Le président de l’Assemblée nationale est connu et élu sur un score presque sismique. On peut dire qu’il a été aussi bien élu que le président Kéita lui-même. Pourtant les deux victoires n’ont pas entraîné les mêmes réactions. Pour Ibrahim Boubacar Kéita, on a chanté et dansé dans les rues. Pour Issiaka Sidibé, l’enthousiasme fut bien moins important.

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Peut-être parce qu’un président de la République et un président de parlement, ce n’est pas le même coefficient ? Indiscutable. Mais il y a aussi que l’élection de Sidibé a réveillé les jugements qui s’étaient un peu tassés depuis la nomination du gouvernement de Oumar Tatam Ly.  Comme on l’a vu, la capitale s’est très peu intéressée au parcours du nouvel occupant du perchoir, et n’a pas tenu compte des critères pour lesquels le Rpm a justifié le choix de Sidibé à la place de Abdouramane Niang -Sidibé est un apparatchik, un « historique » par rapport à Niang- Le fait le plus retenu, le plus cité, qui a agacé certains et révolté d’autres, est le lien entre Sidibé et son gendre, le fils du président Kéita. Karim Kéita donc, député lui-même dont la candidature a fait couler beaucoup d’encre. Sur cette candidature, la question n’était pas que Karim Kéita n’en avait pas le droit constitutionnel. Mais c’est que c’était inédit, ça survenait après l’épisode du gouvernement où le président est accusé d’avoir placé deux ministres de sa famille élargie, et puis l’exemple d’un autre Karim, fils de président lui-aussi qui avait cristallisé sur lui les regards et pas des plus sympas était trop proche. Il n’en fallait pas plus pour que la carte et l’élection de Issiaka Sidibé soit vue comme un casus belli, une preuve de plus que le président de la République ne roule que pour sa famille.  Procès en sorcellerie, adversité de mauvais aloi ou non, l’accusation est grave. Elle relève du genre d’affaires qui importent non pour leur véracité mais pour la perception qu’elles laissent et qui peuvent être exploitées. D’ailleurs, de nombreux internautes –ceux que le Président a salués dans son message de nouvel an- ont fait le parallèle entre le cas Karim et celui de Jean Sarkozy. A tort bien entendu, mais c’est la perception qui compte, comme nous le redoutions plus haut. C’est dire que le Président Kéita doit faire plus attention dans les occasions ou les procédures de recrutement dans un pays qui survit, non par le salaire, mais par la redistribution. Plus la base de recrutement est large, plus la société s’y reconnait. Et c’est une affaire vitale. Il suffit de réaliser que le communiqué du Conseil des ministres est l’événement le plus suivi du pays. Ce n’est pas pour les communications verbales mais pour les nominations.  Il y a d’autres défis bien sûr, y compris les process -c’est-à-dire le circuit par lequel les décisions sont prises- Mais rien n’entamera aussi vite le capital du président que la distribution des postes. Le cas échéant, ce serait dommage. Ibrahim Boubacar Keita était peut-être dans l’avion quand Mamani Kéita, l’artiste disait au micro de Rfi qu’il était le candidat de son cœur même si faute de carte Nina, elle n’avait pu voter. Combien de Mamani Kéita étaient t-elles dans cette situation, n’ayant pas le droit de voter mais penchant fortement pour Ibk dont les enjeux de 2013 avaient fait le recours plutôt que le candidat ? On a aussi  pu mesurer, le 28 juillet lors du premier tour, l’engouement de vieilles personnes aidées de leurs béquilles et demandant, sur le lieu de vote, qu’on leur montre l’image du « Malinké ». Tout cela a donné un grand moment d’histoire dont le pays auto-dévalué avait fort besoin : une mobilisation sans précédent ici même si elle ne vaut pas le score de pays comme la Guinée ou la Côte d’Ivoire ; un score pour Ibk qui est simplement un plébiscite ; et un esprit de fair-play du malheureux finaliste Soumaila Cissé d’une rare originalité. En 2013,  plus que les exploits de ses communicants, c’et son charisme, son parcours, sa réputation de fermeté et son sens patriotique qui ont valu au président Keita d’être où il est aujourd’hui. Et plus que tout cela, c’était l’espérance placée en lui par ses compatriotes. L’heureux élu ne l’aura pas perdu de vue : toutes ses adresses mentionnent sa gratitude à l’égard de l’électeur et sa conscience des mobiles et des enjeux de son élection. Depuis, Ibk, s’il a une intelligence fiable de la ville, sait que son droit à l’erreur s’épuise.
Adam Thiam

Source: Lerepublicainmali