Des groupes relevant d’Al-Qaïda ont perpétré deux attaques contre l’armée béninoise à partir du Nord et Boko Haram est déployé du côté de l’Est.

 

Le Bénin et le Togo ont essuyé, à la fin de l’année écoulée, des attaques terroristes depuis leurs frontières communes avec le Burkina Faso, ce qui a constitué la principale menace quant à un éventuel transfert des groupes armés de leurs activités, depuis la région du Sahel, au climat sec, vers les pays du Golfe de Guinée qui ont un climat humide et des forêts denses.

En effet, deux soldats béninois ont été tués dans une attaque terroriste perpétrée, le 2 décembre dernier, aux frontières avec le Burkina Faso et plusieurs autres ont été blessés.

Une deuxième attaque a eu lieu dans le département de l’Atacora dans le nord du Bénin après que des éléments armés s’étaient attaqués à une patrouille militaire à Alibori (Nord), le 1er décembre. Deux éléments armés ont été éliminés selon les médias.

Ces deux attaques sont les premières du genre lancées contre l’armée du Bénin. Toutefois, des éléments armés avaient auparavant kidnappé deux touristes français sur le territoire béninois avant de les transférer au Burkina Faso. Cet épisode remonte à 2019.

Le Togo avait annoncé que ces forces armées avaient repoussé, au mois de novembre dernier, une attaque terroriste après qu’un groupe armé ait tenté de franchir les frontières séparant le Burkina Faso du Bénin.
C’est la première fois que le Togo annonce un affrontement avec des éléments armés, depuis 2018, lorsque l’armée avait lancé une opération militaire pour interdire l’infiltration d’éléments armés depuis le Burkina Faso vers son territoire.

Les violents accrochages entre l’armée burkinabè et des groupuscules affiliés à Al-Qaïda contraignent ces derniers à fuir et à se diriger vers les territoires togolais et béninois.

** Le Golfe de Guinée dans le viseur d’al-Qaida

Les observateurs qui suivent le développement des activités des groupes terroristes en Afrique constatent que ces groupes ont débuté en Algérie, au cours de la décennie des années 90, mais qu’après après avoir perdu leur bataille face à l’armée algérienne à la fin du siècle dernier, ces groupes ont tenté de s’implanter en Mauritanie et après un deuxième échec, ils ont recouru au Nord du Mali.

Ces groupes armés ont exploité la faiblesse des armées des Etats de la région du Sahel africain ainsi que les conflits ethniques et tribaux qui ont éclaté dans le nord du Mali, en 2012, pour s’allier au début avec les Touaregs et les Azawad, avant de tourner casaque.

Malgré leur incapacité à maintenir leur domination sur les grandes villes dans le nord du Mali, en raison, entre autres, de l’intervention des forces françaises (Opération Serval) en 2013, il n’en demeure pas moins que les groupes terroristes relevant d’Al-Qaïda sont parvenus à s’étendre au-delà du Fleuve du Niger après leur alliance avec le Front de Libération du Macina (FLM).

L’alliance de quatre groupes armés au Sahel a abouti à leur extension au Niger, puis vers le Burkina Faso et leurs activités couvre désormais, selon des sources officielles, près de 80% de la superficie du Mali.

L’émergence du groupe Boko Haram dans le nord du Nigeria, en 2009, et son adhésion par la suite à Daech, en 2015, a abouti à l’élargissement de ses activités jusqu’au Lac Tchad, dont les rives sont partagées entre quatre pays, en l’occurrence, le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun.

Par la suite, la chute de l’émirat de Daech dans la ville libyenne de Syrte, à la fin de l’année 2016, a généré un renforcement de la présence de cette organisation dans les régions du Sahel et du Lac Tchad, après que les éléments qui étaient déployés en Libye s’étaient déplacés à travers les pays du Sahel et le Lac Tchad.

Plusieurs personnalités politiques et sécuritaires de premier plan avaient mis en garde que les pays du Golfe de Guinée sont désormais dans le viseur des groupes terroristes pour s’étendre et assurer leur expansion.

Parmi ces personnalités figure Bernard Emié, patron de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) française, qui avait déclaré, le 1er février 2021, au cours d’une rare apparition publique, que « l’Organisation d’Al-Qaïda dans la Région du Sahel examine actuellement un projet d’expansion vers le Golfe de Guinée, en particulier vers la Côte d’Ivoire et le Bénin ».

Cela explique, partiellement, la création par la France de l’Académie internationale de Lutte contre le terrorisme en Côte d’Ivoire, au mois de juin dernier, ce qui sera de nature à renforcer son influence parmi les pays du Golfe de Guinée, compte tenu de la rude concurrence avec des forces régionales et mondiales dans cette région.

