Principale préoccupation des Sahéliens depuis le basculement de la zone dans une spirale infernale de violences, la Sécurité serait-elle devenue un mirage ? Toujours scrutée du regard, difficile à saisir, et surtout d’une barbarie inouïe, la résolution de la pénible équation du terrorisme et de l’extrémisme violent, est le défi du 21ème siècle pour les populations du Sahel. Depuis plusieurs jours, des sources, parmi lesquelles le Secrétaire général du MSA, et membre du CNT, Moussa Ag Acharatoumane, font état d’une mobilisation sans précédent de l’EIGS dans la zone dite des trois frontières, au grand dam des populations locales.

La zone des trois frontières serait devenue un No Man’s land sécuritaire. Craint de longue date par les populations locales et aussi par les observateurs des enjeux sécuritaires au Sahel, la zone serait devenue l’objet de convoitises de groupes terroristes armés, en l’absence de toute représentation étatique. A la rivalité farouche entre les mouvances d’AQMI et l’EIGS succède désormais une guerre ouverte sans merci, dont les victimes principales sont les populations locales. Lorsqu’elles ne subissent l’oppression des terroristes, elles sont dans l’obligation d’abandonner leurs gîtes pour des contrées lointaines où vivres et quiétude sont incertains. Les cris d’alertes se multiplient, non seulement auprès d’ONG humanitaires mais aussi par des ressortissants de la zone. Ces derniers, très souvent, se plaignent de l’image erronée qu’ont souvent leurs compatriotes des grandes villes par rapport aux réalités sécuritaires d’une grande partie des zones concernées.

Selon une information du secrétaire du MSA, qu’il a partagée sur son compte Twitter, de nombreux étrangers, principalement des ressortissants des pays du Golfe mais aussi des maghrébins, affluent en masse dans la zone. Une information qui, trouve écho, dans bien d’autres sources telles que l’Agence APA News. L’objectif pour l’EIGS serait d’être le maitre incontesté de la mouvance extrémiste religieux dans la zone, et par la même occasion, redorer son blason de multinational dans la même rengaine, après qu’il eut perdu de sa superbe au Proche et Moyen-Orient.

Vers un autre chapitre d’enlisement sécuritaire au Sahel ?

Il est à craindre que la lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel ne s’embourbe dans les sables mouvants d’une stratégie unijambiste qui ne mise que sur le tout militaire, mais aussi d’une stratégie solitaire, puisque les pays de la zone, à cause de l’instabilité institutionnelle et politique, ne parviennent pas à faire de leur union une force. Face à cela, les mouvances extrémistes ne peuvent que prendre de l’ampleur sur un terrain qui leur est favorable (vastes ensembles de territoires peu peuplés et une absence notable de l’Etat).

Cependant, face à cette implacable vérité, nos gouvernements doivent tenir le langage de la vérité. Le Capitaine Ibrahima Traoré, aura fait un grand pas dans ce sens, lorsqu’il renvoya les burkinabè face à leurs responsabilités. Il aura dit, sans ambages, que le plus clair du territoire du Burkina Faso échappe au contrôle de l’Etat. Il a ajouté que des efforts considérables, et des sacrifices sans limites, devront être consentis afin de redresser des années de laisser-aller. De plus, il faudrait surement se faire à l’idée que, par endroits, nos frontières sont factices. Ce sont les mêmes populations de part et d’autre, mais aussi, les mêmes terroristes qui y sèment la terreur. Une nouvelle cartographie au niveau de la stratégie militaire s’impose afin de cerner les contours réels de la menace terroriste. Les armées régionales devront mutualiser leurs efforts dans cette optique. Dans la région, sur le plan opérationnel, tous les représentants des forces de l’ordre devront être d’une seule et même nationalité.

Ahmed M. Thiam

Source: L’Alternance