La situation explosive qui prévaut au Burundi remet en cause l’équilibre ethnique fragile du pays. Le Point Afrique avait déjà tiré la sonnette d’alarme.

Pierre Nkurunziza president burundais

Bujumbura s’est enflammé le 26 avril à l’annonce de la candidature du président sortant, Pierre Nkurunziza, à un troisième mandat. Le 30 avril, le bilan est de cinq morts par balle, de dizaines de blessés et de 250 arrestations. Seul contre tous, Pierre Nkurunziza, le président burundais, défie le monde entier. Les partis d’opposition bien sûr, la société civile, mais aussi l’église catholique burundaise et même de hauts responsables de son propre parti. Sans oublier Barack Obama, les responsables de l’Union européenne et de l’Union africaine qui lui demandent de faire preuve de sagesse et de ne pas briguer un troisième mandat présidentiel.

Les obstacles sur la route du maintien au pouvoir

Car Pierre Nkurunziza, 51 ans, président élu en 2005 et réélu en 2010, ne peut, selon ses opposants, se représenter sans enfreindre la Constitution de 2005 et les Accords de paix d’Arusha de 2000. Ses partisans arguent du fait qu’il fut élu, la première fois, en 2005, par le Sénat, et non au suffrage universel instauré quelques mois plus tard. Un argument très contestable. Quatorze sénateurs ont demandé, le 29 avril, au Conseil constitutionnel de trancher la question. Problème : tous sont du parti présidentiel.

Une raison ethnique encore comme explication ?

Pourquoi cet acharnement de Pierre Nkurunziza à rester au pouvoir dans un petit pays pauvre qui n’est en paix que depuis 2006 après avoir connu une terrible guerre civile qui a fait plus de 100 000 morts ? Les Burundais sont majoritairement hutus, mais leurs responsables, l’armée, la police, la gendarmerie, ont longtemps été majoritairement composés de Tutsi. Nkurunziza est le deuxième président hutu du pays. Le premier, Melchior Ndadaye, régulièrement élu en 1993, fut assassiné après quelques mois de pouvoir.

Derrière les portes de l’Évangile…

C’est à la suite de cet assassinat que le jeune Pierre Nkurunziza, à 32 ans, s’engagea dans les rangs d’une milice hutu nouvellement créée. Plus tard, l’ancien rebelle sera condamné à mort pour terrorisme puis gracié. C’est après avoir réchappé à la mort à la suite d’une grave blessure au maquis que Nkurunziza devient un évangéliste fervent. Son épouse était déjà liée à des églises évangélistes américaines et australiennes qui vont le soutenir financièrement. Depuis son élection, le chef de l’État passe chaque jour plusieurs heures en prière. Et sur les stades de sport. Ancien professeur de gymnastique à l’université de Bujumbura, chaque mercredi, il fausse compagnie à ses ministres pour disputer un match dans l’équipe de l’Alleluia Football Club de Bujumbura.

Catastrophe en vue ?

Comment ce président atypique, évangéliste qui estime avoir une mission à remplir dans son pays, envisagerait-il de quitter son poste ? Il semble prêt à tout pour y demeurer. Il se sait soutenu par les Burundais des collines (les ruraux) qui forment la grande majorité de la population. Et il n’a apparemment cure des dizaines de milliers de ses concitoyens qui ont déjà fui au Rwanda et en République du Congo voisines, craignant des massacres ethniques. On raconte des faits troublants à Bujumbura : depuis plusieurs mois, les jeunes miliciens du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, ont reçu des armes et des équipements militaires. L’ONU les accuse déjà d’être responsables des violences de ces derniers mois. En toute impunité.

 

Source: lepoint.fr

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