Une vidéo visionnée plus de 50.000 fois depuis le 10 décembre sur Facebook prétend montrer le “ravitaillement de terroristes par la France” par hélicoptère au Mali. Certains internautes mettent également en cause la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), à laquelle participe la France. Ces images circulent dans un climat de haute tension entre Paris et Bamako, notamment au sujet de la présence militaire française dans le pays. Mais attention : cette vidéo a en réalité été tournée lors d’une opération de ravitaillement par hélicoptère dans un parc national en Centrafrique début décembre.

Dans cette vidéo de trois minutes, un hélicoptère blanc se pose au milieu de la brousse. Un homme en sort des sacs, qu’il remet ensuite à d’autres personnes sur place. Certaines d’entre elles portent des vêtements de travail marron striés par de larges bandes jaunes.

Cette vidéo, visionnée plus de 50.000 fois et partagée plus de 3.000 fois depuis le 10 décembre, circule principalement sur Facebook au Mali (1, 2, 3, 4…).Elle suscite de très nombreux commentaires hostiles à la France et à sa présence militaire dans le pays, à l’image de nombreuses autres rumeurs vérifiées par AFP Factuel depuis plusieurs mois (1, 2, 3…).

Les relations politiques entre la France et le Mali, gouverné par des putchistes depuis 2020, n’ont cessé de se dégrader, au risque de remettre en cause la légitimité déjà fragile de la présence française. Il y a deux principaux sujets de tensions: les contacts avec la société paramilitaire russe Wagner, et le calendrier politique de la transition sous l’égide de la junte au pouvoir.

Un malaise accompagné de déclarations agressives du gouvernement malien et de campagnes anti-françaises sur les réseaux sociaux, le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga lui-même n’ayant pas hésité récemment à accuser la France de former des jihadistes.

Ravitaillement dans un parc national centrafricain

Pourtant, cette vidéo n’a rien à voir avec la situation sécuritaire actuelle au Mali.

Plusieurs recherches sur Facebook permettent de comprendre ce que montre réellement ce clip. En combinant plusieurs termes au gré des publications rencontrées comme “france mali terroriste” puis “munisma (sic) ravitalle terroriste“, puis enfin “munisma française terroristes“, on parvient à retrouver le clip publié par un compte (non certifié) au nom d’Amina Fofana – une femme politique malienne membre du Conseil national de la transition.

Capture d’écran d’une publication Facebook, réalisée le 16 décembre 2021

Comme les publications que nous avons précédemment citées, le ou la propriétaire de ce compte affirme que la vidéo montre “la Munisma française [Minusma, ndlr] (…) en train de ravitailler de (…) déplacer les terroristes par hélicoptère d’un point A à un point B“.

Sous la publication, plusieurs internautes émettent des doutes quant à la véracité de ces affirmations. L’un d’entre eux explique que ces images montreraient en réalité des “agents de sensibilisation” employés par African Parks, une organisation non gouvernementale de conservation de la nature, “dans les aires protégées de Chinko“, une immense réserve naturelle située dans l’est de la République centrafricaine.

Capture d’écran d’un commentaire sur Facebook, réalisée le 16 décembre 2021

Contacté par l’AFP le 16 décembre, African Parks confirme que la vidéo n’a pas été prise au Mali mais bien lors d’une “mission de ravitaillement de routine” début décembre à “Chinko, en Centrafrique, qu’[African Parks] gère conjointement avec le gouvernement centrafricain“, selon une chargée de communication de l’organisation.

L’hélicoptère qui atterrit dans la vidéo “transportait des équipes de sensibilisation à la transhumance et leur matériel dans le parc (…), tout en récupérant une autre équipe sur le terrain“, précise-t-elle.

“[Elles] mènent des missions de sensibilisation prolongées sur le terrain pour s’engager auprès des éleveurs de bétail qui traversent la région de façon saisonnière“, poursuit la chargée de communication d’African Parks. Ces employés ont pour but d’échanger avec les éleveurs et de les encourager à utiliser les routes établies autour du périmètre du parc.

