Depuis des années, les différents secrétaires généraux des bureaux de coordination de l’Association des Elèves et étudiants du Mali (AEEM) ont mené respectivement une lutte farouche contre l’occupation illégale de l’espace universitaire. Sans obtenir  de résultats. La délimitation du domaine universitaire fait l’objet de vives polémiques. Il nous revient que 87 hectares sont  réservés pour le domaine universitaire par l’Etat.  L’AEEM reproche au maire de la commune V du District de Bamako, Amadou Ouattara, d’avoir vendu illicitement des lots situés sur cette superficie. Ce dernier conteste et menace d’engager des poursuites pour laver son honneur.

 

Le maire de la Commune V, du District de Bamako, Amadou Ouattara rejette l’accusation portée contre lui. Il s’est dit meurtri par le fait que des élèves et étudiants soient contraints d’abandonner les cours pendant 72 heures à cause de cette accusation qu’il nie en bloc.  » Cela me touche en tant que père et enseignant de profession. Je n’ai rien vendu à quiconque « , a-t-il déclaré.

La seule erreur qu’il dit être en mesure d’endosser c’est le fait d’avoir signé une Concession Urbaine d’Habitation (CUH) déjà validée par son prédécesseur au nom d’un déguerpi de Daoudabougou. Il dit avoir agi « conformément à la loi l’administration étant une continuité« .  Selon l’édile, il a plus d’une fois demandé aux contestataires, notamment le Secrétaire général de l’AEEM, Moussa Niangaly, de lui apporter la preuve que cette notification concerne le domaine universitaire. Les nombreuses promesses qui lui a faites, n’ont jamais été suivies d’effet. Avant de promettre que s’il est établi qu’il a commis une faute, il est disposé à revenir sur sa décision.

Le maire va plus loin. Il se dit prêt à attaquer sa propre décision auprès du tribunal administratif, si la preuve est faite que les terrains objet du litige sont vendus par la mairie.  » Je n’ai aucun complexe en annulant ma propre décision même si, selon la loi, au-delà de deux mois, elle devient irréversible. Mais moi je l’attaquerai auprès du tribunal administratif pour la faire annuler parce que je ne suis pas d’accord que les élèves soient empêchés d’aller à l’école à cause de moi. Depuis qu’ils ont commencé le débrayage à aujourd’hui, je n’ai pas pu rencontrer le Secrétaire Général de l’AEEM, Moussa Niangaly« , a-t-il précisé.

Dans le souci de tirer cette affaire au clair, le maire déclare, en effet, avoir décidé de mettre des techniciens de la mairie à la disposition du Secrétaire général de l’AEEM afin qu’il leur montre le périmètre mis en cause. Avant d’indiquer que Moussa Niangaly a toujours trouvé une excuse pour ne pas se présenter aux différents rendez-vous.

Et d’en déduire ce qui suit : « Je ne sais pas à quel jeu il (le Secrétaire général l’AEEM, Moussa Niangaly)joue, mais je ne suis pas passionné, je voudrais traiter cette question la tête froide. S’il a raison, je prendrai la décision de tout démolir parce que j’estime que je ne dois pas occuper le domaine universitaire. Cependant, si tel n’est pas le cas, je ne pourrai pas lui pardonner car l’accusation est très grave. Je suis un citoyen et, quand mon honneur est jeté en pâture, je me dois de le laver, en engageant des poursuites judiciaires contre mon bourreau. Je ne le fais pas pour plaire à l’AEEM mais pour les enfants que l’on met à tort dans la rue« .

Moussa Niangaly maintient et confirme

A en croire le Secrétaire général de l’AEEM,  » ce n’est l’identification de l’espace vendu qui pose problème. Aujourd’hui, il n’y a pas d’espace sur la colline de Badalabougou qui ne soit pas vendu. C’est pourquoi, vous allez voir que s’il n’y a pas de bâtiments construits illégalement, il y a des piquets« , a-t-il affirmé. Il a confirmé que le maire de la Commune V, Amadou Ouattara l’avait invité à deux reprises à se rendre sur le terrain pour montrer les espaces vendus.

