Le Burkina Faso a été le théâtre d’un coup d’Etat lundi, comme le Mali et la Guinée ces derniers mois. Mais l’idée selon laquelle le sort des peuples du Sahel dépend de l’Elysée relève à la fois d’une illusoire nostalgie postcoloniale et d’un dangereux populisme africain.

 

Editorial du « Monde ». Pour la troisième fois en quelques mois, un président élu d’Afrique de l’Ouest a été renversé par un putsch militaire. Après ses homologues de Guinée et du Mali, le tour est venu, lundi 24 janvier à Ouagadougou, de Roch Marc Christian Kaboré. Le président du Burkina Faso avait été porté au pouvoir en 2015 après que la société civile eut mis fin au long règne de Blaise Compaoré, puis réélu en 2020.

L’instabilité politique n’est pas l’apanage de cette partie de l’Afrique. Mais elle s’y manifeste aujourd’hui, dans le Sahel, dans un contexte marqué à la fois par la déliquescence des Etats, par l’avancée de l’islam djihadiste et par la remise en cause de l’influence française.

Les événements de Ouagadougou, tout comme l’attaque perpétrée par des djihadistes, qui a coûté la vie, samedi 22 janvier, au brigadier Alexandre Martin, 24 ans, à l’intérieur même de la base militaire française de Gao, à l’est du Mali, constituent deux nouveaux revers pour la stratégie française d’intervention au Sahel censée aider les Etats de la région à se renforcer pour assurer la sécurité des populations face au terrorisme. Neuf ans après le début de l’intervention militaire, les zones contrôlées par les djihadistes se sont étendues, les Etats ont continué de s’effondrer et la colère de monter contre la présence française.

L’instabilité accrue de la région signe aussi l’échec de l’action des Nations unies, qui déploient sans grand résultat pas moins de 13 000 casques bleus au Mali. L’idée de s’appuyer sur les militaires des pays de la région dans le cadre du G5 Sahel se heurte à la faiblesse des armées concernées et à leurs conflits avec les gouvernements élus. Plus profondément, la dégradation de la situation signe l’impasse d’une stratégie politique internationale focalisée sur la tenue d’élections, fermant les yeux sur le caractère artificiel des partis, les entraves à la liberté d’expression et la corruption.

Double langage

Mais la descente aux enfers de l’Afrique de l’Ouest n’est nullement un phénomène exogène. Si la France, inspiratrice et soutien des institutions dysfonctionnelles des Etats concernés, y a sa part, si l’Europe pourrait se mobiliser davantage, si les Nations unies devraient se montrer plus attentives à la montée des sociétés civiles, la responsabilité du chaos revient en premier lieu aux dirigeants africains eux-mêmes. Soixante ans après la décolonisation, ils n’ont pas su construire un modèle politique et de développement adapté aux spécificités de leurs sociétés.

Trop souvent un double langage à l’égard de l’ancienne puissance coloniale leur tient lieu de politique, oscillant entre l’appel à la rescousse (comme au Mali, en janvier 2013, face à l’avancée des djihadistes) et la dénonciation – au choix – de l’ingérence ou de l’abandon. L’attitude de la junte au pouvoir à Bamako, qui poursuit officiellement sa coopération avec l’armée française tout en soutenant des manifestations de rue antifrançaises et en accueillant les miliciens du groupe privé russe Wagner, en est l’illustration. Quant au putsch au Burkina Faso, il s’explique largement par l’intense corruption qui prive les militaires envoyés au front contre les djihadistes des équipements, des munitions, et même des vivres indispensables.

L’idée selon laquelle le sort des peuples du Sahel dépend de l’Elysée relève à la fois d’une illusoire nostalgie postcoloniale et d’un dangereux populisme africain. Aux dirigeants français mais aussi à leurs homologues africains de démentir cette rhétorique révolue.

Source : Le Monde
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Le Burkina Faso a été le théâtre d’un coup d’Etat lundi, comme le Mali et la Guinée ces derniers mois. Mais l’idée selon laquelle le sort des peuples du Sahel dépend de l’Elysée relève à la fois d’une illusoire nostalgie postcoloniale et d’un dangereux populisme africain.   Editorial du « Monde ». Pour la...