L’année qui s’achève restera, sans nul doute, gravée dans les annales de l’histoire politique du Mali. Les évènements, les uns aussi rebondissants que les autres, se sont déroulés comme un marathon, bousculant au passage les us et coutumes politiques et l’establishment géopolitique. Arrivés aux affaires sans aucune prédestination et, de prime à bord, pour sauver les meubles d’une prétention maladroite de mise ‘’en congé sabbatique’’, les ex colonels du CNSP ont déjoué bien de pronostics, avant de s’installer aujourd’hui comme seuls maitres à bord du bateau Mali. A l’analyse de leur conduite des affaires, trois tendances se dégagent assez aisément.

Primo, rupture à 360° sur le plan politique et diplomatique.

Issus de diverses écoles, principalement celle soviétique, et surfant sur une vague populaire d’insatisfaction générale vis-à-vis de certains choix politiques opérés par leurs devanciers, les dirigeants actuels du Mali n’ont pas eu du mal à remettre en question les acquis géopolitiques de certains partenaires historiques, comme la France et la CÉDEAO. Se fondant sur la nécessité d’une diversification de l’offre militaire, en vue de répondre au mieux aux défis sécuritaires du pays, le régime en place ouvre un boulevard géostratégique pour de nouveaux partenaires, la Russie en tête de proue. Cette nouvelle donne, contrariant les intérêts de Paris et ses partenaires de l’Union Européenne, pose les bases d’un nouvel ordre, ou du moins d’une nouvelle orientation qui aura autant d’avantages que d’inconvénients. Les répercussions de cette option nouvelle, minimes pour l’instant, évolueront certainement avec les récents développements, présumés ou avérés, sur l’affaire Wagner.

Secundo, priorité aux questions de défense et de sécurité. 

Le profil et les vécus personnels des hommes forts du moment ont longuement influencé leurs orientations stratégiques et leurs actions. La destination Moscou n’a jamais été aussi dense que pendant les huit derniers mois. Achats de nouveaux équipements, réorganisation sécuritaire du territoire, mesures pour changer la gouvernance militaire, actions pour améliorer les conditions de vie des militaires, mesures pour casser les menaces internes ou rassurer les hauts gradés, nouveau leadership incarné par le Colonel Sadio Camara et opérations de séduction auprès des troupes et de l’opinion nationale…toute une stratégie murement réfléchie et savamment mise en œuvre. Les questions politiques et sociales ont été laissées au Premier ministre qui y nage comme dans son marigot. Conclusion : le reflexe sécuritaire est désormais ancré dans l’imaginaire collectif, balayant toutes les autres questions urgentes au second plan, y compris la tenue des élections.

Tertio, s’assumer pleinement et étouffer tout élan contestataire.

Stricto sensu, le Mali est dans un régime militaire. Qu’à cela ne tienne, les statistiques du pays sur la liberté d’expression ou les atteintes physiques à l’intégrité des personnes, nonobstant les cas de banditisme, ne sont pas pour autant alarmantes. A travers une bonne stratégie de mobilisation sociale, à coup de renfort propagandiste, la couleuvre d’un pays fort, résilient et en pleine reconstruction est bien passée auprès de la majorité des Maliens, garantissant au régime en place une bonne popularité, tout de même relative.

Des groupes de pression, des moyens officieux de musèlement et une bonne politique de renseignement, soutenus par des opérations de séduction à grand échelle et de puissants relais sociaux, amenuisent toute tentative de manipulation de la perception populaire. Sur un tout autre plan, la lutte contre la corruption et les initiatives volontaristes des acteurs de la justice, notamment aux trousses des auteurs de dérives sur la toile et dans la presse, ont été de puissants vecteurs pour secouer le marigot politique avec l’inculpation et/ou l’exil de gros poids de l’échiquier politique et calmer les ardeurs face à toute ambition présumée ou avérée de déstabilisation de la transition. A ce sujet, l’un des plus grands perroquets de la scène politique nationale avait laissé entendre lors d’une interview qu’il faille remuer sa langue à plusieurs reprises avant de parler dans le Mali contemporain.

Au-delà de la question sécuritaire, avec tout le lot de consolation y afférent, quelques sujets complémentaires ont meublé l’agenda des 8 derniers mois : les assises nationales de la refondation, le débat sur la tenue ou pas des élections en février 2022, le bras de fer diplomatique avec la France et la Cedeao, les multiples arrestations dans le cadre de la lutte contre la corruption, le baptême de feu dans une ferveur de précampagne pour de potentiels candidats et naturellement les fameux forages du Président de la transition ou les envolées enflammées du Premier ministre Choguel Kokala MAIGA.

Amorcée avec et dominée par la question sécuritaire, l’année 2021 se referme comme par ironie du sort avec le même sujet. Le réveillon glacé, sous fond de déculottée diplomatique, servi à Paris annonce, sans aucun doute, un début de nouvel an mouvementé, aux couleurs encore une fois sécuritaires, pour le Mali. 2022 annonce certes une nouvelle ère militaire avec de fortes promesses et attentes, mais également une tension économique très difficile et de forts mouvements sociaux. Les pressions internes et externes pour la tenue en 2022 des élections générales s’accentueront. L’émergence de nouveaux fronts, en représailles certainement au choix diplomatique de Bamako, sont à envisager. Des crises de trésorerie risquent d’ébranler le panier de la ménagère, déjà en mal.

Enfin, suivant qu’il est demandé par le pouvoir en place 5 ans de transition, des compromis politiques sont à envisager pour : 1°) rassurer les groupes armés en sauvegardant leurs acquis ; 2°) désamorcer la fièvre politique avec un gouvernement plus inclusif ; 3°) desserrer le maillon judiciaire ou créer les conditions allant dans le sens d’une décrispation générale ; 4°) diversifier les partenariats diplomatiques et économiques. La diversification, telle que comprise ici, est à prendre dans un concept de réciprocité.

Aux antipodes des mesures d’ouverture et de compromis suscités, un autre scénario reste plausible : la posture de la fermeté. Elle intègre le maintien du cap actuel, mais pourrait ouvrir la boite de pandore et, par ricochet, favoriser l’autoritarisme. Dans tous les cas, le régime en place joue sa crédibilité en 2022. Laquelle ne sera plus jaugée uniquement à l’aune de ses succès sécuritaires ou nationalistes, mais aussi et surtout par sa capacité à apporter, à défaut de céder le pouvoir à un président légitimement élu, des réponses concrètes à la crise intégrée que traverse le pays : une réponse sécuritaire, politique, sociale et économique.

Fousseyni MAIGA

Source: Bamakonews

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