«Si vous connaissez toutes les langues du monde et que vous ne connaissez pas votre langue maternelle ou la langue de votre culture, c’est de l’asservissement. Mais, si vous connaissez votre langue maternelle ou la langue de votre culture et que vous y ajoutez toutes les autres langues du monde, c’est de l’autonomisation» ! Telle est la conviction assénée aux participants d’un colloque international par Pr. Ngugi Wa Thiong’o, écrivain kényan de langue kikuyu et anglaise.

 

Selon de nombreux experts, l’enseignement dans la langue maternelle est bénéfique pour le bien-être général de l’élève. Les élèves aiment l’école, sont plus heureux et réussissent mieux lorsqu’on leur enseigne dans leur propre langue. Surtout que toutes les connaissances et les compétences sont totalement transférables d’une langue à l’autre.

La langue joue ainsi un rôle essentiel dans le processus éducatif. Elle constitue l’une des bases de la construction des identités individuelles. «Un système éducatif qui ne prend pas en compte les éléments comme les langues nationales ne fait que pénaliser le développement du pays», assure un pédagogue.

Depuis des décennies, suite au rapport de l’UNESCO de 1953 sur l’utilisation des langues vernaculaires dans l’éducation, les pays africains peinent à trouver une stratégie efficace pouvant leur permettre de passer d’un système éducatif hérité de la période coloniale à un système davantage transformateur et à une éducation culturellement pertinente qui tienne compte des cultures et des langues africaines.

Heureusement que certains pays, comme le Kenya, l’ont rapidement compris et font des efforts louables pour rectifier le tir. Ainsi, en 2018, l’Institut kenyan pour le développement des programmes scolaires (Kenya Institute of Curriculum Development/KICD) a approuvé le développement de matériels pédagogiques en langue maternelle pour quatre communautés, notamment les communautés Gikuyu, Kikamba, Dholuo et Ekegusii. Une initiative qui favorisé le développement d’activités linguistiques dans ces régions.

Le nouveau cadre du programme scolaire reconnaît le Kenya comme une communauté multiethnique. Il affirme en outre que, apprendre dans une langue connue des apprenants, leur permet de construire plus facilement leur propre compréhension et de chercher un sens à leurs expériences quotidiennes, consolidant ainsi leurs propres forces.

Dans le cadre du nouveau programme, la langue maternelle sera enseignée au niveau du pré-primaire, c’est-à-dire de la maternelle à la 3e année de scolarisation des enfants. A cette fin, le KICD a organisé des ateliers en novembre 2019 réunissant des experts des langues autochtones. De nos jours et pour la première fois dans l’histoire du programme, plus de 18 langues locales sont développées de manière à permettre aux apprenants de choisir d’étudier leur dialecte jusqu’au niveau universitaire. Les 18 langues incluent l’abasuba, le turkana, le somali, le pokomo, le maragoli, le kitubheta, le kidigo, le kiitharaka, le giriama, le bukusu, le borana, le kamba, le dholuo, le gikuyu, le kalenjin, l’ekegusi, le chiduruma et le maa.

Des textes doivent être élaborés dans ces langues pour être utilisés dans les salles de classe, financés par le gouvernement à travers des achats auprès d’éditeurs locaux. Une bonne référence pour les autres pays africains comme le nôtre en quête de promotion de la diversité culturelle et linguistique comme atout de développement durable !

Moussa Bolly

Source : LE MATIN