Le journaliste français Nicolas Beau a écrit dans un article mis en ligne sur le site « Mondafrique » que les groupes terroristes ont affirmé, au cours de l’année écoulée, qu’ils « n’ont pas renoncé à leur plan qui prévoit le transfert de leurs activités du Sahel vers le Golfe de Guinée (Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Togo) ».

** Le Bénin et le Togo…Les maillons faibles

Parmi les principaux pays du Golfe de Guinée, le Bénin et le Togo représentent les maillons faibles.

En effet, ces deux pays ne disposent pas d’une armée comme celle du Ghana (17éme africaine) ou la Côte d’Ivoire (24ème africaine). Les armées du Bénin et du Togo ne sont même pas classées dans la liste des 140 armées au monde, qui compte 34 armées africaines, ce qui dénote leur faiblesse.

A titre d’exemple, l’armée du Bénin compte 11 mille 100 soldats et officiers et dispose seulement de 10 chars chinois et de 47 blindés français, américains et chinois de fabrication ancienne, ainsi qu’un nombre réduit d’avions de transport de prospection, dont deux seulement parmi ces appareils sont opérationnels selon des médias français.

De même, l’armée togolaise compte des effectifs de l’ordre de 11 mille éléments et possède 11 anciens chars soviétiques, dont la majorité sont hors service dans d’autres armés, tels que les T-34, ainsi que 15 engins blindés.

Par ailleurs, aucun détail n’existe pour savoir si l’armée togolaise dispose d’avions de combat ou pas et quand bien même elle en disposerait, ces appareils sont plutôt destinés au transport et à la prospection et non pas au combat et à l’interception.

Ainsi, il est possible de décrire les armées béninoise et togolaise comme étant les plus faibles parmi celles des Etats du Golfe de Guinée, ce qui fait d’elles l’un des objectifs faciles à atteindre et éventuellement une cible pour les groupes terroristes.

** Boko Haram…une éventuelle menace

Si l’organisation d’Al-Qaïda se focalise, dans son projet d’expansion vers le Golfe de Guinée, sur ses bastions au Burkina Faso pour s’infiltrer vers le Bénin à travers ses frontières nord, l’organisation de Boko Haram s’emploierait à attaquer le Bénin à travers ses frontières est que ce pays partage avec le Nigeria.

En effet, après avoir perdu la majorité de ses fiefs dans la forêt de Sambisa et au Lac Tchad dans le nord-est du Nigeria, dans de sanglants affrontements avec l’organisation de Daech-ouest de l’Afrique, le groupe de Boko Haram a déplacé ses activités vers des régions éparpillées, en particulier, dans le centre-nord du Nigeria juxtaposant les frontières avec le Bénin.

Le Bénin a participé à la Coalition régionale mise sur pied pour combattre Boko Haram dans la région du Lac Tchad, aux côtés du Nigéria, du Tchad, du Niger et du Cameroun et représente le seul pays qui n’est pas riverain du Lac.

La participation du Bénin à cette Coalition, composée de cinq pays, reflète son inquiétude quant à l’extension des activités des groupes terroristes vers son territoire, d’autant plus que cette menace pèse désormais directement sur le pays.

De plus, des groupes armés évoluent dans le nord-ouest du Nigeria, près des frontières orientales du Bénin, à l’instar du groupe « Ansaru » proche d’Al-Qaïda et qui s’est allié à des bandes organisées locales dans la région. Ce groupe constitue, à son tour, une menace contre ce petit pays du Golfe de Guinée.

Quant à l’organisation de Daech, elle se déploie davantage dans la région des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso), mais l’épicentre de son activité s’oriente davantage vers l’est en direction du Lac Tchad et ne semble pas intéressée, particulièrement, par une expansion vers l’ouest du Nigéria, en direction du Golfe de Guinée.

La situation dans le Golfe de Guinée laisse entrevoir de multiples dangers, d’autant plus que Al-Qaïda, Daech et Boko Haram ciblent les petites armées et les régions pauvres, tout en maîtrisant le jeu des alliances avec les bandes organisées opérant dans les domaines du trafic en tout genre, du kidnapping et du pillage, voire avec les groupes tribaux marginalisés.

Cette situation contraint les pays du Golfe de Guinée à se préparer à la prochaine phase, aux niveaux sécuritaire, social et politique et à prendre en considération les expériences des autres pays dans la lutte contre le terrorisme, à l’instar de l’Algérie et de la Mauritanie, pour en tirer les leçons requises, tout en suivant de près les évolutions et autres développements dans les Etats du Sahel et de la Coalition du lac Tchad.

Source: aa.com.tr

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