Mali-Tribune : Concrètement qu’est-ce qui bloque la mise en œuvre de l’Accord issu du processus d’Alger ?

Mohamed Ag Assory : La première raison des blocages constatés relève un peu de la mauvaise foi des acteurs aussi bien des groupes armés que des acteurs étatiques. Nous remarquons que six ans après la signature de l’Accord, rien n’a concrètement bougé même s’il y a eu de légères avancées. Il y a aussi un manque d’appropriation de cet accord par les populations, la classe politique et la société civile.

Il est mal perçu pour plusieurs raisons. En effet, beaucoup pensent qu’il a été signé au moment où les autorités étaient en mauvaise position et d’autres estiment qu’il avantage plus les régions du Nord et porteur des graines de division du pays. Il y a beaucoup de perceptions de cet accord qui font qu’il n’est pas accepté par une partie de la population. Nous ne disposons pas de sondage spécifique sur cela, mais on sent qu’il y a plus de réticence dans le Sud du pays. Par contre au Nord on constate une forte adhésion.

Mali-Tribune : Pourquoi les nouvelles autorités ont décidé de surseoir à la relecture de l’Accord alors que le DNI l’a demandé ?

M A A.: Les nouvelles autorités sont politiquement dans une position très fragile. Ils ne peuvent pas s’offrir le luxe d’avoir les groupes armés contre eux. Depuis la prise de pouvoir, ils se sont eux-mêmes engagés à travers un communiqué, à appliquer les accords et les engagements du Mali. Maintenant, c’est vraiment un coup politique aussi où ils essayent d’avoir de bonnes relations et le soutien des groupes armés. Une stratégie payante pour avoir moins d’ennemis sur la scène politique. Ils veulent donc maintenir ces bonnes relations afin d’éviter le retour des tensions sur le terrain.

Mali-Tribune : Est-ce que la visite des ministres à Kidal est un nouveau pas dans la mise en œuvre de l’accord ?

M A A.: La visite des ministres à Kidal est symbolique. C’est un coup politique. L’accord n’a jamais été suspendu. Il est toujours maintenu depuis l’ancien régime. Cette visite rentre dans le cadre du renforcement des relations et de la confiance entre les autorités de la transition et les groupes armés. Il augure un climat politique apaisé entre ces deux acteurs. L’une des premières revendications des groupes armés après le coup d’Etat était surtout cela. Ils voulaient une garantie de la part des militaires de l’ex-CNSP. Et cette visite rentre plutôt dans ce cadre-là.

Mali-Tribune : Il y a un front anti accord en gestation. En tant qu’analyste, est-ce-que ce front aura un impact sur le processus de mise en œuvre de l’accord ?

M A  A.: Il y a toujours eu un front opposé à l’accord. Il y a une grande partie de l’opinion qui estime que cet accord en l’état doit être revu tel que recommandé par les participants du dialogue national inclusif. Il y a aussi beaucoup d’acteurs politiques qui se sont manifestement prononcés dans ce sens. Donc il y avait déjà des fronts. Maintenant est-ce qu’avec la situation actuelle ce front qui désapprouve l’accord en l’état ne va pas galvaniser et réorganiser les détracteurs de l’accord pour finalement relancer les débats politiques autour de l’accord et son contenu. Cela est aussi une possibilité.

Mali-Tribune : Pourquoi le Comité de suivi de l’Accord a décidé de reporter ses travaux qui devraient se tenir à Kidal le 26 janvier ?

M A. S.: L’idée d’organiser une réunion du Comité de suivi de l’accord de paix à Kidal n’est pas nouvelle. Même l’année dernière, une réunion prévue dans cette région a été reportée. Kidal est un cas particulier. Les reports ont été motivés par la situation sécuritaire. Or, le CSA regroupe beaucoup de monde. En plus des partis prenants dont le gouvernement et les groupes armés, il y aussi la Communauté internationale avec beaucoup des diplomates. L’organisation d’un CSA délocaliser hors de Bamako nécessite beaucoup d’organisation logistique et sécuritaire. Il y a tous ces détailles couplés avec la volonté politique.

Propos recueillis par

Ousmane M. Traoré

(Stagiaire)

Source: Mali Tribune

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