La diplomatie malienne est-elle en train de renaitre de ses cendres et renouer avec les années fastes de dynamisme qu’on lui a connues, au début des années 1960 et à la fin des années 1980 ?

 

Selon les connaisseurs, la première période de ce dynamisme s’ancre dans les premières années d’indépendance avec une offensive tous azimuts pour les diplomates de l’époque, sous l’impulsion et le charisme de Modibo Keïta, à la fois pour faire entendre la voix du nouvel État sur l’échiquier mondial et pour résister à la tentation de s’aligner sur un des blocs de la Guerre froide.

La fin des années 80 a été une autre phase de vitalité diplomatique marquée par les efforts dans la résolution du conflit avec le voisin burkinabé et le rôle avant-gardiste de la lutte contre l’apartheid, pour une véritable libération et une décolonisation africaine sur la ligne de front en Afrique australe.

« Après son indépendance en 1960, le Mali s’est doté d’une diplomatie orientée vers la politique de bon voisinage, des relations bilatérales avec les autres pays d’Afrique non frontaliers du Mali et la promotion de la paix dans le monde », renseigne dans ce sens le site du département des Affaires étrangères dans un texte d’accueil sur la politique extérieure du Mali.

En cette année 2021, la Transition qui se déroule dans le pays depuis les évènements d’août 2021 a connu un virage dans la ligne diplomatique du Mali, à partir du mois de mai 2021, dans sa phase appelée «phase de rectification de la trajectoire de la Transition».

Cette rectification, au-delà des changements institutionnels majeurs notés au niveau de la présidence et du gouvernement, impose aussitôt une véritable mue dans la conduite de l’action publique autant sur le plan national que sur le plan international. Insistons sur le plan international pour dire clairement que la diplomatie malienne en est le vecteur central tant elle a amorcé un virage dynamique qu’on ne lui a pas connu.

On est déjà loin de 2012-2013 où bon nombre d’acteurs de l’époque (mouvements rebelles, groupes islamistes et partenaires étrangers) menaient le jeu sinon la danse devant une aphonie totale des autorités nationales. Qui n’entendait pas le reproche fait au Mali de « perdre la bataille de la communication» et de ne pas avoir de parole à porter dans la crise complexe que traversait le pays ?

Le chef de la diplomatie dans le gouvernement de la Transition actuel démontre a souhait que les diplomates de notre pays savent intelligemment adapter notre doctrine diplomatique basée sur le dialogue avec tous les partenaires dans une relation de respect mutuel et avantageux, quelle que soit la conjoncture.

Dans un contexte où le Mali est au centre du jeu, le pays ne peut nullement rester dans la périphérie, comme nous avons dû le vivre au cours de la décennie dernière. Il y a quelque jours, Abdoulaye Diop l’affichait clairement sur le plateau de la chaine publique marocaine d’information Medi 1 TV, en marge d’une visite mémorable dans ce pays: «Au Mali aujourd’hui, à travers notre diplomatie, nous voulons être davantage à l’offensive : aller voir nos frères, nos amis, leur expliquer la situation pour qu’ils puissent être en soutien», confiait-il.

Du Rwanda au Maroc, en passant par Accra, Dakar, Alger, Madrid, en si peu de temps, le nombre de pays que le ministre Diop a parcourus devrait être record dans les annales du département quand on sait que ces déplacements sont moins dans l’ordre de la représentation classique, comme le cas des conférences et fora, que pour porter des messages directs du président de la Transition aux pays amis, dans un contexte de suspension du pays des instances comme l’Union africaine et la Cedeao.

Le Mali a longtemps mobilisé ses diplomates à éteindre le feu chez les autres, mais à l’heure où l’incendie se déclare dans la maison, il faudrait bien que les diplomates maliens portent l’eau.

Le récent discours retentissant du Premier ministre à la tribune des Nations unies a retenti dans le ciel des relations internationales, précisément en ce qui est d’un théâtre sahélien sur lequel intervient des acteurs venus des cinq continents. Le discours diplomatique policé qu’on connait doit prendre quelques graines de piment quand c’est nécessaire, face à un certain nombre de partenaires dont le discours peut être diffus, au risque de mettre en péril l’avenir immédiat du pays et détruire son image auprès de bien d’autres amis. Face à cela, la diplomatie malienne a changé de ton et de posture, dans le respect de l’autre, mais avec fermeté et clarté.

Le rappel à l’ordre d’ambassadeurs ou de porte-voix de pays ayant porté atteinte à l’image du Mali, les réactions instantanées par voie de communiqué de presse, les réponses beaucoup plus courtoises face à des déclarations paternalistes et discourtoises de certains partenaires sont autant d’actes qui viennent illustrer le nouveau visage, disruptif à tout point de vue, de la diplomatie malienne.

Ce nouveau virage, tout en pragmatisme, ne devrait contrarier en rien l’engagement permanent du Mali à traiter avec tous les pays qui entendent l’accompagner dans la situation difficile qu’il traverse. Il doit rappeler à tous ces partenaires, que c’est en ces heures difficiles, que le peuple malien saura voir clairement le ligne de démarcation entre les amis et les adversaires, entre les soutiens et les pourfendeurs, entre les partenaires et les rivaux.


Alassane SOULEYMANE
Journaliste

Source : L’ESSOR

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La diplomatie malienne est-elle en train de renaitre de ses cendres et renouer avec les années fastes de dynamisme qu’on lui a connues, au début des années 1960 et à la fin des années 1980 ?   Selon les connaisseurs, la première période de ce dynamisme s’ancre dans les premières années...