“Nos interventions doivent être mieux limitées dans le temps et ce, dès le début, nous n’avons pas à rester engagés sans limite de temps dans des opérations extérieures. C’est aussi pour cette raison que j’ai décidé, en concertation avec nos partenaires, d’officialiser aujourd’hui la fin de l’opération Barkhane », déclarait, en début du mois de novembre 2022, le président français.  En français facile : la France, présente au Sahel depuis huit ans, met officiellement fin à sa présence militaire au Sahel. Mais pouvait-elle faire autrement, alors que l’opération Barkhane était quasiment devenue inopérante depuis février, date à laquelle la France a annoncé son retrait militaire du Mali (où résidait la quasi-totalité de son effectif) ?

 

Au lieu d’une coopération militaire sincère et constructive avec l’armée malienne, les militaires de Barkhane  ont préféré  s’allier, au septentrion, à des milices locales comme le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) et le Groupe d’autodéfense touareg imghad  et alliés (GATIA), accusées par plusieurs sources d’avoir commis des massacres contre des civils. Cette coopération qui s’est manifestée par des opérations conjointes dans la zone frontalière entre le Mali et le Niger à partir de juin 2017, n’avait fait qu’attiser les tensions communautaires.  Encore qu’au Centre du Mali, la Force Barkhane n’a jamais pu empêcher les terroristes de sévir sur les populations locales.  L’un dans l’autre, il était difficile aux maliens de comprendre le bien-fondé de la présence militaire française dans leur pays. D’où son rejet par une majorité de maliens.

Le cas du Mali n’est cependant pas spécifique. Vu que l’hostilité des populations sahéliennes à l’égard de la politique africaine de la France (notamment sa coopération militaire) est croissante, on ne peut plus claire. Du Mali au Burkina en passant par le Niger et le Tchad, les populations sahéliennes ne cessent de manifester pour contraindre leurs gouvernements à rompre militairement avec l’ancienne puissance coloniale.  La dernière manifestation en date exigeant le départ des troupes françaises, s’est déroulée le vendredi 18 courant au Burkina Faso. A chaque fois, les manifestants réclament la diversification de la coopération militaire avec d’autres pays, notamment la Russie.

Pour nombre d’analystes politiques, la France n’a guère d’autre choix que de reconnaître l’échec de son opération militaire Barkhane. Laquelle n’a pu répondre, en huit  ans de présence avec un effectif de plus de cinq mille soldats,   à son objectif  initial :   stopper la propagation  du terrorisme au Sahel. Au contraire, non seulement le terrorisme s’y est propagé mais, il y est devenu endémique.

Ce sont des raisons objectives qui démontrent que le mariage du couple Sahel-France doit cesser d’exister. Le divorce doit être consommé. Ce, afin que le Sahel puisse devenir polyandrique. Ainsi, les pays du Sahel pourront avoir toute la latitude de faire leur choix entre la coopération militaire russe, chinoise, turque ou autres !

Gaoussou Madani Traoré

Source : Le Challenger