Qu’est qui peut bien expliquer cette nouvelle montée de tension dans les trois régions du nord du Mali. Explication.

Rebelle militaire

Des délégués des rebelles touareg participent à une réunion de médiation sous l’égide du Burkina Faso, à Ouagadougou le 10 juin 2013
© AFP

Nul ne sait quand prendront fin les agissements des islamistes dans les trois régions du nord  devenues repères des terroristes. Au moment où s’annoncent des négociations, la violence a repris le dessus dans la zone,  montrant que les groupes terroristes sont encore bien capables de frapper fort et demeurent maîtres des lieux, malgré le démantèlement de leurs bases.

En attendant que les services de renseignement fouillent jusqu’au fond des tentes nomades, nous sommes en face des limites de l’opération Serval et de toutes ces forces armées présentes au nord. Personne n’a rien vu venir des attaques à l’arme lourde la semaine dernière, suivies de fusillades, et du sabotage d’un pont en début de cette semaine.

Rien ne montre qu’il s’agit d’actes coordonnés comme à l’époque où les groupes armés ont décidé de lancer l’offensive sur la localité de Konna en janvier dernier. Pourtant, les attaques récentes menées par le MUJAO et AQMI se sont perpétrées dans la foulée des attaques par Ançar Dine à Kidal contre l’armée nationale.

Si les groupes terroristes sont capables de commettre des attaques dans les trois régions du nord pour les revendiquer ensuite, c’est qu’ils peuvent planifier leurs actes sans difficulté. Mais ce n’est pas un hasard de calendrier si ces évènements surviennent maintenant.

Les islamistes savent que les négociations qui s’ouvriront bientôt entre les autorités maliennes et les groupes armés du nord laisseront peu de places à leurs aspirations religieuses. Le but des derniers actes de violence au nord est de montrer que c’est au nom du jihad que le Mali a été bouleversée et que cette cause doit être incontournable dans les négociations.

Mais le rêve d’un Azawad autonome du Mali s’éloigne, et ce n’est également pas un hasard si Libération et RFI ont parlé cette semaine d’un fameux document définissant la stratégie des jihadistes au nord du Mali. Tout le monde savait que des islamistes se cachaient derrière la cause du MNLA, mais le lobby touareg de l’Hexagone voulait apparemment une autre version de l’histoire du Mali.
Entre la DGSE, le cyber mouvement du MNLA et les islamistes, on ne sait pas qui a manipulé qui depuis 2011 où des jeunes du nord ont commencé à s’agiter contre le pouvoir central de leur pays. A l’époque, la France «sarkozienne» avaient intérêt à trouver des alternatives aux forces maliennes pour combattre AQMI qui raffolait d’otages français.

Une des conséquences de ce jeu de dupes est que des milliers de combattants jihadistes se sont repliés à Kidal et y demeurent armés. Ils comptent sur la France pour délivrer l’Azawad de leurs désirs afin de pouvoir introduire des reformes islamiques en douce.

Mais la reprise de la violence par les islamistes souligne que la voie des négociations imposée au Mali  n’est que trop incertaine. Les groupes armés invités à négocier avec les autorités maliennes savent que leur souhait de créer une entité politique s’inspirant des lois islamiques est compromis parce que Paris est en passe de soutenir Bamako dans son refus de toute idée d’autonomie.

C’est d’ailleurs après les déclarations du président IBK contre l’autonomie que la situation sécuritaire a commencé à se détériorer au nord. Mais en France, des spécialistes continuent de soutenir que les autorités maliennes doivent faire des découpages administratifs au nord pour résoudre la question touarègue.

Sauf qu’il n’y a pas que des Touareg au nord où la majorité silencieuse souffre des caprices des irrédentistes. L’ignorance de cette réalité continue de peser sur la médiation menée par la communauté internationale. On se souvient que l’expression Azawad a été subtilement utilisée dans les textes officiels en dépit de la résistance des négociateurs maliens à Ouaga.
La résurgence de la violence au nord a des conséquences sur les populations locales déjà fatiguées des coups de fusil. Celles qui sont restées souffrent actuellement d’une crise alimentaire aigue en plus des difficultés liées à l’absence d’eau et d’électricité.

Une autre conséquence du retour des jihadistes est le risque du ralentissement du retour des déplacés dans leurs localités d’origine. Nombreux sont encore les habitants des régions nord qui vivent dans les camps de réfugiés situés dans les pays voisins comme le Burkina Faso, le Niger et la Mauritanie.
Soumaila T. Diarra

SOURCE: L’Aube