La France réorganise son dispositif militaire au Sahel. Takuba, le détachement de forces spéciales venues de nombreux pays pour encadrer des unités maliennes se met en place.

 

Au Sahel, le désengagement militaire français est désormais bien entamé. Emmanuel Macron veut diminuer le nombre de soldats sur place pour passer de 5 100 à environ 3 000. Pour pallier cette réduction, le gouvernement compte sur Takuba, un détachement de forces spéciales européennes encadrant des unités maliennes.

Sur le champ de tir, à 45 minutes hors-piste du camp français de Gao, les instructions sont traduites d’estonien en français ou de français en bambara et les échanges entre instructeurs français et estoniens sont en anglais. Le tout est rythmé par les tirs à 50 et 100 mètres, le soleil brûle, les canons des armes aussi. Gama, l’un des opérateurs français, parle “drill”, c’est-à-dire “faire, défaire, refaire. Et on recommence, c’est comme ça que ça rentre”.

Sur le terrain, en formation ou en opération, c’est l’architecture de Takuba. Des forces spéciales françaises et estoniennes à Gao, ou françaises et tchèques à Ménaka, encadrent et accompagnent au combat des soldats maliens. À Ménaka, le patron du détachement franco-tchèque, un commando marine, Luc, visage émacié mangé par une barbe en broussaille, décrit une mission typique de Takuba. “Si on a identifié des zones d’intérêt de groupe armé terroriste (GAT), elle va être en mesure de les chasser ou de les neutraliser de la zone”, explique-t-il.

“On transmet aussi le flambeau aux jeunes qui rentrent”

Retour au grand camp français de Gao, à 200 kilomètres de Ménaka. Dans l’emprise malienne a lieu une cérémonie officielle. C’est la remise du patch Takuba aux soldats maliens formés. Les autorités scratchent le patch, puis l’accrochent sur l’épaule ou la poitrine du soldat méritant. Un symbole pour le général Philippe Landicheff, le grand chef de Takuba. “Ce que l’on ressent dans ces moments-là, c’est le sentiment d’appartenance à une famille pour laquelle on va tout donner. On est portés par les anciens et progressivement on transmet aussi le flambeau aux jeunes qui rentrent”.

Quelques mètres plus loin, le colonel Camara commande la région militaire de Gao. Pour lui, insiste-t-il, Takuba c’est un échange : “Nous apportons le renseignement humain mais également le flair humain, le fait de pouvoir se fondre dans le milieu et la langue aussi du milieu.”

“Cet échange est très important et c’est ce qui fait que le partenariat de combat opérationnel arrive à être très fructueux.”

Le colonel Camara

à franceinfo

Actuellement, Takuba, c’est 700 militaires français, tchèques, estoniens, suédois, italiens, britanniques, bientôt danois etc.  À terme, ils seront 2 000. Sauf si le gouvernement malien embauche des mercenaires russes, du groupe Wagner. Réputation peu flatteuse, corruptions, exactions, spoliation, leur arrivée au Mali scellerait la fin de Takuba. Le n°2 de Takuba, le colonel suédois Hemrik, ne dit pas autre chose : “Difficile de gérer une opération comme Barkhane à côté d’une force mercenaire louée par l’État malien. Ce n’est pas une bonne chose.”

Car Takuba est autant un outil militaire qu’un objet politique. Pour moins de Barkhane, comme le veut Emmanuel Macron, il faut plus de Takuba, avec en arrière-pensée, pour le gouvernement français, l’idée de mettre une défense européenne au garde-à-vous plutôt qu’au repos.

Source : Franceinfo

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