Notre drame est de ne pas beaucoup nous connaître, ce que d’autres savent de nous dépassent nos propres connaissances et considérons  que cette insuffisance chez nous est leur atout pour nous recoloniser, nous dominer. C’est de bonne guerre et le monde a été ainsi fait depuis la nuit des temps, au détour de guerres et de conquêtes, à la recherche de plus de territoires, plus de richesses et plus de pouvoirs. Rome, la Grèce, les Vikings, Bysance, la Mésopotamie, l’empire Ottoman, Waterloo, la Guerre de sécession américaine, les deux guerres, Iran-l’Irak, les guerres de Corée et du Golfe, l’Afghanistan, la Syrie, Mali Burkina, Soudan, Éthiopie et Érythrée, Libye, Yémen, etc., les guerres ont ainsi façonné la marche du monde et prennent des formes différentes au fur de l’évolution du monde. Il faut simplement que nous ouvrions les yeux.

Oui la faute, c’est pas les autres mais c’est avant tout, d’abord et surtout nous ! Et nous ne nous en relèverons que par la prise et l’éveil des consciences. C’est cette inertie que les autres exploitent. L’occident est venu nous coloniser à la fin du 19e siècle sans nous demander notre avis. Il a investi nos terres au nom de l’exploration, d’évangélisation, de la civilisation et le tout est devenu colonisation. La 2e guerre mondiale lui a fait mettre de l’eau dans son vin et à lâcher la bride avec quelques libertés assorties d’indépendance. Mais quelle indépendance ? Le trompe l’œil a été de faire signer des accords coloniaux sous le boisseau, d’installer un cycle de coups d’états dévastateurs dans des fragiles Etats, le tout dans la belle ambiance de la guerre froide. Et lorsque ce système commençait à le fatiguer, il instauré les auustelebts structurels, il fait chuter le mur de Berlin pour faire souffler un vent artificiel de démocratie. L’Afrique mal préparée à ce nouveau cycle politique comme elle l’a été pour l’indépendance doit devoir changer de mode de gouvernance calquée sur l’autre, au détour de conférences nationales saupoudrées et de constitutions copiées collées de l’ex colon. 30 ans après, c’est toujours l’îlot de désespoir pour les systèmes éducatifs, sanitaires, judiciaires à quelques exceptions près qui confirment hélas la règle.

Alors empêtrée dans son incurie démocratique, revoilà l’Afrique se débattre contre le terrorisme, sans visage, sans foi, sans père, sans mère, sans famille. Nos armées mises  ensemble, avec celles des nations étrangères venues à la rescousse valent 100 000 hommes, ceux sur le terrain et ceux  restés dans les casernes et qui peuvent être projetés à tout moment. Hélas avec des armes de dernière génération, drones, satellites, armes nucléaires, ils ne parviennent pas à buter de simples porteurs de kalaches souvent désaffectées et  d’EEI artisanaux. Cent mille hommes ne  parviennent pas à bout de 500 hommes, des hommes comme venus de planète inconnue à la force surnaturelle inconnue du terrien. Et par-dessus tout, aucun traçage des armes capturées pour remonter à la source d’approvisionnement, aucune enquête sur les insurgés capturés pour remonter aux sources de financement. Ils doivent bien venir d’une autre planète ces gens et tout est Indétectable chez eux. Autant recourir à la technologie de Tracfin qui s’active dès que la source d’un centime sur le revenu bancaire n’est pas justifiée.

Pendant ce temps, les dents du terrorisme ont remplacé celles du Sahara, de l’Atlantique et de la Méditerranée pour engloutir ou broyer la jeunesse africaine. L’ethnie peulh, d’une culture riche, d’apport social certain pour nos pays, connue des études ethnographiques coloniales  pour sa fierté, son orgueil et son ardeur belliqueuse est utilisée, instrumentalisée avec l’enduit religieux sachant qu’elle est la plus ancrée dans l’islam rigoriste. Elle est le meilleur instrument d’instauration d’une guerre civile larvée. Qui mieux qu’avec le voisin dogon à la population dense et nombreuse comme les peulh sur une aire géographique réduite. Voilà le beau tableau de fond d’une guerre agriculteurs-éleveurs que la justice fébrile du jeune état malien n’a jamais su endiguer lorsque l’Etat avait un semblant de stabilité à fortiori au moment où il est dans l’agonie. Cette confrontation a le triple effet de la désagrégation de la cohabitation sociale, du déplacement des populations et aussi de la réduction par les tueries de masse.

