Il fut son aide de camp puis un maillon de son dispositif sécuritaire. À l’heure où s’ouvre le procès des assassins présumés du leader révolutionnaire burkinabè, Moussa Diallo s’est confié en exclusivité à Jeune Afrique.

 

Des anecdotes sur le « camarade capitaine », il en a des centaines. Toutes en racontent une de ses facettes. Et même si plus de trois décennies se sont écoulées depuis qu’il l’a vu pour la dernière fois, guitare en main sur sa terrasse de Ouagadougou, quelques jours avant d’être fauché par des rafales de kalachnikov,  Moussa Diallo semble intarissable sur ses années au plus près de l’icône panafricaine.

Les souvenirs sont toujours là, bien vivaces. En cette fin d’après-midi chaude de début septembre, derrière les rideaux tirés d’un appartement en banlieue parisienne, l’ancien aide de camp de Thomas Sankara les retrace un à un. Et se livre comme il l’a rarement fait. Libéré du devoir de réserve que lui imposait son statut d’officier, le jeune retraité dit tout ce qu’il sait sur ce funeste 15 octobre 1987, qui a conduit Sankara et douze de ses compagnons sous terre,  à l’abri des regards. « Je ne fais pas ça par gaité de cœur, mais par devoir par rapport à ceux qui sont morts.  Je le fais aussi pour l’histoire. Un pays est fait de ces moments tragiques. Il ne faut pas les occulter mais en parler, pour que les jeunes générations s’en servent », explique-t-il.

Un capitaine fringant au verbe haut

Après avoir été entendu par le juge d’instruction François Yaméogo, qui a mené l’enquête pendant cinq ans sur cette affaire d’État, Moussa Diallo comparaîtra comme témoin lors du procès historique qui s’ouvrira le 11 octobre devant le tribunal militaire de Ouagadougou.  Comme tous les proches de Sankara, voilà plus de trente ans qu’il attend que justice soit faite pour l’assassinat de son ancien « patron ».

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Entre le président révolutionnaire et son cadet,  qu’il choisira comme aide de camp avant d’en faire un maillon de son dispositif sécuritaire, l’histoire fut relativement brève mais intense. Tout commence par une rencontre à Dédougou, en 1982. Moussa Diallo, alors jeune sous-lieutenant de retour de formation au Maroc et aux États-Unis, profite de vacances en famille en attendant son affectation. Au même moment, Sankara y est en résidence surveillée après avoir démissionné avec fracas de son poste de secrétaire d’État à l’Information de Saye Zerbo. Comme beaucoup de jeunes officiers de l’époque, Diallo a entendu parler de ce capitaine fringant au verbe haut et aux idéaux révolutionnaires. Il parvient à le rencontrer. Les deux militaires discutent toute la matinée. En le quittant, le sous-lieutenant Diallo déclare à Sankara qu’il est « prêt à le suivre ».

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Il fut son aide de camp puis un maillon de son dispositif sécuritaire. À l’heure où s’ouvre le procès des assassins présumés du leader révolutionnaire burkinabè, Moussa Diallo s’est confié en exclusivité à Jeune Afrique.   Des anecdotes sur le « camarade capitaine », il en a des centaines. Toutes en racontent...