Si la diversité des langues nationales est considérée comme une richesse du Mali, il est regrettable que le pays a toujours du mal à promouvoir l’enseignement dans celles-ci. Et du coup, il prive les enfants d’atouts indéniables pour leur éducation, leur formation et leur éveil citoyen. Heureusement que, pendant les six dernières années, l’USAID Mali semble avoir balisé la voie à suivre en la matière grâce au projet SIRA.

 

Apprendre à lire et à écrire dans une langue maternelle améliore les résultats scolaires et cela tout au long de l’enseignement supérieur ! C’est fort de ce constat que, au cours des six dernières années, l’USAID (US Agency for international development) a travaillé aux côtés du ministère de l’Education nationale dans le cadre du projet intitulé «USAID Mali Sira».

L’objectif recherché étant de relancer les efforts du pays dans l’enseignement de la lecture et de l’écriture dans les langues locales. Ils sont ainsi 789 001 élèves du primaire à avoir bénéficier du projet SIRA. En outre, le projet a formé 7 970 enseignants et 4 204 directeurs d’école tout en fournissant du matériel d’enseignement et de lecture à 18 500 classes dans les écoles primaires.

«Au vu du succès de SIRA, nous espérons voir le ministère de l’Éducation nationale et les autorités locales tirer pleinement profit du travail réalisé. Nous espérons que davantage d’écoles adoptent le programme de Bamanankan et que cette approche qui a déjà fait ses preuves soit étendue à d’autres langues du Mali», a souligné Mme Miriam Lutz, Directrice de l’USAID Mali, lors de la cérémonie de clôture dudit projet le 27 septembre 2022.

Les campagnes de sensibilisation soutenues par l’organisme américain  d’aide ont suscité un vif intérêt et de l’engagement dans de nombreuses communautés, notamment dans celle de Mamouroubougou (Kolokani/Koulikoro), en faveur de l’éducation. En effet, grâce aux séances d’échanges entre les parents et les enseignants, les habitants du village sont désormais plus attentifs aux difficultés de l’école et à la vie scolaire de leurs enfants. En début juin, une forte pluie, accompagnée de vent, s’est abattue sur le village et a emporté la toiture des classes.

Voyant que le problème s’imposait comme une urgence, la communauté avec l’implication du comité de gestion scolaire s’est mobilisée pour réhabiliter l’école. «J’ai reporté mes travaux champêtres pour aider les jeunes à reconstruire l’école du village», explique Tiessama Sissoko, un parent d’élève. «Aujourd’hui, c’est avec impatience que les élèves de ce village attendent la prochaine rentrée scolaire», indique la coordination du projet.

En 2017, SIRA est également intervenu dans le village de N’Tarla (station météorologique) situé dans la commune de M’Pessoba (Koutiala). Selon la coordination, les parents d’élèves de cette communauté ne connaissaient pas le rôle qu’ils avaient à jouer dans l’éducation de leurs enfants et ils avaient «une mauvaise perception du bilinguisme».

Grâce à la formation des parents sur le suivi-appui avec le «mansacɛsirijala», un livret conçu pour aider un enfant à lire et à écrire à la maison, des parents d’élève comme Souleymane Coulibaly, ont vite compris leur rôle dans l’encadrement de leurs enfants à domicile. «Le mansacɛsirijala est l’un des rares livres que j’ai expérimenté pour l’apprentissage des enfants… Aujourd’hui, ma fille Assétou a un niveau incroyable en lecture-écriture et lit mieux que ses camarades qui sont en classes supérieures…J’invite tous les parents à œuvrer dans le suivi quotidien de leurs enfants et plus particulièrement celui des filles qui sont les piliers des nouvelles familles et le socle de notre société de demain», a-t-il témoigné.

Ce projet a aussi suscité des vocations. C’est ainsi que d’agriculteur, Moussa Konaré est devenu un éducateur dévoué à Bourakebougou où il fait de véritables miracles en termes d’enseignement. Grâce donc à SIRA, l’USAID Mali a aidé notre pays à baliser la voie de l’enseignement dans nos langues nationales pour ainsi lui permettre de jouir pleinement de cette «grande richesse» qu’est leur diversité.

Moussa Bolly

Source : Le Matin