J’ai rencontré, à Lafiabougou, en fevrier 1990 Guédjouma Samaké, lors d’une de mes visites chez son compagnon de bagne, feu Samba Sangaré. J’ai immédiatement sympathisé avec lui et dès lors, nous avons entretenu une sincère relation d’amitié. Nos conversations portaient principalement sur le Mali, l’Afrique ainsi que sur ses conditions de détention dans l’enfer du sinistre bagne de Taoudénit qui fut créé par le régime dictatorial du CMLN dirigé par le –non moins sinistre dictateur- Moussa TraoréGuédjouma Samaké était de la trempe des militaires patriotes sincèrement engagés dans la voie de l’édification nationale tracée par le régime de l’USRDA sous la direction du Président Modibo Kéïta.

Je tiens, aujourd’hui, a rendre un hommage vibrant a ce soldat d’elite de l’Armée Populaire et Révolutionnaire du Mali de Modibo Kéïta, qui vient d’etre rappelé a Son Seigneur.

Je me souviens particulièrement de lui comme un soldat intrepide, un militant engagé, un fervent patriote, dont la sincérité transparaissait a chacun de ses propos.

Guédjouma Samaké était l’un des hommes clé du groupe des officiers et sous-officiers valeureux qui, dès le mois d’Aout 1969, s’opposèrent a la dictature naissante du Comité Militaire dit de libération nationale qui entra par effraction dans l’histoire du Mali a la faveur du coup d’État du 19 novembre 1968. Guédjouma et ses camarades militaires patriotes voulurent restaurer l’Honneur et la Dignité de notre Armée nationale qui avait été bafoué par des officiers subalternes félons.

A la suite de l’échec de cette tentative de renaissance, Guédjouma et ses compagnons furent déportés au bagne de Taoudénit. Dans l’enfer de ce sinistre bagne, digne des camps de concentration Nazi, l’espèce humaine était reduite a neant. Avec ses camarades, ils ont connu les pires tortures, les humiliations inqualifiables… le Capitaine Diby Silas Diarra, héros national, Soldat emerite, fut froidement assassiné aux côtés de plusieurs de ses compagnons.

Seuls Guédjouma Samaké, Samba Sangaré et le Capitaine Alassane  sortirent vivant de l’enfer du bagne de Taoudénit

Malgré les épreuves subies, fidèle a son engagement patriotique, Guédjouma Samaké continua la lutte avec son camarade Samba Sangaré en suivant les conseils de feu Amadou Djicoroni Traoré. Ainsi, il participa aux combats qui aboutirent a l’avènement de la démocratie pluraliste le 26 Mars 1991. Il partagea son experience de soldat patriote engage. Il contribua a éduquer la jeunesse en l’amenant a sortir de la confusion dans laquelle elle avait été sciemment plongée durant les vingt-trois années de dictature obscurantiste du régime dictatorial du CMLN.

Il s’engagea activement dans la vie de la Cité en devenant Maire de la Commune de Ouéléssébougou. Il publia également un ouvrage intitulé “sur le chemin de l’honneur”.

Ce livre constitua un démenti cinglant a l’assertion péremptoire de ses bourreaux qui, dans leur folie démentielle, n’hésitaient pas a affirmer qu’il n’y aurait aucun survivant du bagne de Taoudénit pour raconter les épreuves qu’ils infligeaient a leurs semblables.

Guédjouma Samaké rappelait ce que fut l’Armée de la Première République: une Armée batie sur l’amour sincère et ardent pour la Patrie; une Armée prête au combat pour la défense de l’intégrité territoriale du pays, prête a écraser toutes les velléités de sécession suscitées par les puissances impérialistes qui continuent a rêver d’une Afrique éternellement soumise a leur bon vouloir; une Armée engagée dans le combat pour la libération de toute l’Afrique aux côtés du FLN Algérien, de l’ANC en Afrique du Sud, du MPLA en Angola, du FRELIMO au Mozambique…; une Afrique Non-Alignée déclinant sans complexe son message de paix et de fraternité a l’Humanité entière.

Guédjouma Samaké appartient au nombre des militaires patriotes, au même titre que les Capitaines Jerry Rawlings et Thomas Sankara, c’est-a-dire des révolutionnaires en uniformes sur lesquels l’Afrique peut compter et s’appuyer pour la transformation globale du Continent.

Il nous appartient de faire connaitre l’itinéraire de ces soldats valeureux, de ces patriotes en uniformes, pour lesquels l’Armée doit être au service exclusif du Peuple dont elle est l’émanation contrairement a ceux qui, aujourd’hui, la concoivent comme une coterie dédiée a la protection d’une oligarchie corrompue et apatride.

Au moment où nous enterrons Guédjouma Samaké, le Mali vient d’entrer dans une crise politique sans précédent découlant de l’organisation d’élections législatives calamiteuses (30 mars et 19 avril 2020) qui constituent, a n’en pas douter, une insulte pour tous ceux qui aspirent a un Mali nouveau digne et respecté, résolument engagé dans la voie de la Justice sociale, de la Solidarité et de la Liberté pour tous.

Implorons ALLAH, Soubhana WA Ta’ala, pour qu’Il l’acceuille en Son Royaume et Lui accorde Sa Grace et Sa Miséricorde, Amine. Adieu Mon Adjudant-Chef.

Moussa Sow, Washington D.C. le 21 Mai 2020.

 

Source: Le Républicain

MaliwebSociété
J’ai rencontré, à Lafiabougou, en fevrier 1990 Guédjouma Samaké, lors d’une de mes visites chez son compagnon de bagne, feu Samba Sangaré. J’ai immédiatement sympathisé avec lui et dès lors, nous avons entretenu une sincère relation d’amitié. Nos conversations portaient principalement sur le Mali, l’Afrique ainsi que sur ses conditions de...