Une trentaine de personnes sont venues manifester leur soutien, ce vendredi 11 mars, à Oumar Dembélé, retenu au Centre de rétention administrative de Metz. En vain. À 8 h 30, le sportif a été conduit vers l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle pour être renvoyé vers le Mali, son pays d’origine.

Un étrange silence règne ce vendredi 11 mars sur le parking du Centre de rétention administrative (CRA) de Metz. Dans la quasi-obscurité, une trentaine de personnes, parties pour la plupart de Nancy vers 4 h du matin, tiennent des pancartes déclarant « Oumar, tu nous manques », « Frère, ami, athlète, français » ou encore « Oumar, ta vie est ici  ».

Sportifs, amis – ainsi que le sénateur de Meurthe-et-Moselle, Olivier Jacquin – sont venus apporter leur soutien à Oumar Dembélé, jeune lanceur de poids de 20 ans, membre de l’Athlétisme Métropole Nancy (NAM) et dont la vie est en train de basculer. Menacé d’expulsion depuis le 22 décembre 2021, le sportif a été informé qu’il allait être emmené à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle afin de prendre un vol vers le Mali, son pays d’origine, vendredi en début d’après-midi.

Qualifié pour les Championnats de France

« On lui reproche d’avoir utilisé des papiers d’identité non conformes mais, mardi 4 mars, il a obtenu un certificat d’authenticité de l’ambassade du Mali », affirme Soraya Marquer, kinésithérapeute du club qui loue les qualités physiques et humaines du jeune homme. « Oumar était qualifié pour la troisième fois aux championnats de France. Au club, il faisait des séances pour les plus jeunes. Il est bienveillant, investi scolairement. Il est en Bac pro installation sanitaire, un métier où on manque de gens. »

À ses côtés, Dominique Balmelli retient ses larmes. Bénévole à l’Armée du Salut à Nancy, elle a rencontré le jeune homme fin 2018. Des liens d’amitié se sont tissés avec ce garçon qui n’a plus ses parents. Avec son mari, ils sont devenus « sa famille de cœur ». « C’est injuste. Il n’a rien fait. Pourquoi devrait-il rentrer au Mali alors qu’il a construit sa vie en France ? », s’interrogent Lola et Lucie, deux lycéennes de Vandœuvre qui s’entraînent au club avec le jeune homme. « Il a toujours le mot pour rire et il aide les autres », poursuivent-elles. En janvier, le club a lancé une pétition qui a recueilli 35 700 signatures.

Incrédulité

Et puis, soudain, c’est l’inquiétude. Il est 6 h 20 et un véhicule s’apprête à quitter le CRA. Fausse alerte. Le jour se lève et le temps s’allonge. Progressivement, les membres du comité de soutien, des Nancéiens pour la plupart, remontent dans leurs véhicules pour partir travailler. Ils sont encore une petite dizaine lorsque vers 8 h 30, un véhicule de la police quitte le CRA avec, à son bord, l’athlète qu’ils peinent à distinguer. Le groupe se sépare, incrédule. Les pancartes, elles, restent alignées le long des grilles. Dans l’après-midi, un faible espoir renaît lorsque le vol vers Bamako, initialement prévu à 14 h 25, est reporté à 15 h 10. Certains membres du comité de soutien imaginent qu’Oumar Dembélé a refusé de monter. « Ils ne peuvent pas le forcer », confirme son avocat Me Mikaël Saunier, qui n’est pas très optimiste. Il ne réussit plus à joindre son client par téléphone. A 18h30, la nouvelle tombe. Oumar Dembélé a bien pris l’avion vers le Mali.

Source: republicain-lorrain.fr