La Conférence régionale sur la population et le développement en Afrique a pris fin, dans l’après-midi du vendredi 4 octobre 2013, à Addis-Abeba, en Ethiopie, avec à la clé une déclaration sur l’avenir du continent.

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L’accouchement de la déclaration d’Addis-Abeba sur la vision de l’Afrique en matière de population et développement a été des plus difficiles. La Conférence des ministres qui devait l’adopter, dans l’après-midi du vendredi 4 octobre 2013, au plus tard à 15h, heure locale (moins 3 GMT), a dû jouer 5h de prolongation. Et malgré tout, la séance a été levée, sans le consensus recherché, laissant un goût d’inachevé à la rencontre, selon certains délégués, à l’image de ceux de l’Algérie.
En effet, un pays comme le Tchad n’a pas donné son quitus à la déclaration, une dizaine d’autres, a émis des réserves. Trois paragraphes (voir encadré), sur environ 90 que compte la déclaration, ont cristallisé les divergences, en dépit de leur relecture. Parce qu’un comité dit informel s’était retiré, entre temps, afin de trouver une formulation consensuelle. Plus de 2 h après, à la reprise de la session plénière, les contradictions ont repris de plus belle. Les détracteurs ont estimé que les paragraphes concernés donnent à interprétation. Toute chose qui, selon eux, pourrait laisser la brèche à des revendications de libertés contraires à l’éthique, ainsi qu’aux textes réglementaires de leur pays.
Le secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Carlos Lopes, a rassuré les protestataires que la déclaration, si elle doit s’imposer aux Etats, le sera toujours dans la limite des lois et politiques nationales. Il a aussi expliqué que le libellé des paragraphes rebutés est inspiré de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, pourtant adopté par les chefs d’Etat. M. Lopes a été soutenu dans son argumentaire par le président de séance qui, in fine, a mis fin aux débats. Le maître des lieux a fait savoir que la déclaration est supposée adoptée et que les réserves et autres formes d’opposition seront consignées dans le procès verbal. A ceux qui ont dit craindre pour la crédibilité d’un texte assorti de nombreuses réserves, il a relevé la difficulté d’obtenir une adhésion totale à toutes les dispositions d’un document comme celui-ci.
Toutefois, si le diable est resté dans certains détails, l’essentiel de la déclaration d’Addis-Abeba sur la population et le développement en Afrique après 2014, a reçu une grande approbation des ministres du continent. Ils ont, à l’unanimité, engagé leurs gouvernements respectifs, à garantir la dignité et l’égalité humaine. Cela doit passer, selon la nouvelle vision de la CIPD, par des stratégies nationales efficaces pour éradiquer la pauvreté, assurer l’autonomisation des jeunes et des femmes, par le biais d’un enseignement et d’une formation professionnelle adéquats aux besoins du marché du travail. La dignité, a-t-on mentionné dans la déclaration, fait également appel à des emplois durables et décents, à des politiques et programmes de protection sociale, à une culture de respect de la personne âgée, etc. Le volet santé du document porte, notamment, sur des engagements à renforcer les systèmes de santé, élargir l’accès universel à des services de santé sexuelle et reproductive, y compris ceux relatifs à l’avortement.

Localisation et mobilité

Un axe entier de la déclaration est consacré aux questions de « localisation et mobilité ». A ce point, les gouvernements se disent prêts à intégrer la problématique des migrations dans les plans et stratégies nationaux de développement, faciliter la libre circulation des personnes à l’intérieur des pays et entre les pays, mettre en place une planification urbaine proactive et innovante, et promouvoir l’utilisation durable de l’environnement. Afin de mener à bien ces différentes orientations, les ministres se sont engagés à améliorer le mode de gouvernance. Ainsi, ils ont décidé de prendre en compte systématiquement la dynamique de la population dans la planification du développement aux plans national et local, de créer des institutions compétentes, de mettre en œuvre des politiques qui garantissent la participation effective de la société toute entière. La Conférence a par ailleurs indiqué la nécessité pour les Etats à disposer de données et de statistiques fiables, par un système d’état civil fonctionnel et des recensements nationaux réguliers. L’ensemble de ces défis qui se profilent à l’horizon post-2014 pour l’Afrique, sollicitent un partenariat avec tous les acteurs du développement aux niveaux local, national, continental et international.
La déclaration de la capitale éthiopienne se veut une réaffirmation du continent en ce que les buts et objectifs du programme d’action de la CIPD restent importants pour réaliser une croissance inclusive et un développement durable, ainsi que la paix et la sécurité. Pour le secrétaire exécutif de la CEA, Carlos Lopes, elle doit susciter un regard nouveau sur/et pour l’Afrique. Caricaturant le cadre familial, il a affirmé : « De la même façon que les parents doivent prendre soin de leurs enfants et souhaiter le meilleur pour eux, l’Etat doit faire autant pour ses filles et fils, surtout les jeunes. Et ce rôle incombe, en premier, aux dirigeants ».
Le directeur exécutif du Fonds des Nations unies pour la population, Babatunde Osotimehin, lui, a dévoilé le chemin qui reste à parcourir par la déclaration. En effet, elle sera présentée à la Commission de la population et du développement en avril prochain, puis à une session extraordinaire de l’AG des Nations unies qui se tiendra le 22 septembre 2014. Tout comme l’examen des autres régions du monde.

Koumia Alassane KARAMA 

Source: Sidwaya

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