Dans le cadre de son rendez-vous du vendredi consacré à une personnalité de l’environnement culturel, social, numérique etc., le Journal digital Bamakonews (JBN) reçoit Ousmane Traoré, connu sous le pseudonyme de Makaveli. Ce touche-à-tout est un boulimique de découverte, ce qui explique son talent photographique. Il nous reste à découvrir le blogueur, l’écrivain en devenir et l’influenceur des temps modernes.

JBN : Comment le photographe Ousmane Traoré pourrait se décrire en une image du Mali ? 

OT : Je suis Ousmane Traoré appelé Makaveli sur les réseaux sociaux. Je suis blogueur, photographe, et passionné de communication digitale.

JBN : C’est quoi pour vous la photographie ?

OT : Pour moi la photographie c’est un outil de changement social. Un outil qui permet de laisser son empreinte dans le monde, de laisser une trace pour la postérité, de dire comment le monde va, de dire aussi ce qui ne va pas, dire aussi ce qui pouvait aller. Donc, c’est un outil qui permet de transformer la société qui permet d’engager des révolutions, qui permet aux gens de marquer certaines choses, de prendre conscience, de prendre position et aussi susciter une volonté chez les gens à changer les choses. Parce qu’il faut comprendre aussi que l’art est un outil qui permet aux gens de s’engager, d’exprimer et d’apporter les changements dans leur société.

JBN : Votre objectif est un regard particulier sur le Mali. Quel rapport établissez-vous entre la réalité que vivent les maliens et la narration qui est faite de ce pays dans les médias ?

OT : Ça dépend quelque part parce que, que ça soit les médias étrangers ou nationaux c’est un peu différent. Mais tout compte fait, on a l’impression que les médias ont plutôt souvent tendance à grossir le train ou à envenimer les choses. Mais c’est tout à fait normal puisque nous sommes dans une époque où tout va vite et il faut donner la bonne information, il faut séduire son audience aussi. Donc on comprend aisément que les médias se laissent aller à des techniques ou à des méthodes peu orthodoxes. Souvent aussi les médias donnent les informations mais ne donnent pas le contact ou la clé pour permettre aux gens de vraiment décoder ces informations-là. Donc souvent on a une image tantôt bien, tantôt mauvaise du Mali. Mais on ne peut pas dire que c’est totalement faux ou vrai mais en tout cas on remarque qu’il y a une absence de nuance dans ce que nous voyons dans les médias.

JBN : Après cette analyse poussée, nous devons révéler à nos lecteurs que vous êtes, également, un acteur des nouveaux médias. Comment appréciez-vous la place que prend internet, surtout les réseaux sociaux, dans la construction du Mali ?

OT : L’internet et la construction du Mali ça a été notre combat depuis toujours. On est convaincu et nous travaillons pour cela et avec cela, pour dire que l’internet c’est un outil qui va permettre de construire le Mali. J’ai un blog depuis des années, on a écrit pas mal d’articles, on a interpellé pas mal de personnes par rapport à cela. L’internet c’est un moyen pour nous aujourd’hui d’écrire notre histoire, de partager nos idées, de montrer tout ce que nous pouvons faire. L’internet va nous permettre de les faire avec plus de facilité, les projets, les idées, de mettre tout ça en œuvre. Donc l’internet est un outil qui nous permet aujourd’hui de faire plus facilement et à moindre coût les projets d’initiatives que nous avons, ne serait-ce que pour partager les bonnes informations, ne serait-ce que pour mobiliser les gens. Je pense que ça c’est assez important. Autre chose d’assez important, c’est qu’on peut écrire le Mali d’aujourd’hui, on peut écrire l’histoire que nous vivons, on peut écrire les solutions que nous savons pour le Mali et on peut les partager avec les millions de personnes.

JBN : Si vous aviez à choisir entre vos différentes casquettes ? Naturellement, nos lecteurs voudront savoir pourquoi ce choix.

OT : Je pense que tout ce que je fais s’inscrit dans la complémentarité. Que ce soit la rédaction, la communication, la photographie. Je pense que se sont les choses qui se marient bien. Ce serait donc très difficile pour moi de choisir entre mes activités.

JBN : Pour revenir à vos œuvres photographiques, peut-on y entrevoir un engagement ? Si oui, qu’est-ce qui motive vos œuvres ?

OT : Comme je le disais, la photographie pour moi, c’est une manière d’interpeller les gens. De leur dire, regardez tout ce que nous avons de beau chez nous, regardez tout ce qui ne marche pas chez nous, regardez comment ça pourrait être chez nous. Et là, c’est une manière d’interpeller les gens de manière plus subtile, d’entrer dans leur conscient, et de pouvoir espérer voir le changement que nous souhaitons pour le Mali. Pour moi, aujourd’hui on est dans une époque où il faut être visuel, où les gens aiment regarder et où tout est visuel. L’image ça compte beaucoup. On peut s’en servir aussi pour faire passer les messages, pour éduquer, pour conscientiser. Aujourd’hui, avec la photographie on peut rendre éternel, on peut rendre intemporel, toutes les bonnes et les mauvaises choses que nous sommes en train de vivre aujourd’hui au Mali. Alors, oui, c’est un outil d’engagement pour moi.

JBN : En termes d’impact, la photographie peut-elle être un canal pour inspirer la jeunesse malienne ?

OT : Je pense que l’objectif même de l’art c’est ça. La photographie est un art idéal pour inspirer les jeunes. Parce qu’on se sert des œuvres photographiques pour véhiculer les messages, pour éveiller des consciences, pour éveiller des émotions chez les autres. Donc, l’idée principale derrière toute démarche photographique, en tout cas, je pense que c’est pour inciter les jeunes à se surpasser et les inciter à travers l’art à se transcender, et aller au-delà de notre réalité et à comprendre qu’on a le pouvoir de bien changer les choses.

