La nouvelle est tombée dans la soirée du samedi 9 octobre. Après sa libération, intervenue le même jour, la religieuse colombienne Gloria Cecilia Narváez, accompagnée par le Cardinal Jean Zerbo, a été reçue par le Chef de la Transition, le Colonel Assimi Goïta. Sa libération est le fruit de plusieurs années de négociations après son rapt, survenu 7 février 2017 à Karangasso, dans la région de Sikasso.

 

La dernière preuve de vie du désormais ex-otage, la religieuse colombienne Gloria Cecilia Narváez, remonte au  mois de juillet dernier, à travers une lettre datée du 3 février dernier, réceptionnée par son frère, Edgar Narváez, en mai. Dans cette note, Gloria Cecilia Narváez déclarait :  » J’espère que Dieu m’aidera à retrouver ma liberté. J’envoie mes salutations les plus chaleureuses à tous. Que le bon Dieu vous bénisse et vous accorde la santé. Je suis emprisonné depuis quatre ans, et maintenant je fais partie d’un nouveau groupe « .

Rappelons que cette lettre écrite, par la religieuse franciscaine colombienne de 57 ans, Gloria Narváez Argoti, a été envoyée à son frère par l’intermédiaire du Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Il s’agit du même canal utilisé par l’ex-président de l’URD, le défunt Soumaïla Cissé, pour faire passer une lettre afin de donner de ses nouvelles à ses proches, en août 2020. C’est d’ailleurs en pleine captivité que la religieuse apprendra le décès de sa mère, Rosita Argoti de Narváez, âgée de 87 ans, morte de chagrin, de tristesse et de désespoir.

Les dernières nouvelles de la religieuse colombienne ont été données par un autre ex-otage à savoir la franco-suisse, Sophie Pétronin, libérée un an plus tôt et qui a eu à partager quelques moments d’infortune.  Gloria Cecilia Narváez était donc la dernière femme otage du  » Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans «  après la libération de Sophie Pétronin et la mort en détention probablement, en septembre 2020, de la missionnaire suisse Beatrice Stockly, dont plusieurs sources confirment qu’elle a été tuée d’une balle dans la tête par ses ravisseurs. Celle-ci avait été enlevée, en 2016 à Tombouctou, pour la seconde fois, après avoir connu le même sort en 2012.

On apprendra aussi par Sophie Pétronin que la religieuse colombienne, Gloria Cecilia Narváez, n’a jamais été torturée à l’exception d’une seule occasion lorsqu’elle a été ligotée pendant trois jours après s’être perdue lors d’une promenade.

Elle a fait les frais de son opposition à l’enlèvement de ses sœurs

Pour rappel, Gloria Cecilia Narváez était missionnaire dans la paroisse de Karangasso, à quelque 400 kilomètres au sud de Bamako, depuis six ans lorsqu’elle a été kidnappée. Elle y travaillait avec trois sœurs à savoir sœur Sofia, sœur Clara – toutes deux également colombiennes – et sœur Adélaïde, d’origine burkinabé. Avant le Mali, sœur Narváez a déjà servi au Bénin. Etant la plus âgée, elle s’est opposée au rapt de ses autres sœurs à la place desquelles elle a été enlevée. D’ailleurs, en la recevant après sa libération, le président de la Transition, le Colonel Assimi Goïta n’a pas manqué de saluer  » le courage et la bravoure de la sœur « , précisant que cette libération est  » le couronnement de 4 ans et 8 mois d’efforts conjugués de plusieurs services de renseignements « .

Conditions de libération floues

Pour le moment, il est difficile encore de se prononcer sur les conditions de la libération de la sœur Gloria Cecilia Narváez. Tout ce que l’on sait c’est qu’elle est intervenue un an après celle qui a concerné le défunt Soumaïla Cissé et trois otages occidentaux dont la Franco-suisse, Sophie Pétronin et les deux Italiens à savoir le Pierluigi Maccalli, enlevé le 18 septembre 2018, au Niger et Nicola Chiacchio, enlevé en  2019 au Mali.

On sait aussi que la France a joué un rôle dans cette libération comme l’a confirmé la ministre colombienne des Affaires étrangères, Marta Lucía Ramírez qui a souligné les  » efforts humanitaires du gouvernement français pour contribuer à cette réussite « .On ignore par contre si le même procédé a été utilisé pour obtenir sa libération à savoir comme ce fut le cas de feu Soumaïla Cissé et les trois Occidentaux relâchés en échange de près de deux cents ex-détenus et une somme d’argent estimée à plusieurs millions d’euros.

En 2018, on sait qu’un diplomate colombien avait indiqué que les ravisseurs de la religieuse Gloria Cecilia Narváez avaient réclamé le paiement d’une rançon – sans fixer le montant – en échange de sa libération. Jusqu’ici, nous n’en avons encore aucune confirmation même si l’on sait que le GSIM ne libère pas ses otages sans contrepartie surtout financière. Par ailleurs, on sait aussi que le Vatican était particulièrement impliqué dans le dossier Gloria Cecilia Narváez. Il en est de même pour la communauté catholique Sant’Egidio qui avait même dépêché une délégation, en août dernier à Bamako, pour rencontrer les autorités de la transition. Tous comptes faits, les prochains jours nous édifieront sur la contrepartie obtenue par le GSIM pour libérer la religieuse Gloria Cecilia Narváez.

D’autres otages aux mains de ravisseurs au Sahel

Il convient de rappeler qu’ils sont encore nombreux les otages occidentaux aux mains des terroristes du GSIM ou d’autres groupes au Sahel. Il s’agit, entre autres, du Roumain Iulian Ghergut, responsable de la sécurité de la mine de manganèse de Tambao, dans le nord du Burkina Faso, enlevé le 4 avril 2015, de l’Américain Jeffrey Woodke, humanitaire enlevé dans la petite ville d’Abalak, au Niger, le 14 octobre  puis emmené au Mali ; de l’Australien Arthur Kenneth Elliott, un  octogénaire, enlevé dans le nord du Burkina Faso, le 15 janvier 2016 ; de l’humanitaire allemand, Jörg Lange, enlevé le 11 avril au Niger, près de la région frontalière avec le Mali, d’un Indien et un Sud-Africain, enlevés en septembre 2018, sur la mine d’or d’Inata, au nord-ouest du Burkina Faso, et du journaliste français Olivier Dubois, enlevé, le 8 avril dernier pendant qu’il était en reportage à Gao.

Sans compter de nombreux otages locaux parmi lesquels le préfet de Gourma Rharous et le sous-préfet de Fakola, Drissa Sanogo et Farako Ali Cissé, enlevés respectivement le 2 mai 2020 et 13 décembre 2019, l’artiste Amadou Kébé surnommé  » Dr keb «  enlevé, fin août dernier, alors qu’il était en route pour Gourma Rharous où il devait animer une série de concerts.

Aux côtés de ceux-là il y a aussi beaucoup d’autres civils et militaires toujours aux mains de ravisseurs. C’est dire que tant que la situation sécuritaire ne s’améliorera pas, ce genre de pratique va demeurer.

Massiré DIOP

Source: l’Indépendant

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