A.A. est un ancien trafiquant de drogue, reconverti depuis un an au transport inter-urbain (Arlit-Agadez). Il est âgé d’une cinquantaine d’années. Marié et père d’une famille modeste, cet homme, ancien maquisard lors des deux rébellions touarègues ayant eu cours au Niger en 1990 et en 2007, a opté pour le business des trafics d’armes et de drogue dans le Sahara en lieu et place des promesses de l’Etat du Niger d’une intégration dans les effectifs des forces de sécurité.

A.A. a accepté de nous révéler un pan de ce trafic de drogue qu’il a exercé depuis plus d’une dizaine d’années. Un trafic fort rentable mais extrêmement dangereux. « Je ne connais aucun travail que conduire des véhicules dans les méandres du désert ! C’est mon boulot depuis ma tendre jeunesse ! J’avais moins de vingt ans quand la première rébellion s’était déclenchée ! Mon rôle était de ravitailler mes frères en vivres qu’on achetait en Algérie et introduisait en fraude au Niger. Pour cela, il nous fallait échapper aux contrôles des militaires algériens et nigériens. J’ai toujours été fraudeur dans ma vie et j’ai gagné beaucoup d’argent surtout avec le transport du kif marocain qu’on nous confiait de la frontière malienne à acheminer en territoire libyen, tunisien ou même des fois soudanais ou égyptien », confie-t-il.

Quid de la source de la drogue : « Nos patrons basés au Mali reçoivent la marchandise de la Mauritanie. J’ai appris qu’elle provient du Maroc et plus précisément du Sahara occidental, une zone dénommée Akamkam. Une fois que la marchandise arrive à notre portée, c’est-à-dire à la frontière nigéro-malienne, elle est stockée dans des villages ou plutôt des campements des nomades touaregs ou arabes. En réalité, ces habitats ne sont que des banals dépôts mais hyper sécurisés. Nous chargeons la marchandise sur instructions des correspondants de nos patrons et roulons sans problème en suivant l’itinéraire qu’ils nous ont tracé. Notre convoi, quand il quittait la région de Tahoua en chevauchant les communes d’Abalak et Ingall, longeait la falaise de Tiguidit afin de contourner la ville d’Agadez et nous avons comme point de jonction le site dit Ofaghado, situé à 230 km à l’est d’Agadez. C’est à ce niveau que nous remettons la marchandise à des Toubous, de la tribu de Zaghawa. Ces derniers, fins connaisseurs du désert, passent par l’Est de la ville garnison de Dirkou. Ils sont capables de livrer la marchandise jusqu’à la frontière soudano-égyptienne ou carrément via la Libye par le prolongement de la ville de Tobrouk. Des Égyptiens, bien aguerris, seront mis à profit pour convoyer la marchandise jusqu’au Sinaï (Égypte) d’où elle partait par certainement d’autres canaux, en Israël ».

« Lorsqu’il y a des informations sur le mouvement des forces de sécurité sur l’axe Ofaghado, le point de jonction pour livrer la marchandise aux Toubous est Emiloulou, situé à 780 km à l’Est d’Agadez. Ce point aussi est contrôlé par les Zaghawas. Ils étendent leur influence jusqu’au point dit « Passe de Salvador », lequel surplombe Emiloulou », ajoute A.A.

« Nous n’avons pas peur de mauvaises rencontres du côté des autorités. Les intermédiaires sont bourrés de sous et ils utilisent cet argent pour acheter le silence ou des informations précises sur les mouvements des forces de sécurité », révèle-t-il. A.A. a finalement raccroché dans ce business.

Ramdane GIDIGORO

Source: L’Investigateur

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A.A. est un ancien trafiquant de drogue, reconverti depuis un an au transport inter-urbain (Arlit-Agadez). Il est âgé d’une cinquantaine d’années. Marié et père d’une famille modeste, cet homme, ancien maquisard lors des deux rébellions touarègues ayant eu cours au Niger en 1990 et en 2007, a opté pour...