Notre article de la semaine dernière intitulé, «URBANISATION ET VIE CHÈRE : Quand le béton enrichit davantage les riches et affame les ménages pauvres», a suscité de nombreuses réactions saluant la pertinence du sujet et la spécificité de l’angle de traitement. Et certains lecteurs n’ont pas manqué de proposer aussi des pistes pour assurer à notre pays voire à l’Afrique la souveraineté agricole susceptible de peser sur la cherté de la vie.

«Merci beaucoup pour le journal et les pertinents éléments traités comme urbanisation et vie chère», nous a écrit M. Yaya Karim Sanogo, proviseur du lycée technique de Sikasso (380 km au sud de Bamako). Et ils sont nombreux ceux qui nous ont écrit et abondé dans le même sens. En intellectuel très attaché à son terroir et à la terre, M. Sanogo ne s’est pas contenté de nous remercier. Il a aussi ouvert des pistes de réflexion pour nourrir la population malienne, celle de la capitale notamment.

«Avec l’urbanisation qui a réduit les superficies destinées au maraîchage et l’arrivée massive des ruraux à Bamako, il y a forcément un déséquilibre entre la production et la consommation. L’insécurité et la pauvreté ont poussé beaucoup de gens à se déplacer en aggravant la situation», a diagnostiqué le proviseur. «Il serait souhaitable de créer les conditions pour fixer les ruraux dans les zones rurales. Pour cela, il faudra agir sur les facteurs de production (réduction du prix des intrants agricoles), valoriser les produits agricoles (construction d’usines), construire des universités dans les régions», a prescrit M. Sanogo. Une prescription jugée pertinente par d’autres lecteurs.

La lecture des différentes réactions n’a pas manqué de nous rappeler un ouvrage que nous avons récemment lu sur le développement agricole au Mali. Il s’intitule, «L’avenir de l’agriculture au Mali: 2030-2063» ! Il s’agit d’un ouvrage collectif rédigé par le Groupe de gestion des savoirs du Hub FIDA1 sous la direction de Benoît Thierry au compte du Fonds international pour le développement agricole (FIDA).

La réflexion est organisée autour des questions comme quelles sont les perspectives d’augmentation de la production alimentaire compte tenu de la croissance agricole actuelle, de l’évolution démographique, de l’urbanisation accélérée, des nouvelles pratiques alimentaires en visant une amélioration des revenus ? Quels doivent être les objectifs d’accroissement des productions agricoles pour répondre à la demande alimentaire croissante, étant donné les pressions et aléas grandissants sur les ressources naturelles ?

Quels réservoirs d’emploi peut constituer le secteur rural avec l’ensemble de ses activités économiques : infrastructures, services, production agricole et sylvo-pastorale, filières… et permettre d’utiliser au mieux le dividende démographique dans les pays qui vont en bénéficier ? Quel cadre de politique d’investissements doit être mis en place impliquant l’ensemble des secteurs concernés, dans un contexte de transformation structurelle de la demande et de l’offre de produits alimentaires ?

Profiter des atouts inexploités pour diversifier la production

Cet ouvrage rappelle que notre pays dispose «d’atouts naturels encore inexploités pour accroître et diversifier sa production agricole à des fins alimentaires et commerciales». Et les défis à relever, pour y parvenir, consistent pour l’essentiel à combler les insuffisances d’infrastructures (irrigation, routes et pistes rurales, stockage, marchés ruraux) ; augmenter le niveau de productivité des exploitations agricoles familiales sur une base durable et leur capacité de transformation des produits agricoles et de valorisation des produits ; promouvoir les entreprises de transformation de produits agricoles génératrices de valeur ajoutée, d’emplois et de revenus, bénéficiant notamment aux femmes et aux jeunes actifs ; renforcer la professionnalisation et l’intégration des organisations de producteurs dans les filières agro-alimentaires ; piloter les programmes et rationaliser les investissements publics ; renforcer l’intégration sous-régionale.