Nos amis venus nous aider regardent et ne se mêlent pas de nos problèmes au nom de la non-ingérence qui ne doit pas être confondue avec la non intervention qui aurait vu l’état malien disparaître.

Oublié l’ami français venu libérer les régions  du nord, mais avec dans la  sacoche un cadenas béton pour les portes de Kidal dont elle seule a le code de déverrouillage.

Dans ce tableau de chaos, après les chaudrons de l’Adar, du centre, voilà les 3 frontières. La malice vaut son or que de remplacer la dénomination du  Liptako Gourma par les 3 frontières. Liptako Gourma a rappelle l’attachement social et culturel du Mali, du Niger et du Burkina à cet espace commun et peut avoir des relents nationalistes et ‘’souvairenistes’’  partagés entre les 3 pays. Alors des officines éloignées vont avoir l’idée lumineuse de proposer les “3 frontières”, un nom artificiel, impersonnel et qui sonne neutre. Dans une zone peu peuplée et grande comme la France, les 10 000 hommes se battent contre 300 personnes et dans l’impuissance totale à les anéantir quand les drones amis ne tirent pas sur des jeunes innocents qu’ils sont censés protéger. De la même manière l’organisation “des pays du champs” concoctée à la fin des années 2010 par l’Algérie pour prévenir la montée péril terroriste a été supplantée par le G5 avec l’Algérie en moins et le Tchad en plus. On veut lutter contre le terrorisme dans l’Algérie, grand voisin du Nord de l’espace G5 et de la Cedeao. Bizarre, non ? Aujourd’hui, on peut confondre nos malheureuses populations à ces ovni terroristes difficilement identifiables. Et bonjour les bavures contre  nos frères, pères, culturellement toujours enturbannés, qui ne peuvent plus prendre les motos troqués depuis un dizaine d’années contre les  motos chinoises, pour aller dans les campements derrière leurs animaux si un drone ne les confond pas aux terroristes.

Voilà un tableau  bigarré de ce que nous vivons.

Nous ne dirons pas que la faute c’est les autres. Nous sommes avant tout fautifs par nos vilains actes contre nos nations. Fautifs par nos égoïsmes dans la course à l’enrichissement personnel, à la corruption, au népotisme et à l’obscurantisme à 3 degrés: politique, idéologique et religieux. C’est la gangrène qui nous empêche d’avoir la seule solution par laquelle il faut sortir la tête de l’eau: le leadership. Nous manquons plus que jamais de leaders et donc d’homme d’Etats comme les pères des indépendances. L’homme d’Etat, à mon avis, c’est celui qui utilise les faveurs du jeu politique pour accéder à une parcelle de pouvoir et travailler à la prospérité de ses concitoyens et au bien-être des générations futures, en s’oubliant un peu, se contentant de ce que le pays lui donne sans trop demander à ce dernier.

Oui la faute, c’est nous, car avant d’accuser l’autre, tâchons d’être irréprochables. Les autres viennent pour leurs intérêts, c’est certain mais nous allons aussi leur réclamer une part de leurs richesses, de leur savoir, de leurs techniques et technologies. Pouvons-nous les empêcher de venir chercher à leur tour ce que nous possédons ? Dans ce monde ouvert, c’est impossible. Il faut juste fixer les règles et les maîtriser, fixer les limites du faisable de l’infaisable, du possible et de l’impossible.

En un mot, ouvrons nos yeux, sortons de notre hibernation, usons de nos intelligences, de nos liens et de notre communauté de destin pour dire à nos amis la façon que nous voulons qu’ils nous aident et pas nous dire la façon qu’ils veulent nous aider. Celui qui fixe les règles du jeu  détient toujours le contrôle du jeu.

Ouvrons les yeux au Mali et au Sahel

Sentiments fraternels

ASM

Source: Soleil Hebdo

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