C’est connu, trop connu que, c’est devenu une tradition qu’à la veille de chaque Tabaski, l’ORTM nous abreuve exclusivement de reportages autour des festivités de l’événement. Et cette année 2021, cela n’a pas manqué !

 

Cette année donc, ce lundi 19 juillet 2021, au journal de 20 heures, comme une horloge bien réglée, l’ORTM est arrivée avec ses reportages sur la Tabaski, plus instructifs et/ou intéressants, les uns que les autres. Cette année, cerise sur le gâteau, au cours du reportage sur les prix des moutons, il me semble que ce reportage a quelque peu dérapé. En effet, ai-je bien entendu parler de mouton « de race » à 1 million ? À 2 millions ? A 2 millions et demi ? Et même des moutons à 10 millions et à 12 millions ? Ai-je bien entendu que dans notre pays, le Mali, aujourd’hui, des moutons de fête sont proposés, pour certains à plus de dix millions ? Suis-je le seul au Mali à avoir été scandalisé par ce reportage ? Sans doute que non !

Quels sont les Maliens qui peuvent et/ou osent acheter de tels moutons ? À ces prix-là, nous sommes au-delà du symbole religieux et cultuel, nous sommes carrément dans la démesure, la surenchère, l’hyper-réalité et l’obscène, l’extravagance, la sur- dimension…Même si des Maliens peuvent acheter ce genre de mouton à 10 millions, je me demande quel sens ils donneraient à cette « emplette » ? La publicité gratuite à la télévision nationale ? La surenchère concurrentielle (j’ai acheté le mouton le plus cher du quartier) ? Le goût du luxe extravagant ? Ou simplement la « distinction » dont parle le sociologue français Pierre Bourdieu ?

Pour le commun des Maliens, un mouton à 100 000 francs ou deux 200 000 francs, c’est déjà le Pérou, les hauteurs difficilement atteignables, le nec plus ultra de la distinction, sinon, le mouton entre 50 000 et 90 000 peut largement suffire à la commémoration du sacrifice d’Abraham. Pour un pays pauvre comme le Mali, un pays en guerre depuis deux décennies bientôt, avec des milliers de déplacés internes qui tirent le diable par la queue et qui comptent sur la charité et la solidarité de leurs compatriotes pour survivre au jour le jour, les dépenses somptuaires ressemblent à de la provocation. On peut avoir beaucoup d’argent (de l’argent honnêtement acquis) et se garder d’en faire l’étalage obscène, surtout en matière religieuse ! On peut avoir beaucoup, beaucoup d’argent et se garder d’en faire certaines choses, sinon, dans l’océan de misère où nous sommes au Mali aujourd’hui, les larmes intérieures pleurées par les pauvres cumulent en disgrâce sur la tête du très riche et celle de sa famille.

Alors, à quelles fins l’ORTM a-t-il diffusé ce morceau d’anthologie sur les prix exorbitants du mouton à la Tabaski 2021 ? Pour nous alerter sur le coût très élevé du mouton en cette année 2021 ? Mais, honnêtement entre nous, a-t-on besoin d’évoquer des moutons proposés entre 750 000 et 12 millions pour savoir que le mouton est horriblement cher avec les restrictions provoquées par l’insécurité, les insécurités ?

Le reporter ne nous a édifiés nulle part sur les raisons d’évoquer cette hyperinflation du prix du mouton. Il me semble que « la passion du service public » demande que l’ORTM soit capable de s’autocensurer dans la forêt des sujets à proposer à ses publics ! Des moutons pour la Tabaski proposés à 2 millions cinq cent mille ou à 12 millions, n’est pas une donnée scientifique, ni une information qui manquerait un public malien, mais, bien une surenchère dangereuse pour la paix sociale et pour la paix du cœur de ceux-là qui sont les plus pauvres et qui ne comprendraient pas pourquoi on leur parle du coût d’un mouton, prix qu’ils ne cumuleraient jamais tout au long du travail de toute une vie ! Pourquoi donc, ce non-sens et cette indécence ?

 

21/7/2021

Le Gallican

Source : Mali Tribune

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C’est connu, trop connu que, c’est devenu une tradition qu’à la veille de chaque Tabaski, l’ORTM nous abreuve exclusivement de reportages autour des festivités de l’événement. Et cette année 2021, cela n’a pas manqué !   Cette année donc, ce lundi 19 juillet 2021, au journal de 20 heures, comme une horloge...