Le président de la Commission ad hoc du football féminin depuis dix mois  martèle que toutes les sélections défendent le drapeau national et méritent, à ce titre, d’être traitées sur un pied d’égalité. Malheureusement, déplore-t-il, les conditions dans lesquelles travaillent les footballeuses sont au diapason de celles de leurs homologues masculins. Me Famakan Dembélé interpelle les instances sportives et les autorités. Interview

 

L’Essor : La Fédération malienne de football a décidé d’organiser un tournoi national pour désigner le représentant du Mali à la nouvelle Ligue féminine d’Afrique. Quel sera le format de la compétition ? Quelle est la date du tournoi ?

Me Famakan Dembélé : Tout d’abord, je tiens à remercier le Quotidien national L’Essor de m’avoir donné la parole après la venue du Fonds FIFA Covid-19 dans notre pays. Pour la réponse à la première question, permettez-moi de revenir un peu en arrière. Le football féminin est régi par un règlement spécial du championnat national, ligue 1 pour la saison 2019-2020. Malheureusement, le championnat national a été annulé cette année, à cause de la pandémie de la Covid-19. Je pense que c’était une décision sage, parce que sur les 22 journées du championnat, on avait disputé que 4.

Le timing était trop juste et il était techniquement impossible de poursuivre la compétition. Comme le championnat a été annulé, la Fédération malienne de football a décidé d’organiser un tournoi national pour désigner notre représentant à la Ligue des champions féminine 2021, instaurée cette année par la Confédération africaine de football (CAF).

Pour le moment, je ne peux pas me prononcer sur le format de la compétition, pas plus que sur la date. Mais que les amoureux du football féminin se rassurent, la compétition aura bel et bien lieu. Je profite de cette occasion pour témoigner ma reconnaissance au bureau fédéral pour toute l’aide qu’il apporte au football féminin. La fédération a doté les 12 équipes du championnat d’équipements, ce qui est une première dans l’histoire du foot féminin.

L’Essor : Le Fonds FIFA Covid-19, plus de 275 millions de F cfa est tombé il y a quelques semaines et le comité exécutif du bureau fédéral a déjà dévoilé la clé de répartition de l’argent. En tant que président de la Commission ad hoc du football féminin, que pensez-vous de cette clé de répartition ? Comment les équipes et les dirigeants ont accueilli la décision de la fédération ?

Me Famakan Dembélé : Pour moi, la clé de répartition est juste, les dirigeants et les joueuses sont également satisfaits de la décision de la fédération. Ce fonds permettra à l’équipe nationale de bien se préparer avant le début des éliminatoires de la prochaine CAN-féminine.

Et il aidera également les dirigeants à faire face à certaines charges de leur club respectif. Nous remercions la FIFA pour ce fonds Covid-19 qui est tombé au bon moment pour notre football. Place maintenant au travail, il faut que les clubs de la Ligue 1 profitent de cette subvention de la FIFA pour se réorganiser, faire des stages si possibles pour bien préparer les prochaines échéances, notamment le tournoi national qui sera qualificatif de la Ligue féminine des championnes. Concernant l’argent qui doit être versé aux joueuses, nous allons également y veiller comme l’a dit le président de la Femafoot, Mamoutou Touré «Bavieux».

L’Essor : On sait que depuis plus d’une décennie, la FIFA octroie annuellement une subvention à toutes ses associations membres dans le cadre de l’aide au football féminin. Cette subvention est-elle différente du Fonds Covid-19 ? Quel est le montant de cette enveloppe ?

Me Famakan Dembélé : Vous avez parfaitement raison, la FIFA octroie cette subvention chaque année à ses associations membres, mais à dire vrai, j’ignore le montant de cette subvention qui est différente du fonds Covid-19. Ce fonds est une mesure urgente pour faire face à un événement imprévisible alors que la subvention est versée annuellement à toutes les associations à une période précise. Pour ce qui est du montant, seuls les anciens présidents de la Commission de foot féminin pourront répondre à cette question. Je suis désolé, mais je n’ai aucune information concernant cette subvention.