Ils ne sont “pas armés“, souligne-t-elle encore, et sont “clairement identifiés et recrutés au sein de la communauté locale afin d’assurer un échange pacifique et culturellement respectueux avec les éleveurs et de garantir la pérennité du paysage“. Cette mission est par ailleurs mise en avant par la page Facebook du parc, notamment dans cette photo de 2018.

Les publications virales qui relayent cette vidéo, affirmant qu’elle montre une scène de ravitaillement par des soldats français au Mali, font circuler une “fausse information“, conclut-elle, qui “présente [les faits] de manière inexacte“.

Deux indices décelables dans la vidéo permettent également de confirmer ces éléments. Premièrement, le logo que l’on entr’aperçoit sur la porte de l’hélicoptère: un cercle vert foncé, qui pourrait être celui d’African Parks.

Capture d’écran d’une publication Facebook, réalisée le 16 décembre 2021
Capture d’écran du site d’African Parks, réalisée le 16 décembre 2021

De plus, on retrouve parmi les photos illustrant le parc de Chinko sur Facebook une image montrant le même modèle d’hélicoptère, un MBB BK117 – un “hélicoptère très courant à la fois sur le marché civil et le marché militaire“, selon Oliviert Fourt, journaliste pour le site d’actualités francophone d’actualité aéronautique et spatiale Air et Cosmos, contacté par l’AFP le 16 décembre.

Une chose est sûre“, affirme-t-il, “la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et Barkhane“, la force antijihadiste française intervenant au Sahel, ne possèdent pas ce type d’hélicoptères.

Cette version du MBB BK117 ne peut pas transporter un volume important nécessaire à un ravitaillement“, ajoute le spécialiste. “Par contre, il peut être utilisé par des rangers dans la gestion d’un parc par exemple.”

Autre indice probant: les uniformes de certains hommes apparaissant dans la vidéo. Marron, striés de larges bandes jaunes, ils ressemblent fortement aux uniformes des gardes forestiers du parc de Chinko qui posent devant l’hélicoptère sur la photo ci-dessus.

Capture d’écran d’une publication Facebook, réalisée le 16 décembre 2021

 

Accompagnée de messages en anglais, cette vidéo a a aussi circulé au Nigeria, sur fond d’affrontements meurtriers entre éleveurs peuls et agriculteurs à propos des terres, des pâturages et de l’eau qui durent depuis des années dans le centre du pays. Elle a été utilisée par des internautes nigérians (1, 2, 3, 4, 5…) pour affirmer que l’armée de ce pays fournissait des armes à des “bandits” peuls.

Première rencontre franco-malienne

Le président français Emmanuel Macron doit rencontrer pour la première fois le 20 décembre à Bamako le président de la transition malienne, le colonel Assimi Goïta, dans un climat de haute tension entre Paris et la junte militaire, dont la lenteur à rendre le pouvoir aux civils et les velléités de recourir à des mercenaires russes exaspèrent la France.

Le nouveau Président de la transition malien, le colonel Assimi Goïta, inspecte des membres des Forces armées maliennes après sa cérémonie d’investiture à Bamako (Mali), le 7 juin 2021  ( AFP / ANNIE RISEMBERG)

Après cette entrevue, le président français partira célébrer le traditionnel Noël avec les troupes sur la base de Gao (nord-est) avec des soldats français déployés au sein de la force antijihadiste française Barkhane, en pleine restructuration.

Au terme de près de neuf ans de présence au Sahel, la France a entrepris en juin de réorganiser son dispositif militaire en quittant ses trois bases les plus au nord du Mali (Tessalit, Kidal et Tombouctou) pour se recentrer autour de Gao et Ménaka, aux confins du Niger et du Burkina Faso. Ce plan prévoit une réduction des effectifs, de 5.000 actuellement, à entre 2.500 et 3.000 d’ici 2023.

Accueillis en libérateurs en janvier 2013 à Tombouctou, d’où ils avaient chassé les jihadistes, les soldats français ont remis le 14 décembre les clés de leur base aux forces maliennes, étape symbolique dans la réarticulation en cours.

Paris veut désormais concentrer sa mission sur la formation des armées locales, dans l’espoir qu’elles prennent un jour en main la sécurité de leur territoire.

 

Source: AFP

 

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