Nous constatons depuis des années un recul du taux de participation aux échéances électorales au Mali. Ce faible taux s’explique par la perte de crédibilité des hommes politiques et le recul des principes démocratiques et de l’Etat de droit qui ont été acquis dans le sang à la suite des événements de Mars 1991. C’est ce qui explique également la réticence de beaucoup de Maliens quant à l’organisation des élections initialement prévues en février 2022. Cette partie de la population juge insuffisants, les efforts démocratiques faits depuis l’avènement du multipartisme au Mali et sont favorables à une prolongation de la transition dont la durée fait état de discorde d’une part entre les autorités de la transition et la classe politique malienne et d’autre part entre les autorités et la Cédéao. Les sanctions économiques prises le 9 janvier par l’Uémoa, entérinées par la Cédéao risquent de détériorer davantage les relations avec la Cédéao et le tissu social.

 

Le retour à l’ordre constitutionnel semble être, la seule préoccupation de la Cédéao et des partis politiques au Mali tandis que sur le plan sécuritaire, beaucoup reste à faire. Les conclusions des ANR qui devaient permettre d’établir un nouveau chronogramme électoral et de fixer le délai de la transition n’ont pas été acceptées par la Cédéao qui s’est réunie en sommet extraordinaire le 9 janvier à Accra au Ghana suite à la proposition du gouvernement de prolonger la transition de 5 ans à partir du 1er janvier 2022.

Certains partis politiques et mouvements de la société civile dont le Cadre d’Echanges des Partis et Regroupements politiques pour une Transition Réussie et d’autres partis politiques et regroupements, ayant refusé de participer aux ANR, ont rejeté ces conclusions et le nouveau chronogramme assorti à l’issue de ces Assises, qui selon eux, « étaient une manœuvre dilatoire pour les autorités de la transition afin de se maintenir au pouvoir » et s’opposent à toute prolongation. Si depuis le 18 août 2020, le Mali a échappé aux sanctions économiques de la part de la Cédéao, la tension diplomatique entre les autorités actuelles et l’organisation communautaire est montée d’un cran depuis un moment. La Cédéao est passée à la vitesse supérieure en gelant les avoirs au sein de la Bcéao, la fermeture des frontières des Etats membres et la suspension des transactions à l’exception des produits médicaux et de première nécessité.

Ces sanctions émanent d’une volonté manifeste de l’institution sous régionale de mettre la pression au maximum sur les autorités de la transition notamment avec le rappel des ambassadeurs des pays de la Cédéao présents au Mali, qui est tentative de rupture des relations diplomatiques et d’isolement du Mali, qui traverse des situations déjà délicates du point de vue sécuritaire, économique et sociopolitique. L’impact de ces sanctions pourrait aller au-delà du Mali.

Le Mali représente la principale destination des exportations du Sénégal et de la Côte-d’Ivoire au sein de l’Uémoa et les pays côtiers constituent des points de passage des marchandises destinées au Mali. Les chefs d’Etat de la Cédéao doivent prendre en compte la mesure de la gravité de la crise malienne et agir en conséquence. Celle qui était considérée comme un rempart, joue sa crédibilité aux yeux de l’opinion publique ouest africaine qui est de plus en plus critique envers cette institution depuis un bon moment suite à la gestion de la question de 3eme mandat de certains chefs d’Etat de la Cédéao.

Il est impératif de trouver une issue favorable à ce bras de fer car le terrorisme ne connait pas de frontières.

 

Bah Traoré

(Etudiant à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar)

SourceMali Tribune

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