L’Essor : Que répondez-vous à ceux qui disent que le football féminin est le parent pauvre des sélections nationales ? En tant que premier responsable du football féminin, êtes-vous satisfaits des conditions des footballeuses maliennes ? Que pensez-vous de la décision de certains pays de traiter désormais sur un pied d’égalité leurs sélections nationales féminines et masculines, en termes de primes ?

Me Famakan Dembélé : Je suis tout à fait d’accord avec ceux qui disent que le football féminin est le parent pauvre des sélections nationales. C’est une réalité car les avantages accordés aux hommes sont totalement différents de ceux des femmes qui ne perçoivent même pas de primes de sélection et qui travaillent dans des conditions difficiles. Pourtant, il y’a un Arrêté interministériel N°2015/1423 du 22 Mai 2015 qui fixe les taux des primes alloués aux sportifs de haut niveau et à leur encadrement. Normalement, les joueuses de la sélection nationale féminine doivent avoir les mêmes avantages que leurs homologues masculins.

Le problème est réel et j’espère que l’actuel comité exécutif de la Fédération malienne de football examinera la situation et remettra les joueuses dans leurs droits. Je suis entièrement d’accord avec les pays qui ont décidé d’uniformiser les primes de leurs sélections nationales. C’est vrai que notre pays n’a pas beaucoup de moyens et que les conditions diffèrent d’un pays à un autre, mais je pense que c’est une nécessité aujourd’hui de revoir la situation des sélections nationales féminines. Toutes les sélections nationales seniors doivent être traitées sur un pied d’égalité, comme le cas au Brésil, en Angleterre, en Afrique du Sud pour ne citer que ces quelques pays. Une fois encore, j’espère que l’exemple de ces nations fera tâche d’huile.

L’Essor : Vous êtes à la tête de la Commission ad hoc il y a environ un an. Quels commentaires faites-vous de votre bilan ? Êtes-vous satisfaits des résultats obtenus par la sélection nationale ?

Me Famakan Dembélé : Je peux dire en toute modestie que mon bilan est satisfaisant. Pour ma première sortie avec la sélection nationale féminine (Tournoi UFOA, Zone B, ndlr), le Mali a atteint la finale d’une compétition internationale. On a perdu 3-0 (contre le Sénégal, ndlr), mais il convient de dire que c’était la première fois pour la sélection nationale féminine de réaliser un tel exploit. Jusque-là, le Mali n’avait jamais joué la finale d’une compétition internationale. Lors de ce tournoi qui s’était déroulé en mars en Sierra Leone, notre pays a fait un parcours sans faute jusqu’en finale. Les enfants ont émerveillé tout le monde en Sierra Leone et sont rentrées au bercail avec la médaille d’argent.

À notre arrivée à Bamako, la délégation a été accueillie avec tous les honneurs par les autorités et les supporters. Avant la fin de mon mandat, mon objectif est d’offrir le trophée de la CAN-féminine au Mali. Ma commission y travaille tous les jours et nous allons tout mettre en œuvre, avec la fédération et le ministère de la Jeunesse et des Sports, pour atteindre notre objectif. Le Mali regorge de joueuses de talent capables de rivaliser aujourd’hui avec l’élite africaine. Il ne faut pas oublier que lors de la dernière CAN qui s’était déroulée au Ghana en 2018, les Aigles Dames ont atteint, pour la première fois de leur histoire, le stade des demi-finales. Il faut maintenir le cap, Inch Allah, ça ira.

L’Essor : Selon vous, qu’est-ce qui manque encore à notre football féminin pour être compétitif, c’est-à-dire, remporter le titre continental ? Avez-vous des projets pour les clubs et les sélections nationales ?

Me Famakan Dembélé : Ce qui manque à notre football féminin pour remporter des trophées à l’échelle continentale, ce sont les moyens financiers. Vous savez, en Afrique le football féminin malien occupe un bon rang, il a simplement besoin d’un changement en termes de développement des plateformes et de formation à tous les niveaux. À mon avis, nous avons également besoin de créer des académies, c’est dans ce sens, la Commission ad hoc ambitionne de créer un centre national de perfectionnement pour la détection de jeunes joueuses.

