Au Bénin, le Président Patrice Talon a promis de quitter le pouvoir au terme de son actuel mandat, le dernier selon la Constitution. Cet engagement pris lors d’un sommet de la jeunesse panafricaine pourrait faire du Président, selon les organisateurs, «le porte-parole» de la lutte contre les torpillages des constitutions sur le continent.

Réélu au terme d’une élection présidentielle controversée, en avril dernier, le Président du Bénin Patrice Talon cherche-t-il à faire figure de légaliste en promettant de ne pas s’éterniser au pouvoir?

Au terme du 2e sommet citoyen sur «la bonne gouvernance, l’alternance et la démocratie en Afrique de l’Ouest» tenu les 9 et 10 juillet à Cotonou, la capitale économique du Bénin, le Président Patrice Talon a promis de transmettre le pouvoir à son successeur au terme de son second mandat, en 2026. Patrice Talon a même accepté de recevoir des mains des organisateurs, une stèle, symbole de l’alternance en promettant de porter cet idéal.

«Je voudrais vous garantir que je demanderai une dérogation au protocole d’État pour que le symbole de l’alternance, que vous venez de me remettre, fasse désormais partie des éléments du rituel de passation de charge. J’en prendrai bien soin et je le transmettrai à mon successeur lui-même, en l’invitant à bien lire le chiffre 2 qui est dessus», a déclaré le Président Talon lors de cet événement organisé par la coordination des mouvements panafricains issus de 10 pays de la sous-région (le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Gambie, la Guinée, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo).
Rien d’extraordinaire a priori, puisqu’il ne s’agit que de respecter les termes de la Constitution du Bénin. Sauf que dans une région où des régimes politiques ont pris des libertés avec les limitations constitutionnelles du nombre de mandats présidentiels, s’abstenir de faire sauter ce verrou relèverait presque d’un exploit. Petit pays d’Afrique de l’Ouest où depuis les années 90, la culture démocratique est relativement bien avancée, par rapport à ses voisins, le Bénin a jusqu’ici respecté le critère constitutionnel de la limitation des mandats présidentiels, qui est de cinq ans renouvelable une seule fois. En 2016, le départ du prédécesseur de Patrice Talon, Boni Yayi, au terme de son second mandat, a d’ailleurs été salué par l’opinion béninoise et africaine, alors que beaucoup lui avaient prêté, à un moment, l’intention d’en briguer un troisième.

Fort de ce précédent, le 2e sommet des jeunes panafricains a obtenu du Président Talon l’engagement de quitter lui aussi le pouvoir au terme de son second mandat en 2026.

Ainsi s’ouvre, à partir de cette deuxième édition du sommet, la première ayant eu lieu à Lomé en 2017, une véritable campagne que ces jeunes panafricains comptent dérouler sur le continent, et surtout dans l’espace CEDEAO, contre les troisièmes mandats problématiques.

Leur campagne pointe comme «regrettable» l’expérience de la Guinée Conakry et de la Côte d’Ivoire où les Présidents Alpha Condé et Alassane Ouattara sont parvenus à travers une modification constitutionnelle, à briguer un troisième quinquennat en 2020.

Cette campagne consistera donc, à encourager les chefs d’État au pouvoir à prendre conscience des risques de l’absence d’alternance et d’accepter de passer la main au terme de leur second mandat, conformément à leurs propres constitutions, sans chercher à les amender.

Un acte fort
En adhérant à cet idéal, du moins en ce qui concerne son propre pays, le Président Patrice Talon donne «une première grande victoire à ce combat» selon le coordonnateur du sommet, David Dosseh.

Approché par Sputnik, cet universitaire togolais affirme que «le Président Talon a posé en ce faisant, un acte fort, courageux, patriotique et surtout d’une très grande portée historique».

Et de poursuivre: «l’histoire retiendra qu’il a fait de Cotonou la capitale de la limitation du nombre de mandats présidentiels en Afrique. Ce ne sera pas facile, mais nous attendons que le Président Talon soit notre porte-parole auprès de ses pairs et nous facilite l’accès à certains palais».
David Dosseh espère rallier à sa cause le Président du Ghana, Nana Addo-Akufo, qui est à son deuxième mandat. Celui qui est actuellement le Président en exercice de la CEDEAO devrait d’après la constitution quitter le pouvoir au terme de ce second mandat.

«Pour nous, société civile, il faut aller de l’avant et gagner d’autres alliés à la cause parmi les Présidents en fonction», justifie David Dosseh.

Démocratie vs Développement
Mais tout le monde n’a pas la même perception de la démarche de Patrice Talon. Approché par Sputnik, le chercheur associé au Timbuktu Institute, Wilfrid Ahouansou, estime que l’engagement du Président Patrice Talon est loin d’être une prouesse. L’analyste de ce think tank basé à Dakar rappelle que la promesse du Président Talon relève d’une obligation légale lui incombant, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de respecter la constitution béninoise.

À travers l’acte posé lors de ce sommet, le chef de l’État béninois aspire, donc, à redorer son image, ternie par les nombreuses critiques dont il fit l’objet, poursuit le chercheur béninois.

Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2016 en effet, le Président Talon est accusé par l’opposition et la société civile de son pays de «dérives autoritaires». En octobre 2020, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a même retiré le Bénin de sa liste des «pays sûrs» du fait du nombre élevé de Béninois demandeurs d’asile politique en France. L’élection d’avril 2021 a cristallisé beaucoup de critiques à l’endroit du Président béninois, étant donné que la plupart de ses adversaires n’ont pu se présenter à ce scrutin majeur: certains avaient été «poussés à l’exil», d’autres ont vu leurs candidatures rejetées.

En tout état de cause, Wilfrid Ahouansou estime que le Président Talon devrait arriver à relever deux défis. D’abord, réussir à redonner au Bénin l’image d’un pays «modèle en termes de démocratie». Cela impliquera, notamment, le retour des exilés et la libération des acteurs politiques encore en prison.

«Même si le régime actuel semble faire croire que le développement passe au-dessus des libertés démocratiques, il me semble qu’il tient encore à présenter le pays sous ses plus beaux atouts», a indiqué le chercheur.

Le second enjeu, poursuit-il, est celui relatif à la gestion de sa propre succession. Wilfrid Ahouansou croit, en effet, que l’engagement du Président à ne pas briguer de troisième mandat ouvrira très tôt la voie aux hostilités dans son propre camp autour de l’identité du dauphin qui devrait porter les couleurs de la majorité en 2026.
«Évidemment, les ténors des deux partis qui soutiennent le chef de l’État vont se mettre en ordre de bataille», prévoit-il. Il espère que cet affrontement n’empêchera pas l’exécutif de se concentrer sur la conduite des affaires du pays.

«En tout état de cause, il me semble qu’à l’approche de la fin du second mandat, les personnes qui seront positionnées comme successeurs potentiels du Président Talon seront clairement identifiées», conclut-il.
Reste à savoir si le Président Talon tiendra sa promesse le moment venu. Déjà en 2016 il s’était publiquement engagé à quitter le pouvoir après un seul et unique mandat de cinq ans. Une promesse qu’il n’a pas tenue.

 

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