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Vendredi 27 décembre, le gouvernement, dans une lettre lue sur les antennes de l’Etat, demande au parlement malien de procéder à la mise en examen du général Amadou Toumani Touré, ancien président de la République de 2002 à 2012. Pour cela, l’exécutif demande au législatif de constituer la haute cour de justice, fait inédit, afin de juger l’ancien chef de l’Etat pour haute trahison. Il est reproché à Amadou Toumani Touré (exilé à Dakar suite au coup d’Etat qui l’a renversé en fin mars 2012 et au laxisme et à l’hypocrisie de la classe politique et de la société civile malienne, et de la communauté internationale) d’avoir permis l’entrée sur le territoire national de groupes armés non étatiques, d’avoir plongé l’armée nationale dans un tel état de délabrement qu’elle n’a pas pu résister à ces groupes armés.

A cet effet, et pour d’autres questions, la nouvelle assemblée nationale sera convoquée bientôt par décret présidentiel pour consacrer le règne nouveau du RPM, le parti présidentiel.

Cette farce également étalée par la sortie, dimanche 29, d’une association écrémée qui se réclame du peuple malien, qu’elle méconnait. Mais surtout qu’elle insulte en disant que ce peuple malien a besoin de savoir ce qui s’est passé. Pour la gouverne de cette crème renversée, le peuple sait exactement ce qui s’est passé de 1990 à ce jour, il sait également ce qui est en train de se tramer même s’il ne cautionne pas que des gens veuillent prendre leur revanche sur l’histoire au lieu de s’attaquer aux vraies priorités.

On a coutume de dire que qui veut noyer son chien l’accuse de rage. Mais, en l’occurrence, ATT n’est pas un chien et ne pourrait ni ne saurait être euthanasié, seul, par les vrais enragés.

On lui reproche d’avoir ouvert les frontières à des groupes armés non étatiques, de les avoir accueillis et financés.

Tout cela est peut-être vrai mais ce qui l’est surtout c’est qu’ATT ne doit pas être le seul à trinquer.

Tout d’abord, durant ses dix ans, il y a eu gestion consensuelle du pouvoir, par laquelle la quasi-totalité des partis politiques représentatifs, y compris le RPM, ont participé activement. C’est pendant ces dix années de gestion consensuelle que l’Accord d’Alger a té signé par le gouvernement et ratifié par les députés, en juillet 2006. A l’époque, le président de l’Assemblée nationale était un certain Ibrahim Boubacar Kéita, président également du parti qui comptait le plus de sièges à l’hémicycle. C’est sans doute par prévoyance et pour cacher la vérité à un peuple malien, qui n’est pas habitué à la restitution de ses députés, qu’IBK a demandé à ses collègues d’examiner le document à huis clos, dans la salle Aoua Kéita où l’Accord d’Alger a été adopté par tous les députés à l’exception de ceux du Parena.

Que dit cet Accord ?

L’Accord d’Alger dit que dans le cadre des mesures de restauration de la confiance, d’élimination des facteurs d’insécurité et d’instauration d’une sécurité définitive, il sera procédé à un allègement substantiel, graduel et approprié des forces armées dans le nord, conformément au changement des missions dévolues à l’armée nationale chargée à l’avenir de missions de défense nationale. Qu’en ce qui concerne la sécurité intérieure dans les régions du nord, des forces spéciales seront constituées, sous la responsabilité des effectifs régionaux, notamment par les ex-combattants rebelles.

Cet accord est intervenu suite à la rébellion d’un mouvement touareg dirigé par Ibrahim Ag Bahanga, un officier intégré puis déserteur de l’armée nationale qui protestait ainsi contre la non application du Pacte national, signé en 1992 entre le gouvernement de transition et les mouvements et fronts unifiés de l’Azawad. Le Pacte national s’inscrit lui-même dans la suite de l’Accord de Tamanrasset signé en 1990 entre le gouvernement de Moussa Traoré et les groupes rebelles.

En 1990, on peut mettre en cause le gouvernement du général Moussa Traoré et son parti-Etat, l’Udpm. Cependant, circonstance atténuante, l’ancien régime a agi dans la précipitation, concentré plutôt sur une révolte intérieure, celle du mouvement démocratique dont responsables se plaisaient à dire que les rebelles n’étaient que des démocrates en armes. Parmi les meneurs de ce mouvement, on pouvait retrouver un certain IBK et d’autres ténors de l’Adema. En 1992, le Pacte national a été signé pendant que le pays était dirigé, en réalité, par le Ctsp, organe à tout faire, truffé des membres du Mouvement démocratique. D’ailleurs, quand l’Adema a remporté les élections générales tenues la même année, ce parti avait récupéré beaucoup des responsables de la rébellion et de l’Udpm. De la même manière que le RPM qui, aujourd’hui, compte parmi ses députés de présumés rebelles et narcotrafiquants contre lesquels des mandats d’arrêt internationaux étaient émis il y a seulement quelques mois. Une manière de leur assurer une immunité pendant des années.

En 2006 donc, si ATT était le président de la République, il était entouré et conseillé  par la plupart des responsables politiques.