Ce centre sera le pourvoyeur des sélections nationales. Pour moi, le football féminin du Mali a un bel avenir devant lui, cependant il faut le sécuriser en le professionnalisant pour que les joueuses soient protégées et que leur métier soit dûment reconnu au niveau des instances sportives du pays.

L’Essor : Quel est aujourd’hui votre plus grand rêve pour le football féminin du Mali ?

Me Famakan Dembélé : Mon plus grand rêve est de voir le Mali remporter le trophée de la CAN et se qualifier pour la phase finale de la Coupe du monde. Nous avons les ressources humaines suffisantes pour y parvenir et il n y’a pas de raisons de ne pas y croire. Je demande à toutes les Maliennes et à tous les Maliens de faire des bénédictions pour les sélections nationales féminines et de les soutenir comme on le fait pour les sélections masculines. Quand on défend les couleurs du pays que ce soit dans une discipline individuelle ou collective, on a besoin du soutien de tout le peuple. C’est très important pour les sportifs.

L’Essor : Où se trouve actuellement votre fils aîné, Bassirou Dembélé qui a été sélectionné plusieurs fois en sélection nationale et que fait-il ?

Me Famakan Dembélé : Bassirou se trouve actuellement en France avec sa famille. Il est devenu agent de joueurs et ça marche plutôt bien pour lui. Il va très bien, j’ai même mon homonyme avec lui Famakan Bassirou Dembélé. Depuis que je suis à la tête de la Commission ad-hoc, il me donne régulièrement des conseils pour la bonne marche de notre commission.

L’Essor : Un dernier mot pour le public sportif malien, notamment le monde du football féminin.

Me Famakan Dembélé : Mes sincères remerciements au Quotidien national L’Essor pour m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer. Je demande à tous les acteurs du football malien de se donner la main, de s’unir parce que personne ne viendra faire le Mali à notre place. J’ai un clin d’œil aux sociétés et entreprises du pays, aux bonnes volontés pour leur dire que les portes de la Commission ad hoc sont grandement ouvertes. Nous avons besoin de partenaires pour développer cette discipline. Aux supporters, je leur demande d’être patients avec nos sélections nationales et de continuer à les soutenir, quelles que soient les circonstances.

Une sélection nationale a toujours besoin du soutien du public et des instances sportives. C’est ensemble que nous réaliserons notre rêve commun, celui de voir la sélection nationale féminine soulever le trophée de la CAN et participer à la phase finale de la Coupe du monde.

Interview réalisée par

Djènèba BAGAYOKO

 

Prénom : Famakan
Nom : Dembélé
Date et lieu de naissance : le 3 mars 1960 à Kayes
Profession : Greffier
Distinction
Médaille commémorative de campagne en 1986 conflits frontaliers entre le Mali et le Burkina Faso.
2020 : Médaille d’argent avec l’Equipe Nationale Féminine de football lors du Tournoi de l’UFOA zone B
Vie associative
Membre de l’Union nationale des anciens footballeurs (Unafom) – Membre de l’Amicale des anciens footballeurs du Réal de Bamako
Président de l’Association  » les Amis du Ballon rond »
2013 : Colistier de feu Kola Cissé lors de l’Assemblée générale élective de la Femafoot
2017 : Candidat à la présidence de la Femafoot.
2019 : Président de la commission Ad hoc du football féminin.
Loisirs : football, jeu de dame

Source : L’ESSOR

MaliwebSports
Le président de la Commission ad hoc du football féminin depuis dix mois  martèle que toutes les sélections défendent le drapeau national et méritent, à ce titre, d’être traitées sur un pied d’égalité. Malheureusement, déplore-t-il, les conditions dans lesquelles travaillent les footballeuses sont au diapason de celles de leurs homologues masculins....