JBN : L’art de la photo peut sembler méconnue, malgré que notre pays accueille le plus grand événement continental sur la photographie et que nous ayons eu des photographes de renommée internationale. Qu’est-ce qui explique, selon-vous, cet état de fait ? 

OT : La photographie est méconnue malheureusement. Et ce constat ne concerne  pas que la photographie, c’est par rapport à l’art généralement et à la culture. Je pense que c’est la pratique qui n’est pas valoriser dans notre société. Les gens n’en voient pas trop l’utilité. C’est pourquoi, les arts ne sont pas aussi valorisés, que ce soit en peinture, dans l’artisanat etc. C’est malheureux mais c’est la réalité. Alors qu’un pays où il n’y a pas d’art c’est un pays où il y a pas d’âme, où les gens ne vivent pas. Comme on dit, l’art adosse les mœurs. Quelque part, les dérives que nous connaissons aujourd’hui au Mali on peut l’expliquer aussi par le fait que nous ayons abandonné ou pas pris trop au sérieux nos productions artistiques. Parce que, c’est cela aussi qui permet à l’homme de se transcender, de dépasser certaines considérations matérielles, futiles et frivoles pour se consacrer à quelques choses d’assez importantes.

JBN : Pour évoquer la Biennale de la Photographie, « Les Rencontres de Bamako, qui devait se tenir en 2021 et qui sera, manifestement reportée, quel est votre sentiment à propos de cet événement et du report annoncé ? 

OT : Je pense que c’est le rêve de tous les photographes d’être exposés là-bas. Malheureusement vivons dans un moment assez particulier et c’est vraiment dommage que ce soit reporté. Je pense qu’il faut d’ores et déjà penser à d’autres types d’expositions, de penser à l’internet, de penser aux possibilités que nous offrent les nouvelles technologies. Pourquoi pas aller vers l’exposition virtuelle. Donc au lieu de la reporter, on pouvait penser à une autre manière de la faire.

JBN : Devrons-nous nous attendre à des œuvres de Makaveli à ce grand rendez-vous culturel ?

OT : Non, je n’ai pas pris part. Néanmoins, s’il plait à Dieu je prendrai part aux éditions futures.

JBN : L’occasion s’offre à nous de chercher à savoir pourquoi ce surnom/pseudonyme ? Est-ce aujourd’hui votre « nom de scène » ?

OT : Makaveli c’est Nicolas Machiavel, l’écrivain italien qui a écrit ‘’le prince’’ c’est un livre magnifique qui porte sur la politique, sur le pouvoir, comment l’acquérir et comment le préserver. J’ai fait le choix de ce surnom parce qu’il y a beaucoup de Ousmane Traoré sur l’internet donc ça permet d’être retrouvé facilement et d’avoir quelque chose de distinctif.

JBN : S’il vous fallait choisir entre Malick Sidibé et Seydou Keïta, deux grands noms maliens de la photographie mondiale ?

OT : Je prends Malick Sidibé pour ses œuvres qui respirent la joie de vivre. Il a fait un travail magnifique. Je passe très souvent dans son atelier et le studio pour voir ses œuvres.

JBN : Que vous inspire cette assertion de Berenice Abbott : « La photographie aide les gens à voir. »

OT : Je pense que c’est magnifique et c’est bien dit. Parce qu’on est tellement emporté dans les philosophies, dans les mouvements, on est tellement précipité et  absorbé par la vie qu’on n’a pas souvent du temps de bien voir les choses avec un regard nouveau et de les apprécier à leur juste manière. Je pense que la photographie nous aide en cela. Même les choses les plus banales de la ville quand on les photographie, ça nous pousse à ne pas voir comme acquis comme quelque chose de naturelle, comme quelque chose de gratuit, mais à comprendre que chaque chose à son importance et chaque chose est esthétique.

JBN : Vous êtes aujourd’hui exposé à l’Institut Français de Bamako, est-ce une consécration dans un métier qui ne paraît pas facile aux premiers abords ?

OT : L’exposition c’est le rêve de tout photographe. En tout cas, c’est un honneur et ça fait beaucoup plaisir. Ça veut dire que le travail qu’on est en train de faire est important et que ça va aider les gens à comprendre et à percevoir les messages et que ça va faire beaucoup de plaisir à d’autres personnes.

JBN : Jusqu’où veut aller Ousmane Makaveli ? Quelles sont vos projections pour les prochaines années ?

OT : Ça c’est une question difficile mais j’irai au bout, parce que quand je fais quelque chose surtout que j’aime, il me faut, tout le temps, aller au bout, me surpasser peut-être partager ma passion avec un maximum de monde. Que ce soit ici au Mali ou dans le monde entier. Le plus important pour moi, c’est de se faire plaisir en photographiant et pouvoir faire plaisir aux autres. Je pense que tout ce qui est reconnaissance et opportunités viendront après. L’important, c’est de ne pas oublier pourquoi on fait la photo, de prendre goût, trouver son plaisir et de véhiculer les messages et de faire plaisir en retour. C’est très humain et toujours en relation avec les autres et garder cette relation est aussi plus importante.

Propos recueillis par SKK

 

Source: Bamakonews

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Dans le cadre de son rendez-vous du vendredi consacré à une personnalité de l’environnement culturel, social, numérique etc., le Journal digital Bamakonews (JBN) reçoit Ousmane Traoré, connu sous le pseudonyme de Makaveli. Ce touche-à-tout est un boulimique de découverte, ce qui explique son talent photographique. Il nous reste à découvrir...