Au lendemain de sa démission du gouvernement, l’ancien garde des sceaux, Mamadou Ismaila KONATE, a été inspiré du livre « Justice en Afrique. Ce grand corps malade : le cas du Mali », dont le lancement a eu lieu, ce samedi. Dans ce bouquin de plus de 160 pages, Me KONATE démontre le faible intérêt du pouvoir pour la justice et dénonce le comportement des juges…

« Je me suis libéré. Je me suis libéré », s’est confessé l’ancien ministre de la Justice Mamadou Ismaila KONATE. Il entamait ainsi son réquisitoire à l’occasion du lancement de son livre sur la justice malienne qualifiée de « Grand corps malade ». C’était en présence de plusieurs responsables du monde de la justice de notre pays, des anciens ministres, etc. au Parc national de Bamako.

En écrivant ce livre, Me Mamadou Ismaila KONATE précise qu’il n’a aucun compte politique à rendre, suite à sa démission du gouvernement du Premier ministre Modibo KEITA, après 16 mois de service. Il a affirmé s’être retiré « pour dire aux gens de se réveiller » afin de permettre à ceux-ci (les autorités) de prendre conscience de la situation, sinon ‘’c’est la justice qui ira les trouver à Koulouba’’.

Entre les lignes de cet ouvrage dit de diagnostic, de témoignage d’un ancien ministre de garde des sceaux, on peut lire que la justice servie dans notre pays n’est pas digne de celle d’un État souverain.

Dans un pays où moins 1 % du budget national est alloué à la justice où des juges dorment sur un sommier en fer sans matelas sans draps et sous la pluie, il est clair que « la justice n’a pas de sens » pour ce pays, s’est indigné l’auteur.

« Lorsque vous êtes seul à réfléchir la justice, à imaginer la justice, penser la justice de vouloir à la justice avec des gens qui ne pensent pas à la justice comme vous quel qu’en soit votre talent, et courage cette justice est difficile », a déclaré l’ancien ministre, expliquant le faible intérêt du pouvoir public et de la politique à la justice du pays.

Son combat pour la justice, c’était pour que personne ne viole la loi, a-t-il expliqué. Malheureusement, cet idéal est resté en état de rêve. Il voulait, à travers cet idéal, un renouveau pour son pays, parce la quasi-totalité du problème du Mali est celui de la justice. Mais les juges ne s’en rendent pas compte, à force souvent d’abuser de leur puissance, a regretté l’ancien ministre.

« La puissance du juge l’exige d’être correct (…). Ce pays souffre, il souffre de l’absence de la justice. Ce pays souffre de la correction que nous attendons du juge, car le juge n’est pas un personnage ordinaire », a-t-il expliqué.

Et pourtant, il est convaincu qu’il n’y a pas de monde sans justice. « On peut se passer d’un médecin pour aller retrouver d’autres, on peut se passer de militaires quand on a la force physique se défendre soi-même. Mais je n’ai pas vu un pays dans lequel où on se passe du juge et de la justice », a philosophé Me KONATE. Et il reste persuadé que les juges peuvent amener la population à changer.

« Soyez juges, les juges, soyez juges mesdames et messieurs les juges. Le jour où vous devenez juges dans ce pays, on fera attention à ce que l’on dit à Koulouba ou soit de ce que l’on fait à Koulouba. On aura en tête, l’intérêt général. (…) Tant que vous n’êtes pas juges, l’argent du public souffrira. Tant que vous n’êtes pas juges, le faible supportera la violence du fort. Tant que vous n’êtes pas juges, vous ne serez simplement pas des hommes et des femmes », a-t-il interpelé, la gorge nouée. Mais il faudrait que les juges prennent conscience que tout le Mali les regarde, que ce pays n’a plus d’espoir que par les juges.

« Ce peuple ne veut plus rien d’autre que la justice », a-t-il résumé, avant de lancer son cri de cœur : « Il est temps pour les juges de se réveiller en mettant le pays dans l’ordre par le droit et par la loi ». En respectant et en faisant respecter la loi et le droit, les juges feront honneur à leur robe. Celle-ci leur a été donnée afin qu’ils puissent défendre d’autres et non pour des juges de s’en servir en lieu et place des autres, a-t-il rappelé. Dans tous les cas, il est convaincu que le « vrai repère de l’État de droit, c’est la justice ».

Après le lancement de ce livre, avec d’autres experts africains, Me Mamadou Ismaila KONATE a fait savoir qu’il va désormais militer au sein d’une coalition africaine pour le renouveau de la justice en Afrique.

Par Sikou BAH

Source: info-matin

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Au lendemain de sa démission du gouvernement, l’ancien garde des sceaux, Mamadou Ismaila KONATE, a été inspiré du livre « Justice en Afrique. Ce grand corps malade : le cas du Mali », dont le lancement a eu lieu, ce samedi. Dans ce bouquin de plus de 160 pages, Me KONATE...