Le désormais général Amadou Haya Sanogo a fait ce qu’aucun haut responsable, civil ou militaire, n’avait osé jusque là. Mobiliser toute une région administrative, déplacer une bonne demi-douzaine de ministres désœuvrés, et drainer une dizaine de hautes personnalités afin de fêter sa nouvelle promotion et ceux qui l’ignoreraient encore qu’il est toujours aux commandes.amadou haya sanogo chef junte militaire kati putschiste

Jamais auparavant au Mali, nomination n’aurait fait couler autant d’encre et de salive. Le grade de général quatre étoiles, généreusement et inexplicablement octroyé au capitaine Amadou Haya Sanogo par une institution illégitime et anticonstitutionnelle, le président de la République par intérim, fera encore parler de lui et de son récipiendaire. Non pas seulement parce que le putschiste du 22 mars 2012 est ainsi récompensé d’un acte qualifié de «crime imprescriptible» par la Constitution malienne ou parce que le capitaine Sanogo a sauté presque tous les échelons pour se retrouver officier général le plus gradé de la Nation, mais parce que celui qui est à la base d’un putsch contre un président démocratiquement élu, de l’effondrement général du pays, de la crise institutionnelle, sécuritaire et politique qui a suivi son geste est en train de narguer le peuple malien et d’occuper le devant de la scène politique nationale.

 

Ainsi, le putschiste du 22 mars 2012 était, samedi dernier, à Ségou, sa ville natale, pour fêter sa victoire sur le processus démocratique et étrenner ses nouveaux galons. Là, encore une fois, dénué de toute modestie, humilité, et loin d’éprouver le moindre remord, le putschiste a déclaré que sans les événements des 21 et 22 mars 2012, le Mali n’aurait pas connu la meilleure élection présidentielle de son histoire (cf. interview) se référant sans doute au taux de participation, effectivement historique, à un vote dont est sorti vainqueur un homme qu’on dit proche de l’ex-junte militaire. Le désormais général se satisfait du fait que l’armée malienne soit aujourd’hui à Kidal en oubliant de rappeler que sans ses funestes événements des 21 et 22 mars 2012, la chaine de commandement ne sera jamais rompue, que les forces armées et de sécurité n’allaient jamais fuir devant un ennemi auquel elles avaient tenu tête pendant des années.

 

Le désormais général Sanogo explique également qu’ils ont pris à contrepied tous ceux qui croyaient qu’ils avaient fait leur coup d’Etat pour confisquer le pouvoir, s’y éterniser et piller les ressources publiques. Il est certes vrai qu’ils ont rendu le pouvoir à un civil mais le putschiste devait avouer que c’était contraints et forcés par la communauté internationale et une grande partie de la classe politique malienne qu’ils ont dû se retirer apparemment du devant de la scène politique nationale. Tout en continuant à tirer les ficelles des marionnettes politiques. Les putschistes ont ainsi imposé Dioncounda Traoré après la période légale d’intérim de ce dernier, un homme malléable et corvéable à souhait ; imposé un Premier ministre et plusieurs ministres pour une période de transition ; déposé ce même chef de gouvernement lorsque celui-ci a tenté de prendre son autonomie ; donné leur aval pour la nomination d’un nouveau Premier ministre. Auparavant, pour prévenir toute velléité de résistance ou de défi, des personnalités dont le président de la République par intérim ont été passés à tabac.

 

Tout en se défendant de tirer encore les ficelles politiques de ce pays, le nouveau général a donc choisi sa ville natale pour étaler au grand jour le rôle qu’il n’a jamais cessé de jouer depuis son putsch, à savoir qu’il est le seul et véritable maitre à bord. En effet, à la cérémonie d’investiture du capitaine au grade de général de corps d’armée avec quatre étoiles rutilantes, étaient présents plusieurs membres du gouvernement, nombreux responsables militaires et civils, des notabilités et, au moins, un député en activité, Mountaga Tall dont Ségou est également la ville natale et le fief électoral. Ces hautes personnalités qui ont fait le déplacement de Ségou comptaient renouveler ainsi leur allégeance à la junte et leur attachement à l’Etat de non droit qu’ils espèrent perpétuer sous le mandat d’Ibrahim Boubacar Kéita.

 

Le nouvel homme fort du pays, qui ne perd jamais une occasion pour crier à la face du monde qu’il ne sera l’otage ni des militaires ni des islamistes qui seraient à la base de son élection, se laissera-t-il faire ?

 

Pour sa part, le Front de sauvegarde de la démocratie et la République n’entend pas en rester là. Selon des indiscrétions, le front anti putsch entend saisir la justice pour faire annuler le décret de nomination du capitaine Sanogo au grade de général de corps d’armée. Histoire de rappeler au peuple malien qu’un putschiste, reconverti ou pas, doit être partout sauf sous les rampes des projecteurs de la scène politique nationale.

 

 

Cheick TANDINA

Source: Le Prétoire

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Le désormais général Amadou Haya Sanogo a fait ce qu’aucun haut responsable, civil ou militaire, n’avait osé jusque là. Mobiliser toute une région administrative, déplacer une bonne demi-douzaine de ministres désœuvrés, et drainer une dizaine de hautes personnalités afin de fêter sa nouvelle promotion et ceux qui l’ignoreraient encore...