Félix Tshisekedi a qualifié de “rétrograde” Paul Kagame au cours d’une rencontre avec des jeunes. Les tensions entre les deux présidents font craindre un possible conflit ouvert entre les deux pays.

 

Au cours d’une rencontre le dimanche 4 décembre avec une centaine de jeunes venus de 26 provinces de République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi a appelé ses compatriotes à faire la différence entre le peuple rwandais et le régime de Paul Kagame.

Il a également affirmé que  “Paul Kagame s’enorgueillit d’être un faiseur de guerre, j’aurais honte d’assumer le fait qu’on sème la mort et la désolation, c’est honteux, diabolique”.

Il y a quelques jours, Paul Kagame avait accusé Félix Tshisekedi d’utiliser la crise dans l’est de la RDC  pour retarder les élections. Cette passe d’armes entre les deux dirigeants pourrait déboucher sur une confrontation militaire entre les deux pays, redoute Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’université de Liège, en Belgique.

Cliquez sur la photo (ci-contre), pour écouter l’integralité de l’interview avec Bob Kabamba ou lisez la retranscription ci-dessous.

 

Bob Kabamba  : Aussi bien le président rwandais que le président congolais essaye de mobiliser son opinion publique autour de sa personne, l’opinion publique congolaise pour Felix et l’opinion publique rwandaise pour Paul Kagame.

DW : Et est-ce qu’il ne faudrait pas craindre que cette escalade verbale ne débouche à la longue sur une confrontation militaire?

Ce qui est à craindre, c’est que ce genre de discours vont aller crescendo et chaque fois ça va être une espèce de jeu de ping-pong qui peut dégénérer et aboutir à une confrontation militaire directe. Et alors, à ce moment-là, on ne passerait plus par des supplétifs comme le M23 et là on parlerait carrément de guerre interétatique.

DW : Pensez-vous que le contexte actuel est propice à une confrontation militaire entre les deux pays?

Quand vous vous souvenez, il y a une vingtaine d’années, c’était dans un premier temps des échanges verbaux entre les dirigeants congolais et les dirigeants rwandais. Ensuite, il y a eu des incidents à la frontière et ces faits impliquant la frontière ont débouché sur une guerre ouverte entre les deux Etats. Et donc il est à craindre, effectivement, que le contexte, surtout des événements inopportuns qui peuvent survenir, aboutisse à une guerre interétatique.

 

DW : Malgré leur implication dans le processus visant à ramener la paix dans l’Est de la RDC, beaucoup estiment que les pays de la sous-région, du moins certains d’entre eux, ne jouent pas franc-jeu.

Oui, la sous-région a là un jeu ambigu parce qu’il y a des enjeux économiques majeurs qui sous-tendent les différents rapports qu’il y a entre ces différents pays.

DW : Est-ce qu’on peut s’attendre à ce que certains pays de la sous-région soutiennent l’un des protagonistes en cas d’affrontement militaire?

Certainement que des pays peuvent l’avoir en tête. S’il arrivait que des enjeux soient mis en cause, certainement qu’il y aura des pays qui vont être engagés d’un côté comme de l’autre. Mais dans le contexte actuel, je vois mal les autres pays pour voir s’engager du côté du Congo, même s’ils ont envoyé des troupes sur le terrain.
DW : Il y a la communauté dite internationale, quel rôle joue-t-elle?

La communauté internationale? Elle est, on va dire, au balcon. Elle assiste sans réagir et elle est déjà mobilisée sur d’autres champs, notamment les questions liées à l’Ukraine, notamment les rapports qu’il y a avec la montée en puissance de la Chine. Et donc le Congo devient un business annexe dans l’agenda, par rapport aux autres dynamiques qu’il y a au niveau international.

Source : DW