Dans tous ces accords, il est question de la démilitarisation des principales garnisons du nord, entre autres, celles de Tinzawatène, Boureïssa, Anoumalène, Fanfing. C’est après la ratification de 2006 que ces zones ont connu un véritable regain des activités de trafic et de dépôt de la drogue, des armes et munitions, des otages, tout au long des frontières du Mali avec l’Algérie et le Niger. Selon plusieurs services de renseignement occidentaux, de hauts gradés militaires, proches d’ATT, seraient impliqués dans ces trafics en tous genres. Mais ce qui est peu connu, c’est que de hauts responsables politiques, dont des députés sortants ou en fonction, seraient également en complicité active avec les trafiquants d’armes, d’otages et de drogues.

Donc, depuis le début des années 1990, la prolifération de foyers terroristes a commencé. Elle a été signalée par plusieurs spécialistes, mais la France et l’Algérie faisaient pression. Les Français parce qu’ils ne voulaient pas que le retour de l’armée dans le nord génère une nouvelle rébellion, les Algériens parce qu’ils étaient trop contents de se débarrasser de leurs terroristes du GIA (Groupe islamique armé), qui se radicalisera en Gspc (Groupe salafiste pour la prédication et le combat, avant de s’internationaliser en faisant allégeance à Al Qaïda.

Après la mort de Kadhafi et la débâcle de ses corps de mercenaires constitués en grande partie de Touaregs et d’Arabes, le nord du Mali, très attractif et convoité en raison de son caractère de no man’s land, est devenu un sanctuaire. Où se sont réfugiés ces mercenaires, retrouvant sur place quelques illuminés organisés en groupes islamistes et jihadistes. A leur arrivée, vu qu’ils ne cachaient pas leur véritable intention de transformer la zone en poudrière si les quelques postes et camps militaires qui y demeuraient encore n’étaient pas évacués, le gouvernement a mesuré la menace, et a dépêché des émissaires pour les rencontrer et même leur offrir des présents. Cette démarche également a eu l’assentiment de l’Assemblée nationale puisque parmi la délégation qui a rencontré la horde de Bilal Ag Acherif se trouvaient plusieurs députés.

Les contradictions

Aujourd’hui, on reproche à ATT d’avoir laissé ces groupes pénétrer sur le territoire avec armes et bagages, mais on absout la France qui n’avait pas prévu une gestion du post conflit libyen et de ses conséquences néfastes pour les pays du Sahel, la France qui, malgré ses nombreux moyens de surveillance aérienne et de renseignement, n’a pas signalé aux autorités maliennes les convois de véhicules emplis d’hommes et d’armes qui fuyaient la Libye pour le Mali,…en traversant le Niger et l’Algérie.

On reproche également à ATT d’avoir dialogué avec ces mêmes rebelles qu’on a acceptés sur ses listes électorales. Dans le même temps, IBK déclare adhérer à l’Accord de Ouagadougou signé en juin 2013 entre le gouvernement de transition et les terroristes rebelles armés, en oubliant que ce sont ces terroristes rebelles qui ont amené les mouvements jihadistes à occuper le nord du pays, avant d’en être chassés par leurs alliés de fortune.

Par ailleurs, IBK déclare qu’il ne traitera pas d’égal à égal avec des groupes armés alors qu’il approuve cet Accord qui a été signé d’égal à égal entre le gouvernement malien et les groupes armés.

On reproche enfin à ATT d’avoir laissé se développer les activités terroristes dans le nord. Dans le même temps, aucun reproche n’est fait aux chefs des autres Etats riverains, qui ont refusé de suivre l’ancien président malien lorsque celui-ci affirmait haut et fort que le Mali seul ne peut pas faire face à la menace des groupes terroristes, qu’une conjugaison des efforts s’imposait. Or, il y a une responsabilité commune des Etats riverains de la Bande sahélo saharienne qui, sachant leur faiblesse de la maitrise des frontières communes, leur insuffisance de coordination des forces armées et de sécurité, la difficulté pour chacun de mobiliser les nécessaires ressources humaines, matérielles et financières pour contrer les manœuvres des groupes armés et faire face à leur extraordinaire capacité de mobilité facilitée par des complices locaux qui leur servent de guides, convoyeurs, passeurs ou gardes de corps, ont fait la sourde oreille, se refusant d’entendre les appels de secours de leur homologue malien.

Aucun reproche n’est fait à la France non plus qui a prouvé qu’elle pouvait bel et bien organiser une conférence internationale pour la sécurité et la paix dans le Sahel, et cela depuis très longtemps déjà.

Mauvaise foi et indécence

La mauvaise foi et l’indécence des justiciers d’un genre nouveau vont jusqu’à occulter les actes posés par le président déchu. En effet, il serait utile de rappeler que c’est le général ATT qui, faute d’obtenir une conférence internationale sur la sécurité, la paix et le développement dans le Sahel, qui aurait eu pour objectif stratégique de conjuguer et de fédérer les efforts, a quand même accordé à ses voisins le droit de poursuite sur son propre territoire.

De même, c’est sous son magistère qu’a été adoptée la loi N°08-025 du 23 juillet 2008 portant répression du terrorisme. Bien qu’adoptée par l’Assemblée nationale à l’unanimité des membres présents, cette loi n’a jamais fait l’objet d’une restitution des députés à la base, d’où sa méconnaissance par le grand public et ses difficultés d’application

De même, c’est l’administration ATT qui a pris la décision N°0090/MAECI du 14 juillet 2008 créant un comité interministériel de coordination de la lutte contre le terrorisme au Mali, la décision de créer une Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères, la loi n°06-066 du 29 décembre 2006 portant loi uniforme relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux.

Abdel HAMY

Source: Le Katois