La première fois, il avait demandé au maire avec son équipe de le rejoindre à la FAST, ce que ce dernier n’a fait.

La seconde fois, il soutient que l’invitation du maire a été faite le jour où une marche de protestation était organisée devant la mairie. Ce jour-là, il avait chargé l’un de ses camarades d’accompagner le maire pour lui montrer les terrains objet du litige. Avant d’ajouter que  » le maire a envoyé quelqu’un à qui nous avons montré l’espace « .

Selon lui,  » pratiquement de Badalabougou jusqu’à Daoudabougou, toute la colline est vendue sans exception. Ils ont commencé à vendre au flanc de la colline et certains ont entrepris  des chantiers« .

Concernant les preuves que le maire dit n’avoir jamais reçus, le Secrétaire général de l’AEEM a affirmé qu’il est en train de rassembler les dossiers.  » Ce qui est sûr, on ne peut pas dire aujourd’hui qu’il y  a 20m2 sur la colline de Badalabougou qui ne sont pas vendus. Il n’y en a pas ! Tout est vendu ! Il faut seulement vous arrêter à 200m de la FAST, vous allez voir de nombreux bâtiments construits en étage et plusieurs bâtiments appartenant à des particuliers qui sont en chantier. Nous avons eu déjà comme preuve trois autorisations de construire signées par la mairie de la Commune V pour des parcelles qui sont aussi  en chantier« , a-t-il indiqué.

S’agissant d’une instrumentalisation de ce bras de fer opposant l’AEEM à la mairie, Moussa Niangaly a nié toute politisation.  » Il n’y a pas l’ombre d’un politique derrière nos dénonciations. Nous avons juste remarqué que l’espace universitaire est occupé et avons entrepris d’y mettre un frein. Ce combat a commencé depuis plus de quatre mois. Certains de mes camarades m’ont appelé pour me dire que c’est un combat noble qui ne date pas d’aujourd’hui. Certains l’avaient entamé depuis 2005. Donc, tout ce que nous voulons, c’est la libération totale de l’espace universitaire et nous exigeons la démolition des bâtiments qui s’y trouvent« , a-t-il clarifié.

Quid de la démission du maire de la commune V réclamée par certains jeunes de ladite commune ? Moussa Niangaly rejette encore une fois toute politisation :  » Si c’est la population qui demande la démission du maire, ce n’est pas notre cas. Nous  n’avons rien contre sa personne. On ne se mêle pas des histoires de la commune V, c’est ternir l’image de notre association « .

Avant de conclure ses propos, il a demandé à l’Etat de prendre ses responsabilités pour la libération complète de l’espace universitaire.  » S’il n’y avait pas ces occupations illicites, la cité universitaire de Kabala aurait été mieux à cette place« , a-t-il martelé.

L’impératif de délimiter  la zone universitaire

Selon nos investigations, sur la superficie de la colline de Badalabougou, 87 hectares auraient été réservés pour le domaine universitaire par l’Etat. Alors que l’AEEM estime qu’en réalité c’est tout l’espace qui est réservé au domaine universitaire.  » L’AEEM n’est pas le gestionnaire du patrimoine du Domaine universitaire. Le Rectorat de l’université de Bamako et le CENOU sont les mieux indiqués  pour contester ces formes d’agression sauvage du Domaine universitaire « , nous a confié une source.

Ainsi, pour résoudre ces multiples problèmes autour du site universitaire sur la colline de Badalabougou, la solution aujourd’hui serait de délimiter le  Domaine universitaire sur la colline de Badalabougou. Une fois cette étape franchie, il s’agira d’affecter sa gestion au ministère en charge de l’Education nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Nous y reviendrons.

Daouda SANGARE

Source: l’Indépendant

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Depuis des années, les différents secrétaires généraux des bureaux de coordination de l’Association des Elèves et étudiants du Mali (AEEM) ont mené respectivement une lutte farouche contre l’occupation illégale de l’espace universitaire. Sans obtenir  de résultats. La délimitation du domaine universitaire fait l’objet de vives polémiques. Il nous revient...