Cette étude prouve aussi que les projections à long terme montrent des besoins alimentaires qui mettent d’abord en évidence la prépondérance des grandes céréales (mil, sorgho, maïs et riz). Avec cependant un régime alimentaire qui se diversifie et repose de plus en plus sur un éventail d’autres produits comme les racines et tubercules (manioc, patate douce, igname, pomme de terre), les légumineuses (haricots secs surtout), la viande et les abats (souvent dénommés triperie, les abats constituent un ensemble de produits alimentaires comportant tous les viscères comestibles d’animaux), les produits laitiers et maraîchers, les fruits, les huiles végétales et la graisse animale.

L’atteinte de l’autosuffisance alimentaire nécessite des investissements très importants. C’est pourquoi la couverture de ce coût financier doit reposer sur une hiérarchisation et un séquençage des investissements au regard des filières stratégiques à promouvoir selon des critères préalablement établis (économique, social, financier, sécurité alimentaire…) ; une réaffectation importante des ressources au niveau du budget national (plus de 12 % consacrés au secteur depuis 2011) à travers une politique de soutien et d’incitation aux producteurs et aux autres acteurs privés nationaux et étrangers à augmenter leurs investissements.

Tout comme cette prise en charge doit privilégier la mutualisation des ressources publiques engageant d’autres secteurs publics qui tirent bénéfices des investissements ; la coordination et la cohésion intersectorielles des stratégies ; la permanence des politiques minimisant les inflexions stratégiques dictées par les contextes de crises conjoncturelles.

Trouver les moyens à investir pour faire du secteur rural un pôle de développement socioéconomique

Le pays se doit de trouver les moyens d’investir dans l’agriculture d’autant plus que le monde rural est au centre de sa structure socio-économique. Ce qui se vérifie à la fois d’un point de vue macroéconomique avec 30 % du PIB générés par le secteur agricole, et d’un point de vue micro-économique avec 60 % de la population qui tire ses principaux revenus des activités agricoles. Il est donc utopique de vouloir gagner la lutte contre la pauvreté et de hisser le pays sur la rampe de l’émergence socio-économique en négligeant les investissements dans l’agriculture.

Tout comme il faut éviter de se focaliser sur une filière aux dépens de l’autre. Le Fida conseille par exemple de ne pas centrer les politiques publiques sur la filière riz en sous-estimant d’autres filières comme celles du maïs, des produits animaux (viande et produits dérivés) et du poisson. Et cela du fait d’un marché intérieur en plein essor avec un énorme potentiel d’exportation.

«Pour que l’agriculture réduise encore plus la pauvreté et améliore la sécurité alimentaire, la stratégie de croissance devrait se focaliser non seulement sur l’augmentation globale de la production, mais aussi sur les acteurs qui participent à l’ensemble des filières agricoles et de leurs chaînes de valeur», conseillent les rédacteurs de l’ouvrage «L’avenir de l’agriculture au Mali: 2030-2063».

A cet égard, disent-ils, le rôle du secteur agro-alimentaire dans la création d’emplois productifs pour le nombre croissant de jeunes actifs arrivant sur le marché du travail sera au moins aussi important que la capacité du secteur à produire des denrées alimentaires. Les mesures à court terme, telles que les subventions aux intrants ou la suppression de taxes à l’importation ont reçu beaucoup d’attention politique. Aussi justifiables soient-elles en cas de crises, rappellent-ils, «ces mesures ne sont pas moins désincitatives au développement à long terme de réseaux privés de vente et de distribution d’intrants».

Comme ont peut le constater, les rédacteurs de l’ouvrage du Fida et nos lecteurs, notamment Yaya Karim Sanogo, se rejoignent dans le même sillon pour booster la production agricole malienne afin d’en faire le moteur de la lutte contre la pauvreté et de l’émergence socio-économique du pays !

Moussa Bolly

Source: Le Matin

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Notre article de la semaine dernière intitulé, «URBANISATION ET VIE CHÈRE : Quand le béton enrichit davantage les riches et affame les ménages pauvres», a suscité de nombreuses réactions saluant la pertinence du sujet et la spécificité de l’angle de traitement. Et certains lecteurs n’ont pas manqué de proposer aussi...