Selon la Banque mondiale, environ le quart des pays d’Afrique a connu en 2012 une croissance supérieure ou égale à 7%. L’économiste en chef de la région Afrique à la Banque mondiale, Shanta Devarajan, et l’économiste principale pour la région Afrique, Mme Punan Chuchan, ont animé lundi une conférence de presse par vidéoconférence à l’intention de journalistes africains depuis le siège de l’institution à Washington.Shanta Devarajan banque mondiale afrique

Ils étaient entourés de leurs proches collaborateurs notamment d’experts en économie, finances et développement. L’institution financière internationale désirait expliquer au public africain, le contenu du nouveau rapport 2013 sur la croissance et le développement du continent dénommé «Africa’s Pulse». Ce rapport fait le point de la situation économique et financière du continent africain et surtout des progrès enregistrés en matière de développement macroéconomique.

Dans son exposé liminaire, Shanta Devarajan a annoncé que le taux de croissance en Afrique subsaharienne devrait atteindre plus de 5% en moyenne entre 2013 et 2015. En effet, lancera-t-il, malgré la crise économique qui a rongé la plupart des pays développés, un continent s’est démarqué de cette conjoncture, pas forcément celui qui était le plus attendu. «Ce continent c’est l’Afrique, celui-là même qui a toujours été décrié pour son incapacité à se développer et surtout à réduire son extrême pauvreté. Eh bien, tout porte à croire qu’elle a opté pour une rupture totale avec la fatalité. Car, l’Afrique présente une dynamique économique intéressante, le propulsant ainsi parmi les régions enregistrant la croissance la plus rapide au monde», a développé l’économiste qui note qu’en 2012 environ ¼ des pays d’Afrique ont connu une croissance supérieure ou égale à 7% et un autre groupe de pays africains figure parmi les pays qui connaissent la croissance la plus rapide au monde.

Selon l’économiste en chef de l’institution financière internationale, les pays africains qui connaissent la croissance la plus rapide au monde sont entre autres la Sierra Leone présentée comme ayant connu la croissance économique la plus fulgurante en 2012 avec une croissance d’environ 18%. Suivent le Niger, la Côte d’Ivoire, le Libéria, l’Ethiopie, le Burkina Faso et le Rwanda. Ces pays, selon le rapport «Africa’s Pulse», ont enregistré une croissance économique supérieure à celle de la Chine et du Mozambique, de la Zambie et du Ghana et, mieux, que la croissance que connaît l’Inde. Ce nouveau rapport prédit également que les perspectives de croissance à moyen terme resteront robustes et seront soutenues par l’économie mondiale en constante amélioration.

Pour l’économiste principale pour la région Afrique, Mme Punan Chuchan, la santé économique du continent tient au fait que les prix des matières premières dont l’Afrique est un réservoir, sont restés «invariablement élevés». L’augmentation des investissements dans les infrastructures régionales de développement, la promotion des échanges commerciaux et la croissance des entreprises sont d’autres facteurs de cette bonne santé économique du continent. Cependant, d’autres facteurs, notamment les dépenses liées à la consommation (60% du PIB), sont restés vigoureux en 2012.

Mme Punan Chuchan justifie cette donne par le recul de l’inflation qui est tombée de 9,5% en janvier 2012 à 7,6% en décembre de la même année. «A cela s’ajoute un meilleur accès au crédit dans certains pays, une baisse des taux d’intérêt et une bonne productivité agricole en 2011-2012. En outre, les récentes découvertes de minéraux stratégiques dans le continent ainsi que l’expansion de plusieurs exploitations minières et la construction de nouvelles installations dans certains pays, le tout corroboré par une meilleure gouvernance politique et économique constitue un cocktail alléchant pour une croissance économique. Et les prévisions font valoir qu’en 2020, seuls quatre ou cinq pays de la région ne seront pas impliqués dans une exploitation minière d’une sorte ou d’une autre, si grande est l’abondance des ressources naturelles en Afrique», soulignera-t-elle.

Ce tableau idyllique de la situation économique du continent a suscité beaucoup des questions des journalistes. Comment expliquer le hiatus entre la croissance exaltée par la Banque mondiale et la persistance de la pauvreté sur le continent ? Comment l’institution financière entend-elle aider les pays africains producteurs de ressources minières à mieux profiter de ce potentiel ? Peut-on parler d’un réveil du continent africain ? Quels sont les freins à la réussite des réformes économiques dans les pays africains concernés ? Comment rendre cette croissance inclusive au profit des populations défavorisées ? Et quelles sont les moyens d’assistance de l’institution financière internationale à un pays en crise comme le Mali ?

Répondant à cette dernière question, Shanta Devarajan a admis que l’arbre ne devait pas cacher la forêt. «Il est évident que la croissance dont on fait cas devrait s’accompagner de l’amélioration des conditions de vie des populations et de la réduction de la pauvreté. Force est de constater qu’une frange de la population à la base patauge toujours dans la misère et la majorité de cette population vit au dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins d’un dollar par jour », a-t-il concédé. En clair, ajoutera-t-il, certaines populations ne bénéficient pas sensiblement des retombées de cette croissance. Bien que la perspective d’ensemble suggérée par les données montre une expansion vigoureuse des économies africaines et un déclin de la pauvreté, ceci masque des différences sensibles de performances, même parmi les pays africains à la plus forte croissance.

Selon le conférencier, les ressources minières doivent être utilisées au profit de toute la population. Il préconise par conséquent que les devises provenant de ces ressources soient utilisées dans l’infrastructure, dans l’agriculture qui occupe environ 80% de la population du continent. Justement dans ce domaine, il note que l’Afrique est le continent le moins irrigué avec seulement 7% des terres irriguées. Il recommande surtout d’augmenter la productivité du petit exploitant agricole.

Considérant que le développement va de pair avec une démographie équilibrée, Mme Punan Chuchan, désormais « Mme Afrique » de la Banque mondiale, a suggéré une baisse de la croissance démographique. Cependant le rapport «Africa’s Pulse» suggère qu’un nombre de tendances émergeant sur le continent pourrait transformer son état actuel de développement au cours des années à venir. «La promesse de revenus importants provenant de l’exploitation minière, une hausse des revenus créée par une expansion considérable de la productivité agricole, la migration à grande échelle des populations de la campagne vers les villes d’Afrique, et un dividende démographique potentiellement créé par la croissance rapide de la population jeune d’Afrique, comptent parmi les facteurs susceptibles de transformer l’Afrique», soutient le rapport.

L’économiste principale pour la région Afrique de la Banque mondiale conclura la conférence en faisant remarquer que : «si les potentiels du continent sont exploités de manière adéquate, ses tendances apportent la promesse d’une croissance plus prononcée, d’une forte diminution de la pauvreté et d’une accélération de la prospérité commune pour les pays africains dans un avenir proche».

D. DJIRE

 

Source: L’Essor