Un accord provisoire a déjà été conclu avec les Emirats arabes unis. Deuxième producteur d’Afrique, le pays veut ainsi reconstituer ses réserves de change.

 

Le gouvernement a conclu un accord « provisoire » avec la société pétrolière Emiraties National Oil Company (ENOC) basée à Dubaï, a déclaré Kabiru Mahama, conseiller économique du vice-président ghanéen Mahamudu Bawumia.

Le Ghana, deuxième producteur d’or d’Afrique, a demandé la semaine dernière aux grandes sociétés minières de vendre à la Banque centrale ghanéenne à partir du 1er janvier 20 % du métal qu’elles raffinent afin de constituer des réserves de lingots qui serviront à importer du carburant et à réduire la demande de dollars après la chute de 57 % de sa monnaie cette année.

« Nous sommes ouverts à toute société internationale de négoce de pétrole qui serait intéressée, a déclaré M. Mahama lors d’une interview téléphonique le 25 novembre. A partir d’octobre 2023, tous nos besoins en produits pétroliers seront échangés contre de l’or. »

ENOC n’a pour le moment fait aucun commentaire sur cet accord avec le Ghana.

Le Ghana s’efforce de stabiliser son économie et considère le système de troc comme un moyen d’enrayer la chute du cedi, la plus mauvaise performance mondiale parmi les devises suivies par Bloomberg. L’affaiblissement du cedi alimente l’inflation et épuise les réserves de change du pays. Le gouvernement du président Nana Akufo-Addo, qui a perdu l’accès aux marchés financiers internationaux cette année en raison de l’explosion de la dette et des coûts du service des prêts, prévoit de demander aux détenteurs d’obligations internationales d’accepter des pertes sur leurs investissements pour ouvrir la voie à un renflouement du Fonds monétaire international (FMI).

De gouvernement à gouvernement

Dubaï est associé depuis longtemps au commerce de l’or. Mais les Emirats arabes unis (EAU) sont régulièrement soupçonnés de blanchiment d’argent grâce à des failles réglementaires qui leur permettraient d’importer des lingots sortis clandestinement des zones de guerre, allégations rejetées par Dubaï, qui argue que depuis 2021, le commerce de l’or a été intégré au système de déclaration antiblanchiment du pays, géré par le gouvernement fédéral.

« ENOC souhaite nous donner du pétrole raffiné contre de l’or, a déclaré Steve Opata, responsable des marchés financiers à la Banque du Ghana, dans un entretien accordé lundi 28 novembre. En fonction des quantités qu’ils s’engagent à nous donner, nous leur donnerons l’équivalent en or. Il s’agit d’un programme de gouvernement à gouvernement. »

Le Ghana dépense environ 10 milliards de dollars (9,63 milliards d’euros) par an en importations, dont 48 % pour l’achat de carburant. Le gouvernement espère que le troc d’or contre du brut raffiné l’aidera à reconstituer les réserves internationales brutes qui sont tombées à 6,7 milliards de dollars à la fin du mois d’octobre, ce qui ne couvre qu’à peine 2,9 mois d’importations, contre 10,8 milliards de dollars un an plus tôt.

La chute de la monnaie a entraîné une accélération de l’inflation, qui a atteint 40,4 % en octobre. Cela a incité la Banque centrale à augmenter les coûts d’emprunt de 250 points de base pour atteindre 27 %, le niveau le plus élevé depuis plus de dix-neuf ans.

La Banque du Ghana achètera l’or aux sociétés minières en cedis. Le Ghana a commencé à acheter de l’or l’année dernière, pour la première fois en soixante ans, afin de renforcer ses réserves de change. Cette dernière mesure a pour but d’augmenter ces achats. « Si nous la mettons en œuvre comme prévu, elle changera fondamentalement notre balance des paiements », a déclaré M. Bawumia dans une publication sur Facebook. La demande de dollars des importateurs de pétrole « face à la diminution des réserves de change entraîne une dépréciation du cedi et une augmentation du coût de la vie avec des prix plus élevés pour le carburant, le transport et les services publics », a-t-il ajouté.

Source : Le Monde