Ras Bath est de nouveau libre de reprendre ses missions radiophoniques. « Le juge d’instruction du 3e Cabinet du Tribunal de la Commune IV a rendu une ordonnance dans ce sens lundi dernier.

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À l’expiration du délai de recours contre cette ordonnance intervenue mercredi à minuit », peut-on lire dans le quotidien L’Indicateur du Renouveau daté de ce vendredi 28 avril 2017. Ainsi, celui qui est considéré par de nombreux partisans comme la voix des jeunes et des sans voix, pourrait reprendre l’émission qui lui avait assuré le succès et la renommée : Cartes sur table. Paradoxalement, cette liberté retrouvée pourrait être un piège pour le chroniqueur s’il reprenait ses émissions radio dans le même ton qui lui avait causé les ennuis que l’on sait. L’homme a-t-il tiré tous les enseignements de ses déboires avec la justice ? A-t-il mûri au point de recadrer ses émissions sans porter atteinte à l’honneur et à la dignité de ceux qui sont visés par ses propos quand bien même ceux-ci auraient des choses à se reprocher ?

Mohamed Youssouf Bathily dit Ras Bath doit son succès fulgurant à son audace qui lui permettait de dire haut ce que bien de Maliens disent tout bas dans les salons, les grins, les bureaux et dans les sotrama. Il fustigeait (il n’a jamais cessé de le faire d’ailleurs) ce que la société malienne a de répréhensible : l’irrespect pour la chose publique et pour toute chose, la corruption ambiante et puante, le délitement de l’État et la perte des valeurs et repères qui ont fondé le Mali. Il apparaissait comme une sorte de Don Quichotte, redresseur des torts, qui parlait aux cœurs des Maliens, et pas seulement des jeunes, et disait la forfaiture des hommes politiques, des hommes d’affaires, des commis de l’État et des faux religieux musulmans.

Cependant, le succès semble l’avoir grisé, le poussant chaque fois à monter le ton, à pousser l’audace jusqu’à tomber dans l’erreur contre-productive de nommer des personnes de la base au sommet de l’État, dans la société civile et militaire. Ce faisant, il mettait en danger sa propre personne car, au Mali, des gens ont disparu ou ont été éliminés pour beaucoup moins que ça. Le savait-il ? Certainement. Car des membres de sa propre famille étaient opposés à la façon dont il traitait les sujets de ses chroniques, principalement l’attaque personnalisée de hautes personnalités. Ses parents l’ont mis en garde contre les dangers qui pourraient découler de cette attitude. Cependant Ras Bath était comme pris dans un engrenage qu’il avait lui-même enclenché et condamné à s’engager dans la surenchère pour satisfaire ses partisans qui n’en demandaient pas moins. On connaît la suite.

C’est donc une bonne nouvelle pour les milliers de fans et de supporteurs que la libération de Ras Bath. À supposer que la radio qui a fait sa réputation et son succès l’autorise à continuer l’émissionCartes sur table, il serait toutefois mortel et pour lui et pour son producteur de reprendre l’émission là où elle s’est arrêtée. Sans renoncer à son engagement à dénoncer les maux de la société et les hommes et les femmes qui ont décidé d’enterrer le Mali, Ras Bath devrait revoir sa communication. Il devrait être plus respectueux de la personne humaine comme l’enseigne notre société. On peut terrasser un homme sans l’humilier, nous disent les sages. Aspirant juriste, Ras Bath sait parfaitement que la liberté de parole est limitée par la loi. Son succès, un succès encore plus grand, dépendra en grande partie de sa capacité à se discipliner sans trahir ceux qui le portent dans leurs cœurs. On peut être loyal et incisif sans tomber dans l’excès. Il est indispensable que Mohamed Youssouf Bathily mûrisse pour ne pas tenter le diable, et se donner encore du temps pour satisfaire tous ceux qui croient encore qu’il existe au Mali des hommes capables de dire la vérité, toutes les vérités, dans le respect des uns et des autres.

 

La rédaction 

MaliwebSociété
Ras Bath est de nouveau libre de reprendre ses missions radiophoniques. « Le juge d’instruction du 3e Cabinet du Tribunal de la Commune IV a rendu une ordonnance dans ce sens lundi dernier. À l’expiration du délai de recours contre cette ordonnance intervenue mercredi à minuit », peut-on lire dans le quotidien...