art africain, notamment Abdoulaye Konaté, parrain de l’événement et artiste peintre, Yacouba Konaté, directeur de Massa, Cheick Tidiane Seck, artiste chanteur, compositeur mais aussi de collectionneurs et galéristes.
Envoyé spécial
Amadou SOW

 

Source: Essor

MaliwebCulture
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